30/04/2017

Une petite histoire

Je n'écris pas beaucoup pour le moment. Enfin... pas ici. 

Ce n'est pas que je n'aie plus rien à dire! Mais j'ai l'impression que, depuis un moment, je me répète, je ressasse, je râle sur les mêmes choses, et parfois je me sens un peu seule.

Pourtant, là, j'ai envie de raconter une petite histoire.

Il était une fois, un pays qui, après toute une série de crises (financière, morale, philosophique, d'image...), avait en tête qu'il voulait du changement. Les décideurs politiques "traditionnels", ceux dont le rôle avait été décidé dans leur dernière constitution, dans leur dernière République, avaient déçu tout le monde. A tort ou à raison, le peuple ne leur faisait plus confiance. C'est alors que vinrent les élections.

Au départ, la victoire n'était pas assurée. Le parti avait beaucoup d'opposants, bien que beaucoup de supporters. Beaucoup s'en méfiaient, à juste titre. Sauf que ces méfiants visionnaires n'ont jamais pu se mettre d'accord, et donc n'ont jamais pu opposer une véritable autre vision au parti sus-mentionné - qui gagna les élections.

Le chef de file de ce parti était une personne assez charismatique, connue pour ses talents d'orateur. Elle voulait redorer l'image de son pays, tant au niveau national que devant la communauté internationale. Elle voulait son pays d'abord, arguant que charité bien ordonnée commence par soi-même. Le reste, on verrait.

Elle avait pour son pays des idées grandioses. Au niveau économique, au niveau militaire, au niveau culturel. Et, gros avantage par rapport à la langue de bois des partis concurrents, cette personne osait identifier la cause des malheurs qui les frappaient depuis si longtemps. LES causes, devrais-je dire: une cause interne, inhérent à la population du pays, et une cause externe, une espèce de convention internationale signée par d'autres, et qui les emprisonnait.

Redonnons à notre pays sa grandeur, disait-elle. Rejetons le traité, disait-elle. Et elle fut écoutée.

Elle devint chancelier le 31 janvier 1933. Elle avait promis de redonner sa grandeur à l'Allemagne, Deutschland über alles. Elle avait promis de rejeter le traité de Versailles. Puis elle avait bien compris que tout ça était de la faute des Juifs. Ces problèmes ont tous été "solutionnés". On sait comment...

Peut-être que si les autres partis s'étaient unis, cela ne se serait pas passé. Peut-être que si tout le monde avait voté, sans abstention, cela ne se serait pas passé. Peut-être que si plus de gens s'étaient rendu compte que cette personne ne faisait que donner un visage "respectable" à la haine, au rejet de l'autre, à l'extrême repli sur soi, cela ne se serait pas passé.

En attendant, moi, de ma petite Belgique voisine, je deviendrais presque croyante pour pouvoir prier, je m'accroche aux lambeaux de foi en l'être humain qui me restent, en l'admiration que j'ai toujours pour les penseurs et la pensée française, je croise les doigts que la population comprenne que l'extrême droite n'est JAMAIS une solution, j'espère de toutes mes forces que l'histoire, cette histoire que j'enseigne à mes ados, l'Histoire joue son rôle salvateur de messager.

Et en attendant... je chie dans mon froc, pour le dire platement. 

 

14/01/2017

Où sont passés les journalistes?

Dans un pays où la liberté de la presse n'est pas vain mot, à une époque où l'information passe par de plus en plus de canaux, est-il encore possible d'exercer le métier de "journaliste", dans le sens noble du terme, à savoir, celui qui informe ses contemporains de manière réfléchie, objective et, si pas scientifique, au moins honnête? De plus en plus, j'en doute.

Quand je vois en effet la pauvreté du contenu des bulletins dits "d'information", quand j'entends des soi-disant journalistes pratiquement mettre les "bonnes" réponses dans la bouche des gens qu'ils interrogent, quand je prête attention au vocabulaire choisi - toujours pour susciter l'émotion, le scandale, le sensationnel, au détriment de la réflexion - je suis affligée.

