16/09/2016

J'avais dit "Pas d'animaux"...

Ou "Comment apprendre à ne jamais dire jamais"...

Pourtant, j'en avais, de bonnes raisons de ne pas ajouter ENCORE un être vivant qui serait à notre (ma) charge! On part toute la journée, il serait malheureux, pas question de ramasser des crottes, qui réparerait les meubles abîmés par les griffes, qui irait le conduire chez le véto, qui...

J'avais dit aussi que j'en avais bien assez sur les bras avec mes trois monstres, que même un poisson rouge serait de trop, qu'un petit morceau de responsabilité de plus me foutrait par terre.

Puis notre fille nous a annoncé d'un air angélique que pour son anniversaire, elle souhaitait un animal de compagnie. Oh, elle avait bien préparé ses arguments, la bougresse! (elle vient d'avoir 7 ans, je le rappelle... ça promet!!!) Elle savait que je ne voulais ni ramasser des crottes, ni nettoyer des poils. Que mon nez sensible n'aimait pas les odeurs fortes (enfin, quand je peux l'éviter! Les chaussettes d'ado, je n'ai pas trop le choix, mais c'est très dur!). Que j'étais déjà presque noyée. Et que donc, ayant bien réfléchi, elle voulait un poisson rouge. Et bien sûr, on a craqué. Spot et Turbo font à présent partie de notre famille, depuis une semaine déjà.

Je pense que je m'attendris (à certains niveaux) avec l'âge. Parce que, purée, je me suis déjà fait des cheveux blancs au sujet de ces p*** de poissons! Quand il y en a un qui ne mange pas; quand la lumière semble les stresser; quand ils ont l'air de s'ennuyer... c'est peut-être le début, mais je nous revois presque quand on a pris la voiture pour la 1ère fois avec un nouveau-né! Heureusement que j'avais dit non à des trucs à poils et au sang chaud! Si je m'en fais déjà pour des poissons, animaux peu connus pour leur résistance et leur longévité, que serait-ce avec un chaton ou un chiot qui vous regarde avec des yeux plein d'amour???

Et donc, dans la même veine, gaga pour gaga, nous avons également accordé à notre fils de pouvoir faire du foot... Là aussi, j'avais dit non. Pas (uniquement) parce que je suis une méchante qui aime les frustrer (oui mais c'est pour leur bien!!!), mais surtout à cause du côté extrêmement chronophage de la chose! Car qui dit foot dit deux entraînements par semaine, pis les matches aussi, chaque samedi! Etant occupée à bosser au moins un jour par week-end, cela me semblait impossible!

Sauf que... cette année, je n'ai plus envie d'être occupée un (voire deux) jour(s) par week-end. Je n'ai plus envie de faire passer le "reste" (càd quand même ma famille!!!) au 2è plan à cause d'un boulot, quoi qu'en disent les esprits chagrins, qui me demande un investissement énorme. Je n'ai plus envie d'arriver fin d'année sur les rotules, prête à pleurer pour un oui, pour un non, à chercher ailleurs chaque début juillet tellement je suis dégoûtée. Puis faut dire que pour l'instant, mon horaire me permet de faire ce plaisir à mon grand petit... je croise les doigts pour qu'il ne change pas trop! Toute façon c'est trop tard il est inscrit et j'ai promis...

Cette année, je n'ai pas pris de bonnes résolutions de type "faudrait que". Je m'aperçois que mes décisions sont plutôt rythmées par des "j'ai envie", "je veux", "j'ai besoin"... Et je trouve ça formidable. Je me sens bien. Je sais que ça peut, ça va sans doute changer, que j'aurai encore des moments débordés - mais j'ai envie aussi de faire un peu autre chose. Même si cet "autre chose" voudra dire faire le taxi, un peu plus que d'habitude (et pourtant par rapport au nombre d'enfants pour l'instant ça va encore), après les vacances une fois de plus sublimes et épanouissantes qu'on a passées, j'ai BESOIN de moments de famille. Je ne veux pas attendre juillet prochain avant d'être bien à nouveau. (je force un peu le trait, là...)

D'ailleurs je l'annonce publiquement à mes 3 lecteurs: depuis des années, j'y pense, cette année, je le fais: je vais m'inscrire à "je cours pour ma forme". Pourquoi c'est pas encore fait? Parce que ça commence samedi de la semaine prochaine. Car ça aussi, c'est un besoin que je ressens profondément: bouger plus, me défouler plus, faire du sport. Si on m'avait dit ça, je ne l'aurais pas cru: pendant des années j'ai cru être incapable de courir plus de 20m à la fois. Or, les quelques fois que je m'y suis mise, le souffle ça allait! (forcément, je nage depuis 5 ans, ça aide!) Ce sont plutôt les jambes qui souffrent un peu - mais j'ai "envie" de "souffrir", comprenez, de me dépasser un peu physiquement, après m'être dépassée nerveusement pendant des années. J'ai envie de prendre la vie plus à la légère (un challenge, parfois!), de regarder autour de moi et de voir le verre à moitié plein - puis, avouons-le, quand même un peu de "retarder des ans l'inévitable outrage"...

Ce ne sont pas de bonnes résolutions dictées par la raison. Ce sont des envies profondes que je ressens au plus profond de moi. Et j'ai remarqué une chose: quand c'est moi qui décide, enfin, quand ce sont MES choix, pas ceux des autres, j'assure beaucoup mieux, et j'assuMe aussi beaucoup mieux quand ça va moins bien. Je n'ai pas envie de projeter trop, cette année: trop d'inconnues, notamment par rapport à ma résistance physique à toutes ces courses! (et je ne parle pas de la course à pied, mais plutôt les autres, celles des mères multi-tâches). Mais j'ai envie de faire un peu de résistance. On va voir ce que ça va donner.

Et vous, la rentrée, ça se passe bien?

19/07/2016

Notre fils nous a tout dit

C'était hier soir. J'étais en train de préparer le repas, mon homme mettait la table, lorsque notre fils est venu nous trouver. Il avait l'air grave, effrayé, même. Il a dit qu'il avait quelque chose d'important à nous dire...

Nous nous sommes assis en face de lui. Mon cœur battait à du mille à l'heure - qu'avait-il fait pour avoir ce visage presque désespéré? Il a pris la parole. Pour dire qu'il nous aimait. Qu'il avait longuement réfléchi. Qu'il avait essayé. Mais qu'il ne pouvait plus taire ses véritables inclinations. Qu'il espérait qu'on réussisse à l'accepter tel qu'il est, que ça ne changeait rien au fait qu'il soit notre fils...

Ok, c'est vrai, tout ça, mais quand même...

 

 

Mon fils est hétéro...

Le ciel m'est un peu tombé sur la tête - même si je dois dire que dans un coin de mon cœur, je savais... J'ai essayé de fermer les yeux, de me dire mais non, que vas-tu imaginer, ou encore, "ça passera avec la puberté"... Ce n'est pas passé, mon fils est hétéro...

Que diront les gens? Que diront les voisins? Où a-t-il été attraper ça?

On dira sûrement que c'est de notre faute: il y a certainement plein de choses qu'on aurait dû faire - ou pas faire. C'est souvent la relation avec la mère, tout ça (de toute façon, t'es mère, quoi qu'il arrive, c'est de ta faute!). Ou avec le père? C'est peut-être cette institutrice qui portait des mini-jupes? Ou les émissions débiles qu'il regarde, avec toutes ces danseuses à moitié à poil?

Ou alors c'est notre exemple qui l'a... comment dire? Contaminé? On nous avait bien dit de ne pas être aussi ouverts sur notre hétérosexualité à nous, que ça allait donner le mauvais exemple, qu'on allait influencer les gens autour de nous, une fois de plus on a choisi de faire les ado attardés et de n'en faire qu'à notre tête, et voilà le résultat!

Bien sûr je n'ai pas envie qu'il nous mente ou qu'il fasse semblant! Mais il semble déjà si sûr de son choix! Moi j'ai peur qu'il souffre!

En plus, il n'en a pas encore parlé à ses copains... J'ai très peur de leur réaction quand il va se confesser - pardon, se confier à eux. A mon avis nombre d'entre eux vont se détourner de lui, de peur que ça ne les contamine. Mon pauvre petit garçon...

Et moi, sa mère, dans tout ça? Je suis terrassée par la culpabilité - mais bon, comme j'ai déjà dit, comme mère, c'est assez facile. Mais le reste? Dois-je l'annoncer à la famille? De manière officielle, genre le toast à Noël? Lui laisser dire lui-même? N'Est-ce pas l'envoyer aux loups tout seul?

Dois-je le mentionner librement quand je parle avec lui, ou parler plutôt neutre, genre "tu es avec quelqu'un" ou "une personne"? Plus tordu encore: dois-je le laisser inviter - gloups - sa copine à la maison? N'Est-ce pas encore plus le pointer du doigt à tout le quartier comme le mecs qui sort avec des filles ouvertement en plein jour?

Pffft, ça en fait, des questions sans réponses! Je vais devoir aller me renseigner pour voir s'il n'y a pas de groupes de soutien aux parents d'enfants hétéros, ça doit exister de nos jours!

En attendant, je vais quand même lui prendre rendez-vous chez un bon psy: même s'il n'arrive pas à le guérir, au moins il se sera posé les bonnes questions. Parce que j'ai beau être large d'esprit, à l'âge qu'il a, on fait dans la provoc' et on fait tellement de mauvais choix rien que pour emmerder ses parents!