J'admets qu'avec les réseaux sociaux, où tout petit morceau ressemblant vaguement de loin à une info est relayé, partagé sans prendre le temps d'être vérifié, à un moment où prime surtout l'audimat, les chiffres et la vitesse (surtout, être le premier à le dire, même si c'est une connerie monumentale, de toute façon les autres vont répéter bêtement sans réfléchir!), la tâche n'est pas devenue plus aisée. N'empêche, je continue à être une fervente défenseuse d'un service public de qualité... or, il me semble de plus en plus que les programmes, même ceux qui sont sensés nous informer, partent complètement en vrille - pour rester polie...

La crise des migrants, les centrales nucléaires, les "risques" de pénurie, et enfin les attentats de Bruxelles, tous ces sujets, une fois traités, m'ont laissé en bouche un bien mauvais goût. Bien souvent, je me suis demandé quelle était l'information qu'on avait voulu faire passer - et je n'ai pas trouvé de réponse. C'est parce que j'aurais dû poser la question autrement: était-ce un bulletin d'informations, ou une tentative de convaincre? Et, bien souvent, moi j'ai opté pour la deuxième solution. Convaincre de quoi, je ne suis toujours pas sûre. De cliquer, sans doute, puisque, de nos jours, un mensonge cliqué suffisamment de fois devient une quasi-vérité...

Mes élèves m'ont fait la réflexion pas plus tard que cette semaine: si eux bossaient leurs fiches d'actualité et leur travail de fin d'études comme certains journalistes semblent le faire (càd je sais ce que je veux dire et je récolte des "témoignages" - soigneusement mis en scène par des questions fermées - qui alimentent ma thèse de départ), personne ne sortirait de rhéto dans notre établissement. Pas en histoire, en tout cas. Ni en français. Ni en anglais. Ni... bref, ils ne sortiraient pas, quoi!

Cette semaine encore... alerte de neige sur la Belgique. Rien qu'à ce mot, on sent le frémissement d'aise de la presse et des médias: chouette, on va encore pouvoir envoyer des "infos" super dramatiques pour paralyser tout le pays, foutre la pétoche à tout le monde, sans jamais donner de véritable info! Et être payés comme si on avait vraiment bossé! Pire que des profs, quoi! (oui, je sais, c'est bas...)

Jeudi soir déjà à 19h, c'était la grande panique sur les ondes: il ne faut SURTOUT PAS sortir de chez soi, même pas pour aller faire pisser le chien, en voiture n'en parlons même pas, c'était suicide garanti avec les tonnes de neige et le blizzard qui allait s'abattre sur nos montagnes... (je parle de Liège, pour ceux qui ne suivent pas...) Moi (qui suis plutôt couillonne, en voiture, je l'admets), je devais rouler jusque dans la bourgade voisine (j'avais piscine). Quand on est sorties, ma fille et moi, un peu avant 21h, nous avons dû prendre une pelle pour creuser un tunnel dans la neige, afin d'arriver jusqu'à... non, je confonds avec le Minnesota. Nous avons remarqué... que la pluie était vachement froide. Ce qui n'est pas très agréable quand on sort de la piscine. Mais ce n'est tout de même pas dramatique!

Vendredi, j'avais une sortie prévue avec mes élèves. Pour une fois que j'organise quelque chose, déjà... Pendant toute la semaine, les collègues friands de média (surtout sur les p*** de réseaux asociaux) m'ont dit que je pouvais supprimer le truc, de toute façon y aurait pas d'élèves, pas de bus, plus d'électricité, qu'on allait tous mourir à moins de se ravitailler en sucre. (ça m'a toujours laissée rêveuse, d'ailleurs, ce penchant à bouffer du sucre en cas de mauvais temps chez mes compatriotes - moi j'aurais tendance à acheter des pâtes et des cubes de bouillon...)