Et si c'est moi qui ai manqué quelque chose dans mon éducation, mon grand, je t'en demande pardon du fond du cœur. J'espère que ça va aller. Fais attention à toi, surtout!

16/07/2016

Lettre ouverte à mes frères (in?)humains

Cher frère, chère sœur, (et non, je ne me prends pas pour St-Paul...)

J'ai été élevée avec l'idée que je suis sensée t'aimer "comme moi-même". T'aider. Te comprendre. Et surtout, ne pas te juger. Même si tes convictions sont différentes, même si ta manière de vivre est une insulte à la mienne, nân, que dalle, je suis sensée t'aimer. Et, bien qu'ayant rejeté une énorme partie des principes inculqués dans mon enfance (surtout ceux concernant certains rituels du dimanche matin et tout ce qui va autour), jusqu'à présent, cela me convenait. Après tout, avoir des gosses, puis s'occuper à (tenter de) instruire ceux des autres, ça demande une certaine dose d'affection pour l'humanité!

J'ai ce côté St-Bernard dont j'ai déjà parlé, ce côté optimiste, aussi, pour qui le verre est en général à moitié plein, une optimiste qui tente d'entendre la forêt qui pousse plutôt que l'arbre qui tombe, bref, sans absolument plus être pratiquante, je suis quand même tout à fait séduite par la doctrine des chrétiens de, en gros, "aime tous ceux que tu peux et en attendant, n'emmerde pas ton voisin non plus".

Mais putain, je dois dire que pour l'instant, c'est dur d'aimer son prochain. Parce que, trop souvent, mon prochain est un sacré con... Et je ne parle pas, malheureusement, que du connard qui a trouvé malin de rouler dans une foule avec son putain de camion. Je parle aussi, presque, surtout, des réactions sur les réseaux "asociaux" de gens qui veulent absolument faire goûter leur vomi aux autres... C'est là que je me souviens de pourquoi, en général, je les évite excepté pour les infos qu'on ne trouve que là... Que de propos nauséabonds...

Bien sûr, il y a eu des réactions racistes - fallait malheureusement s'y attendre. Un connard d'une nationalité, religion, "race", forcément, déteint sur tous ses congénères! C'est bien connu que tous les Belges sont pédophiles, que tous les Américains sont racistes et armés, que tous les Allemands sont des Nazis et que tous les Cambodgiens sont des tortureurs! Donc, forcément, tous les Tunisiens, tous les Musulmans, tous les Arabes sont des terroristes. Passons.

Mais y a les autres commentaires, aussi. Ceux qui ne comprennent pas "qu'on puisse fournir de bons avocats" à Abdeslam et consort - ouvrez un bouquin d'histoire, les gars: même justement les Nazis ont eu droit à un procès équitable où la présomption d'innocence se devait d'être respectée! ça s'appelle - comment, déjà?... ah oui, la victoire de la démocratie contre la barbarie, ça vous parle? Personne n'a dit que c'était simple d'ailleurs, puisqu'un énorme barbare belliqueux et poilu sommeille en chacun de nous! (oui, chez moi aussi, touche un peu à mes gosses pour faire sa connaissance...)

Autre suggestion: "yaka" bomber la Syrie - mais quelle bonne idée!!! Refaisons un Traité de Versailles où on fout tout le monde dans le même sac! Traité de quoi? Mais oui, vous savez, celui signé en 1920, qui a tenté de "corriger" les Allemands après la première guerre mondiale en leur faisant porter le chapeau pour la totalité du conflit? ça a été très efficace: ça a ruiné le pays complètement (bien fait pour leurs sales gu...), ça les a démoralisés (idem), et ça a permis à un sympathique petit Autrichien d'accéder à une chouette position de pouvoir, et de """""nettoyer""""" le permis de la """""racaille"""""! Voilà la solution!

Par contre, ce qui avait été mis en place après la deuxième guerre mondiale et le choc de l'Holocauste est aussi en train de partir en sucette (merci le Brexit), parce que, franchement, pourquoi on se bougerait le cul pour les autres, on ne peut pas sauver toute la misère du monde, nous on a notre nombril à contempler alors les autres, franchement, qu'ils se démerdent! De toute façon je sais que j'ai raison: j'ai eu plein de "like" après mon commentaire sur la page Facebook, ça veut dire quelque chose, non?

De plus en plus la bêtise et l'ignorance m'atterrent. De plus en plus la haine et la surdité profonde à tous ceux qui pensent un peu différemment me révoltent. Je ne me considère PAS comme bêtement tolérante à tout, même à l'intolérable. Si tu viens chez moi, ok, j'adapterai ma cuisine à ton régime alimentaire, qu'il soit hallal, kosher ou vegan. Mais si moi je bouffe une côte de porc devant ton nez, j'attends de toi le même respect. Si tu te convertis à une religion, c'est ton droit. Mais chez moi, tu respectes tout le monde, homme ou femme, adultes ou enfants, croyants ou mécréants. Et si ma laïcité pratiquante te choque, ne t'étonne pas si TA pratique religieuse me froisse. Et quand je dis "religion", j'entends ça au sens le plus large du terme! Pour moi, l'addiction au smart phone, aux réseaux sociaux et aux selfies est une sorte de religion - avec laquelle j'ai presque autant de mal que celle des intégristes de tout poil, même les intégristes laïcs (car il y en a, j'en connais!).

De plus en plus, les gens pensent qu'en gueulant fort, ils donnent l'impression qu'ils disent quelque chose d'intelligent et de profond. Ben non les gars, pas toujours.

De plus en plus, les gens pensent que les bouquins d'histoire ne servent qu'à leur faire passer des examens puis à être oubliés. Moi qui donne cours d'histoire, je vois que par moments les élèves, quand je fais des liens avec l'actualité, ne savent plus exactement si on est en Allemagne dans les années 1930 ou en Europe dans les années 2010... pédagogiquement, ça me fait plaisir. Humainement, ça me fout les jetons. Parce que souvent, trop souvent, moi-même je ne le sais plus...

Alors, cher frère, chère sœur, je ne dis pas forcément que je vais aller vivre en ermite dans une caverne. Je ne dis pas forcément que moi, je vais "bomber" tous ceux avec qui je ne suis pas d'accord (y aurait trop de boulot!!!). Mais purée... si on pouvait entendre quelque chose de positif, une réaction intelligente et nuancée, pour changer, j'aurais un peu moins de mal à envisager continuer ma "croisade" (VERY bad choice of words, sorry!), continuer à ajouter mon petit grain de sable... continuer à y croire, une fois de plus. Ici dans vos commentaires, peut-être? Pour me rassurer?... Merci d'avance? :/

Donc, cher frère, si tu pouvais arrêter là tout de suite ta crise d'adolescence à la con, sortir la gueule de ton nombril et commencer à utiliser ce qu'il y a entre tes deux oreilles pour autre chose que pour ta putain de page Facebook ou autre... franchement, ça m'arrangerait!

Désolée pour le langage, quand je suis fâchée j'ai tendance à devenir un peu grossière...

 

 

29/06/2016

Une de plus...

Voilà, je viens de terminer le dernier travail à donner au dernier élève.

Une année scolaire qui se termine. Une de plus. Purée, j'ai l'impression que c'était hier (enfin, le mois passé) que je vous racontais mon merveilleux concert de rentrée...

Une fois de plus, fin d'année marathon. Des conseils de classes à n'en plus finir (moyenne journalière: 9h). D'ailleurs les élèves qui, sentant sans doute le roussi des examens - et donc des questionnements parentaux - me font toujours bien rire (jaune) en me demandant autour du 15 mai "si je bosse sérieusement d'ici la fin de l'année, je passe, hein madame?"... Purée, si je pouvais te faire un conseil de classe de fin d'année expédié toute seule en 10 secondes, mon ami, tu penses vraiment que je passerais tout mon mois de juin (à peu de choses près) de ce bâtiment pourave? Au point que j'en viens à me demander qui sont ces gens qui m'accueillent (ou pas - il est parfois très tard!) dans la maison... ah oui, juste, j'ai aussi une famille!!!

Une fois de plus, une journée horrible qui combine la remise des bulletins (les larmes), la remise des diplômes (émotion et fierté - d'autres larmes parfois), puis enfin la réunion de parents (remise en question du prof, bien sûr - si ce n'était pas de ma faute, pourquoi chouchou aurait-il raté??? Je ne vais quand même pas demander à mon enfant-roi de se remettre en question?????).

Je me dis souvent (enfin non, parfois, mais concentré en fin d'année donc là je suis toujours un peu la gueule dedans) que j'ai tort de prendre les choses tellement à cœur. De passer tellement de temps à essayer de remédier, de ré-inventer, d'invoquer ciel et terre pour trouver le moyen d'enfin motiver certaines personnes. Puis, grosse erreur de bleue, de prendre certains échecs d'élèves comme des échecs personnels...

J'en avais deux, cette année. Deux challenges. Deux personnes que j'aurais tellement voulu sauver... "C'est pas ton métier, Cath, tu n'es que prof". "Oui, je sais, mais j'ai toujours ce syndrome de St-Bernard frétillant du tonneau...". "C'est casse-gueule". "Oui, je sais". "Tu risques d'y perdre plus que de gagner". "Oui, je sais". "Alors, pourquoi tu continues?". "Parce que je suis une grosse conne"...