Le matin fatidique, j'étais donc un peu nerveuse: je me voyais déjà marcher jusqu'au théâtre seule, à devoir payer la facture (pour 120 personnes, quand même) avec mes petits sous, à devoir faire du stop avec trois élèves... pffff, tout allait bien! (ou presque) Je répète, les montagnes de Liège sont assez peu connues, on vit dans une cuvette, purée, pas au sommet de l'Himalaya!!! Les bus roulaient presque tous, le nôtre, en tout cas, oui, et ok tous les élèves n'étaient pas là mais une majorité quand même, on a donc pu voir notre pièce et rentrer chez nous sains et saufs. Il y a bien eu quelques problèmes sur la route - causés surtout par tous ces crétins débiles pour qui adapter sa conduite aux éléments extérieurs est un truc de bonne femme en petite voiture pas chère - mais dans l'ensemble, oh zut, pas la paralysie générale annoncée. Ils doivent être déçus. Moi, je pense à nos amis canadiens, par exemple, qui doivent se foutre de notre gueule grave...

La semaine prochaine, même chose: on nous annonce "de probables pénuries d'électricité" parce qu'il va faire méga top froid. 2 degrés. Non, je blague: -7°C. Ok, fair enough... mais ch'ais pas, moi si je devais annoncer un truc pareil, j'aurais besoin, me semble-t-il, de réfléchir à comment éviter le possible problème! Genre: si vous voulez pouvoir vous chauffer, évitez de... Donner des infos aux gens sur ce qui consomme le plus. Dire de reporter le séchage de leur linge, ou le repassage, ou la soirée disco... Mais ça fait moins vendre, je suppose... Mieux vaut leur annoncer la cata, puis passer à la pub pour une app' qui leur permet de mesurer la consommation de chaque appareil.. sauf celle de leurs appareils "intelligents"...

Ceci dit, je comprends que de nos jours c'est pas évident de survivre pour la presse papier. Je comprends que si on pense qu'il y a une formule qui marche (le nombre de clicks versus la qualité de l'info), on soit tenté de la suivre. Mais ne serait-ce pas un formidable défi de prendre, pour une fois, le spectateur/lecteur/surfeur (internet) pour quelqu'un d'intelligent? Allez, les journaleux: votre défi pour 2017?

Merci d'avance.

02/01/2017

Courir? J'adore!!!

Je l'avais annoncé publiquement ici, ça y est, encore un autre "jamais" qui a volé en éclats... J'ai commencé à courir... et je suis tombée dedans la tête la première. Je suis accro... grâce au programme Je Cours Pour Ma Forme.

On m'avait prévenue que c'était un risque à prendre. Mais je doutais. J'avais en tête que je n'aimais pas courir, que je ne savais pas courir, que oui, avec l'entraînement le souffle viendrait sans doute, mais de là à aimer ça... je doutais vraiment très fort. Je me suis pourtant inscrite. 

J'avais déjà tenté de courir seule quelques fois, pour voir... Le souffle, en fait, ça allait (je nage régulièrement depuis 5 ans, ça aide), mais les jambes, pas du tout: courbatures tenaces, sentiment de fatigue totale, je ne voyais pas le "high" décrit par les joggers, je ne me sentais pas spécialement bien après, et pendant, ça m'emmerdait. Mais j'avais envie de tenter l'expérience. J'habite près de nombreuses pistes cyclables (les fameux Ravel typiques de chez nous), et j'avoue que voir tous ces gens courir au bord de l'eau, sous les arbres, me faisaient envie. Je n'aimais pas courir, mais j'avais envie d'aimer ça. Peut-être que l'effet de groupe allait me convenir?

Le principe de JCPMF est simple: progression étudiée pour convenir aux plus moules d'entre nous, rythme compatible avec une condition physique de merde, vitesse minimale (on doit pouvoir continuer à papoter tout le long - je rêve, une "classe" de bonnes femmes qui DOIVENT parler, mais c'est NOEL!!!!!!), bref, que de la douceur. Et j'ai très vite attrapé la jogginite aigüe.