Ces deux personnes ont échoué lamentablement. Donc j'ai l'impression que c'est moi qui ai tout raté....

La fatigue n'aide évidemment pas. J'en viens à oublier (je tente de quitter l'émotionnel pour redevenir objective) les autres: ceux que j'ai su aider, "guider", accompagner. Celle qui a eu son diplôme en juin, malgré des difficultés grosses comme ça. L'autre, quasi même profil. La troisième, pour qui ça doit être l'année prochaine - mais c'est bien parti et on reste vigilant. Ceux qui m'ont dit s'être super bien amusés. Les projets réussis... Non, ça j'arrive pas à le voir cet après-midi. J'ai un goût amer de cette fin d'année. Ma dernière phrase "de prof" s'est arrêtée pour cause de gorge nouée et de larmes pas loin.

Demain je fête - pas tard, je n'ai plus de jus. Après-demain, je pourrai me dire que 1) je ne suis pas Atlas; 2) c'est une leçon d'humilité (non sollicitée - comme la plupart, d'ailleurs!!!) qui ne peut que faire du bien à mon karma; 3) qu'ils aillent tous se faire cuire un œuf jusqu'en septembre...

Après-demain, je pourrai commencer à prendre du recul.

Mais purée, j'arriverai quand, à pouvoir me dire: "cette fois, là, ça y est: j'arrive à gérer mon année"???

Soyons honnête: si "gérer" veut dire "se détacher"... sans doute jamais. Je suis, je reste une passionnée, donc aller bosser en classe comme on met des cachets sur des formulaires et attendre le salaire en fin de mois, je ne pourrais pas, je ne voudrais pas! Par contre... il serait peut-être temps que je relise ma phrase préférée:

Avoir la sérénité d'accepter ce que je ne peux pas changer (dont moi-même, sans doute!)

Avoir la force de changer ce qui peut l'être

Avoir la sagesse de les reconnaître...

Bon, promis, je commence... bientôt!

 

17:44 Écrit par Catherine dans Mes tartines à moi | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vie de prof |  Facebook |

04/05/2016

Faut-il mettre son enfant en immersion?

Tout autre sujet pour entamer cette journée qu'on nous promet ensoleillée et printanière... Aujourd'hui, je ne râle pas, je "recrute"!

A l'heure où l'on demande de plus en plus aux travailleurs (pour de moins en moins en retour, mais ça c'est un autre problème), être multilingue semble être devenu, si pas indispensable, pour le moins plutôt bien vu. Mais il semblerait que beaucoup de francophones aient certaines difficultés pour les langues dites "difficiles" - en gros les langues germaniques.

Malgré sa réputation de "laide langue dure et métallique" (hé les gars, écoutez un peu autre chose que les archives des discours d'Hitler, quoi! - je vous conseille le groupe "Element of Crime" pour essayer), moi j'ai toujours adoré l'allemand, depuis toute jeune. Était-ce une intuition que j'allais en avoir besoin pour communiquer avec ma belle-famille? Sans doute que non. Toujours est-il que, dès que j'ai pu, j'ai choisi les cours d'allemand.

A l'université, j'ai étudié les langues germaniques - anglais et allemand, donc. L'anglais, au retour d'une année aux USA, ça allait forcément pas mal. Par contre, en allemand... j'en ai franchement ch... Cours d'été, deuxième sess' systématiques, mon parcours ne fut pas tout rose. Mais, après de nombreux incidents, j'ai enfin pu dire ça y est, je suis bilingue...

Quand on cherche un emploi en Belgique francophone, il est vrai que le néerlandais est extrêmement demandé (ainsi que l'anglais). Mais... si vous parlez allemand, les quelques offres où il est indispensable sont pour vous! A un moment de crise économique importante, moi j'avais le choix entre plusieurs employeurs, juste parce que je parlais allemand vraiment couramment. Cela nous a d'ailleurs sauvés plusieurs fois, à un moment où le grain manquait un peu dans l'étable...

Forts de ces expériences, lorsque la Ville de Liège a décidé d'ouvrir une école d'immersion allemande, nous n'avons pas hésité: c'est là que notre fille ferait sa scolarité.

La plupart des parents, du moins ceux qui ne sont pas familiers avec l'immersion, tendent à hésiter, pour les raisons suivantes:

  • La peur que la langue maternelle ne soit pas suffisamment maîtrisée;
  • La peur que l'apprentissage de la lecture ne se fasse pas au rythme souhaité;
  • La peur que l'apprentissage d'une langue et les apprentissages de base ne "clashent";
  • La peur qu'ils n'aient pas le même niveau que les autres en fin de primaire.

Je suis enseignante en immersion, et me voici à présent maman en immersion, et je peux vous affirmer que ces craintes n'ont pas lieu d'être. Je vais les décomposer une par une.

1) Maîtrise de la langue maternelle

En immersion précoce, les enfants commencent la langue immersive à 5 ans, en 3è maternelle. Pourquoi pas plus tôt? Justement, afin que cette langue maternelle, quelle qu'elle soit, soit bien fixée dans la tête de l'enfant. Bien sûr, cela veut dire qu'il faut continuer à parler à l'enfant, à lui lire des histoires dans la langue "de la maison". (ne pas mélanger: un endroit, une langue, c'est la règle - sauf si bien sûr vous parlez déjà allemand à la maison!!!)

Cela peut vouloir dire aussi que, pour un moment, l'enfant va peut-être mélanger les deux langues, notamment pour les nouveaux concepts appris en langue immersive. Mais vous serez surpris de voir à quel vitesse ils font eux-mêmes la transition, le "pont", si vous voulez. Je vais être complètement honnête: mes élèves d'anglais font parfois des fautes d'anglais en français (orthographe), genre language, comfort, charactéristique etc... (moi aussi, d'ailleurs!). Mais franchement, pour avoir sous les yeux des copies d'élèves de non immersion, ce ne sont pas eux les pires en orthographe!!! g vus des fôte a tombé partèr ché les autre!

2) L'apprentissage de la lecture

Là, je ris carrément... J'ai peut-être (sans doute) un enfant génial. Mais ma fille, qui est en train d'apprendre à lire en allemand, lit en français à un niveau que je trouve assez bluffant! Elle lit couramment les livres de son âge, à une vitesse de quasi conversation, en posant sa voix pour la ponctuation (= signe qu'elle comprend ce qu'elle lit), je ne sais pas où elle a appris ça! Enfin, si: elle tentait de lire, nous corrigions, et d'elle-même, elle "analysait" le son, la règle. Sans doute le fait de déjà faire des liens entre deux langues favorise-t-il une approche analytique - plus le fait évidemment qu'elle est le fruit de deux parents littéraires! L'immersion favorise, mais ne fait pas de miracle - pas plus que l'enseignement non immersif, d'ailleurs! M'enfin, en l'entendant, moi je dis "waouw"!!!

3) Clash entre langue et apprentissages

L'enseignement immersif, paradoxalement, ce n'est pas l'apprentissage d'une langue - enfin, pas que. C'est l'apprentissage du reste, par le biais d'une langue étrangère. La langue est donc le médium, pas le but. Et à l'âge de 5-6 ans, les enfants sont super réceptifs. Ils apprennent donc les concepts, les compétences, sans se rendre compte que la langue immersive "rentre" toute seule par la même occasion. Donc oui, ça leur arrive de raconter à la maison que "on a appris que les Pinguine savent très bien tauchen aber nicht fliegen", mais si on leur demande ce que ça veut dire en français, ils savent très bien ce qu'ils racontent.

4) Différences de niveaux

Vous trouverez toujours un enfant qui fait "mieux". Toujours. Mais, au vu des nombreux tests réalisés depuis des années, il semblerait qu'au CEB (certificat de fin d'études primaires), les enfants aient des résultats égaux ou supérieurs aux enfants de non immersion. Et le CEB se fait en français...

Dernière question: faut-il forcément connaître l'allemand (par exemple) pour mettre mes enfants en immersion?

Très honnêtement, ça peut aider - ou tranquilliser: comme ça vous avez vue sur ce que l'enfant fait - mais ce n'est pas indispensable. Au contraire: l'enfant apprend, en plus de tout le reste, l'autonomie, et puisqu'il doit vous expliquer ce qu'il a fait ou ce qu'il doit faire, il doit donc automatiquement faire des liens avec la langue de la maison! L'idéal pour les parents indignes comme moi, qui n'ont pas forcément le temps de passer mille heures aux devoirs!

Un tout petit "moins", peut-être, pour rester crédible: l'immersion, du moins au tout début, est peut-être un peu plus fatigante. Ou c'est moi qui ai une chochotte. Mais franchement, honnêtement, je ne regrette pas une seule seconde que nous ayons fait ce choix. Je continue à dire que l'immersion ne convient pas à tout le monde. Si vous avez un enfant qui est super "dys", ça peut augmenter la difficulté (même si certains de mes élèves le sont, et sont déjà en fin de parcours secondaire). Si votre enfant est matheux pur, càd qu'il n'a pas spécialement le sens de la phrase, du mot, de l'orthographe en français, vous verrez les mêmes difficultés ou faiblesses en langue immersive. Très souvent, d'ailleurs, le prof de français et moi-même avons la même vision de l'élève. Après tout, être francophone ne suffit pas pour pouvoir écrire des dissertations ou des romans! Ben c'est pareil en immersion...