L'objectif du programme: parvenir à boucler 5 kms sans s'arrêter, mais à son rythme. Tout le monde y est parvenu, dans la joie et la bonne humeur. J'ai eu la chance de tomber dans un groupe "de bonnes femmes" - pardonnez le cliché - donc un groupe où la compétitivité était absente. Nous avons progressé ensemble. Nous nous sommes soutenues. On s'est donné des rendez-vous pour les entraînements non encadrés. Le dimanche matin est devenu sacré, synonyme de "ouaaaaais on va courir". Et c'était génial.

J'ai fait des super chouettes rencontres. Des femmes drôles, intéressantes, gentilles, dynamiques, volontaires. J'ai découvert ce fameux "high" qui envahit après quelques minutes de courses, une fois qu'on est "en jambes" (et c'est vrai que c'est bon...). J'ai découvert qu'après un entrainement j'ai plus de peps qu'avant d'y aller. J'ai été de meilleure humeur. Plus dynamique. En meilleure santé. Avec des cuisses plus dures.

Au départ, quand on s'inscrit, on se dit: faut trouver le temps de courir une fois par semaine, pfff, pas évident. Très vite, on se réjouit de se retrouver le mardi soir (notre jour coaché). On se dit qu'une semaine entre deux entrainements, c'est beaucoup trop long. On se donne des rendez-vous intermédiaires. On sent petit à petit l'envie - que dis-je, le besoin d'aller courir, de chausser ses baskets pour aller suer au bord de l'eau. On devient enragés quand le rendez-vous ne peut pas être respecté. On devient comme tous ces crétins qu'on critiquait avant, ceux qui vont courir par froid, par pluie, par vent. On ne peut plus s'en passer... on ne VEUT plus s'en passer. On est bien - et on SENT que c'est grâce à la course à pied. L'entourage ne comprend pas - mais les copines de course, elles, elles comprennent. Entre "junkies", on se serrent les coudes...

J'ai envie de continuer à progresser - même s'il faut d'abord "fixer" les 5 kms, que ça devienne banal, et non plus l'objectif ultime. J'ai pris tellement de plaisir à la session d'automne, je ne peux pas m'imaginer simplement me dire "ok, je peux le faire, j'arrête"... C'est décidé, ce printemps, je m'inscrits aux 5-10... Les autres avaient raison: je suis complètement accro... N'y a-t-il cependant pas de pires assuétudes???

Au plaisir de vous croiser, peut-être, au bord de l'eau!

12:51 Écrit par Catherine dans Mes tartines à moi | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : courir, jcpmf, sport, bien-être |  Facebook |

17/12/2016

Lettre ouverte à mes enfants

Liège, 9 novembre 2016

Mes amours,

Rarement je n'ai été alerte aussi rapidement à 6h du matin. La nouvelle vient de tomber. "Il" a été élu... contrairement à ce que tout le monde espérait, contrairement aux prévisions des sondages... entre la grippe et le choléra, ils ont choisi le choléra...

Pour la première fois depuis que vous êtes là, et devant la direction que prend le monde, j'ai envie de revenir en arrière. 15 ans en arrière, pour être plus précise. Le moment où nous nous sommes décidés à nous lancer dans l'aventure parentale. 

Ne voyez pas ceci comme un reproche ou un regret en soi: vous êtes la plus belle chose qui m'est arrivée, vous êtes magnifiques, vous êtes de bonnes personnes... mais justement: vous méritez tellement mieux que le monde que nous vous léguons. Et quand je vois ce monde qui, pour moi, court à sa perte, pour la première fois de ma vie, je regrette. Je regrette de vous y avoir mis.

Si vous saviez ce qu'il m'en coûte d'écrire ces mots... pour moi c'est clairement un constat d'échec. L'échec, bien sûr, de tout un système! Je ne suis pas auto-flagellante au point de m'attribuer la responsabilité de TOUT ce qu'il se passe aujourd'hui! Mais, si je dois faire mon mea culpa, c'est aussi l'échec de notre politique d'autruche familiale: nous pensions, votre père et moi, bien naïvement, je m'en rends compte à présent, qu'en essayant de vous éduquer dans le respect des valeurs auxquelles nous croyons, nous faisions notre part. Nous pensions que, en essayant de faire de notre vie familiale un refuge - contre le monde de fous qui nous entoure, justement - nous pouvions vous protéger. Hé bien, nous nous sommes trompés.