Mais au moins, vous pouvez être sûrs que votre enfant ne versera pas des larmes de sang pour apprendre l'allemand, ses déclinaisons, sa structure, comme moi j'ai dû le faire voici quelques années. Chez lui, ça se fait tout seul. De plus, les autres profs de langues remarquent souvent une plus grande "ouverture" aux autres langues étrangères chez les élèves d'immersion. Donc... une idée à creuser si vous avez des petits bouts en âge de rentrer en maternelle???

 

01/05/2016

Les petits bonheurs en devenir

ça fait un moment que je n'ai plus rien écrit. Depuis, finalement, qu'une bande de trous du cul ont décidé de faire sonner la fin du printemps.

Triste printemps que celui de 2016: le temps, qui est resté bien moche pendant bien longtemps (paraît que "ça va aller mieux"... j'en caresse l'espoir!!!); l'angoisse qui prend à la gorge, soigneusement entretenue par les médias (objet d'un prochain billet, d'ailleurs); les mesures prises par notre gouvernement, qui vont dans le sens de notre "c'est todi les p'tits qu'on sprâtch" - autrement dit c'est tjs les petits qu'on écrase; le monde qui va toujours plus mal et dans lequel je me sens de moins en moins appartenir...

J'ai régulièrement des envies de coups de gueule, de révolte, de révolution, même - mais je ne me retrouve pas non plus dans la "lutte syndicale" actuelle, qui me semble plus des opérations sans réflexion d'une bande de barons trop bien assis depuis trop longtemps. J'ai l'impression que, de plus en plus, leur définition de "solidarité" est surtout "votez pour moi et ne m'emmerdez pas". Travailler pour les autres? Quels autres?...

J'ai régulièrement des envies de crier mon indignation, mon horreur, même, devant tant de moments de l'actualité. Un exemple parmi tant d'autres? Le type qui a donné l'alarme dans l'affaire du Luxleaks (des banques qui donnent des conditions avantageuses aux gens riches qui ne veulent pas payer de taxes chez eux), et qui risque des années de prison. Pas ceux qui fraudent l'état pour ajouter des millions à leurs millions, nooooooooon, ceux-là ont sans doute les bons copains! Comme l'a dit mon collègue, c'est un peu comme si t'entends un enfant crier parce qu'on le maltraite, tu entres dans la maison pour le sauver, et t'as un procès pour effraction... Allô le monde, quoi!

Tous ces moments qui me font douter de ma place, de l'humain, de tout ce qui me tient debout...

Et pourtant la nature s'est réveillée, les arbres sont en feuilles, à présent, c'est fini les petites branches minables et nues. Les fleurs explosent partout, du rose, du blanc, du jaune, c'est beau. Bientôt la ville va encore sentir partout les fleurs de marronniers, et j'aime trop ça!!!

Les jeunes gens que je fréquente au quotidien, même si eux aussi me frustrent souvent, quand on leur parle vraiment, on voit à quel point ils peuvent être mûrs, réfléchis, lucides et naïfs en même temps. Laissons-les s'indigner, laissons-les croire qu'ils peuvent changer le monde... Après tout, c'est eux, les adultes de demain, peut-être réussiront-ils là où nous, les vieux, on a échoué???

Peut-être... L'idée m'aide, en tout cas!

Autre bonheur en devenir: les vacances... On a réservé, ça y est, on va partir au soleil tous les 5, une fois de plus. Bien sûr, ces deux semaines de respiration ne peuvent pas être notre seul but, genre "on sera bien à ce moment-là", on doit y travailler au quotidien! Mais au moins, on sait que pendant ces quinze jours, on arrête de courir et qu'on prend juste le temps d'être bien ensemble.

Il y a du soleil. Et j'ai beau trouver ça pathétique d'en dépendre à ce point-là, moi, quand l'astre du jour ré-apparaît, j'ai l'impression que tout redevient possible. Et je repense à mes petits bonheurs en devenir...

24/03/2016

Comme un immense besoin de fraternité

D'autres l'ont dit avec bien plus d'emphase, d'humour, d'émotion ou de talent. En ces moments si noirs - en ces moments si noir-jaune-rouge, sans aucune connotation de nationalisme bête - j'ai un immense besoin de fraternité. J'ai besoin d'amour, j'ai besoin d'être entourée de gens que j'aime, pas forcément pour parler de "ça", même pas pour pleurer, ça je préfère le faire chez moi sous la couette, mais pour être tristes, pour être en colère, ou tout simplement pour être. Mais ensemble, surtout, ENSEMBLE.

J'ai besoin d'être chez moi - pas parce que j'ai peur de sortir, mais parce que j'ai besoin de bienveillance. J'ai besoin de positif. J'ai besoin d'amour.

Et de l'amour, j'en fabrique à revendre, pour l'instant. Un amour immense pour ces gens qui continuent à vivre la tête haute et le dos droit, pour toutes ces petites gens qui, sans la ramener, sans avoir leur nom dans les journaux, font des gestes de héros. Ceux qui ont donné leur sang. Ceux qui sont venus en aide aux blessés ou choqués. Ceux qui ont ouvert les portes de leur voiture, voire de leur maison, pour les gens qui ne seraient pas parvenus à rentrer. Tous ceux qui agissent et puis qui disent "mais c'est normal"...

Tous ceux qui ont repris le métro. Ceux qui disent qu'on doit rester unis. Ceux qui réussissent à nous faire rigoler, malgré tout, même si, entre deux rires, on essuie une larme. Merci, d'ailleurs, à Thomas Gunzig, à Jérôme de Warzée, à Gui Home, à Guillermo Guiz, puis à tous les autres. Vous nous montrez le chemin.

Merci à ceux qui bravent l'interdiction de se rassembler pour montrer leur solidarité, pour laisser des messages de paix, de tolérance, puis de colère, aussi. C'est bien quand on est en colère tous ensemble contre les mêmes conneries: ça tient chaud.

J'ai besoin d'être entourée de ma tribu. J'ai besoin qu'on se réconforte, qu'on se touche, qu'on s'entoure. J'ai besoin, comme tant d'autres, de dire à ceux que j'aime comme je les aime. On a besoin de ça.

Mais de plus en plus, depuis deux jours, le concept de tribu s'élargit.

Avant, ma tribu, c'était un homme merveilleux. Un ado-en-devenir (ben oui, "pré" ado, c'est derrière, on est dedans, ça y est, il m'a dépassée!!!) qui a besoin d'en parler comme un grand. Un grand petit garçon trop sensible et qui ne comprend pas. Qui a besoin de penser à autre chose. Qui s'accroche à son enfance parce que pour le moment, bordel, grandir fait peur. Une petite fille qui sait me rappeler que, malgré la laideur, les choses belles continuent à exister. Merci ma chérie de nous prêter tes yeux d'enfant, on en a vraiment besoin pour l'instant - moi j'avais même oublié que j'avais toujours les miens aussi!

Mais pour l'instant, ma tribu, ça devient tous ces anonymes qui vivent, pensent, ressentent la même chose que moi. Je n'ai plus l'impression d'être une extra-terrestre, pour l'instant. Je trouve tous ces gens magnifiques. Et moi aussi j'ai envie de leur ouvrir les bras. Il faut qu'on restent unis. Tous ensemble... comme après une victoire de nos Diables Rouges.

Puis, enfin, merci encore à Gui Home pour sa vidéo - je ne suis pas la première à la voir, on est presque 5 millions à l'avoir visionnée... mais putain que ça fait du bien. Quand on parvient à rire, même un rire qui fait mal, c'est que la vie reprend le dessus. La vie est plus forte que tout... mais là, j'ai vraiment besoin d'une vie pleine d'amour.

Bisounours malgré tout, envers et contre tout? Mais oui!!!! De temps en temps, merde, pourquoi pas? Et après de tels actes, n'Est-ce pas normal de se dire qu'il y a d'autres extrêmes? Après l'extrême de l'horreur, pourquoi ne pas essayer l'extrême de la gentillesse? La radicalisation de la tolérance? L'extrême-amour? L'extrême-rose bonbon? Les attaques de câlins et de mots doux? Moi j'y crois, au pouvoir de la bienveillance. Surtout si on est des millions à la pratiquer. Des millions de gens debout, faisant le signe de la paix d'une main... et le doigt d'honneur de l'autre.

Mes pensées sont décousues, je ne suis pas la seule, l'émotion reste à fleur de peau, d'yeux, de lèvres, chez tous, même ceux qui essaient de nous faire rire. Mais on reste là. "Still pissing"...

"Ceux à qui vous faites peur, ils n'existent même pas". Allez voir la vidéo: ça fait du bien!

 http://www.lalibre.be/light/insolite/gui-home-fait-le-buzz-sur-les-attentats-de-bruxelles-56f2bf3e35708ea2d3d7d6c4

Merci à ce petit gars d'oser. Merci à tous les membres de "ma" tribu, la tribu de l'humanité et de la fraternité. J'ai l'impression que vous m'avez répondu.

vu sur http://cafe-sofia.com/top-10-des-dessins-en-reponse-aux-attentats-de-bruxelles-still-pissing/