Je ne vois pas de solution, à part celle de "prendre les armes". Mais je ne sais pas lesquelles. Et ça me frustre, parce que notre excuse de "c'est pas nous tout seuls qui changerons quoi que ce soit" me paraît tellement lâche, tellement idiote, aussi. Non, on ne changera rien à nous tout seuls. Mais n'avons-nous pas le devoir d'essayer? Ne sommes-nous pas coupables à l'avance de la pauvre vie qui semble s'annoncer pour vous, une vie entre peur et haine, entre égoïsme et indifférence, entre des choix impossibles, soit être malhonnête et profiter d'un système pourri, soit tenter de rester "pur" et se faire complètement broyer par ce même système?

J'ai peur, mes enfants, j'ai mal, je suis triste et je perds espoir. Pourquoi aujourd'hui plus que le 14 juillet, le 22 mars, le 13 novembre, le 7 janvier? Je n'arrive pas à le dire. Est-ce parce que, comme tout le monde, j'ai participé à la "vaste blague" de la candidature de l'autre perruqué, en trouvant ça juste "drôle"? Est-ce simplement l'accumulation des coups de canif dans ma foi en l'être humain? Toujours est-il que là, ça y est, je vois les élections présidentielles françaises avec Marine présidente, je vois l'Europe comme un continent éclaté... je vois les années '30 en Allemagne, quoi. Avec, en prime, notre petit Holocauste à nous (la Syrie), et la même indifférence morne et abrutie de gens qui en ont trop vu. La machine à empathie est cassée.

J'en suis à me dire que la seule réaction respectable serait d'aller combattre, moi aussi, physiquement... mais le pourrais-je? Le voudrais-je? Et le fait d'être une martyre pour une cause (oui mais laquelle?) réussirait-il à racheter ma faute, le péché originel d'être un être humain? Ou dois-je aller plus loin dans le désespoir et nous faire partir tous ensemble dans le néant, pour ne plus être forcés d'assister à une mort lente et progressive?

Il faudrait continuer à y croire... mais en ce 9 novembre 2016, je n'y arrive simplement plus. J'ai perdu la foi... et je ne peux vous dire à quel point ça fait mal. Je vous présente mes excuses, mes enfants. Pardon de vous avoir mis au monde. Si j'avais su, il y a 15 ans, ce soir-là, j'aurais eu la migraine...

Je vous aime.

Maman

12/10/2016

Ce que moi je pense des baptêmes d'étudiants

Autrement dit: je n'ai pas eu envie de titrer ce post "pour ou contre les baptêmes" car ce que moi j'en ai pensé, ça valait pour moi, à une certaine époque, je n'ai pas du tout envie de généraliser à la totalité du machin. Puis s'il y a bien un débat qui pour moi n'avance absolument pas, c'est celui-là: en général les poils et plumes et les fossiles, s'ils ne s'insultent pas, semblent parler deux langues totalement différentes. Cela me conforte dans l'idée que, pour qu'un débat avance vraiment, il est préférable de mettre ensemble des gens qui sont modérément d'accord - sans quoi on stagne et on passe son temps à expliquer à l'autre pourquoi LUI a tort, et pourquoi NOUS avons raison...

Mais revenons à nos moutons...

Bref retour en arrière (enfin, bref... silence, les jeunes qui ricanent dans le fond!): nous sommes au siècle dernier, j'ai fini ma rhéto, j'ai passé un an à l'étranger avec ma famille, et me voici fin prête à entamer mes études. Prête administrativement, s'entend. Dans ma tête, c'est autre chose: je reprends les marques avec la vieille Europe, je ne sais pas qui je suis, je ne sais pas où je veux aller, j'entame ces études sans conviction, parce qu'il faut bien faire qqch et que, d'après mes parents, puisque je suis bonne élève, c'est que je suis "faite pour aller à l'université". 

Je suis donc en plein brouillard, en pleine crise existentielle (oui, à 19 ans:  à part pour la parole je n'ai pas été précoce pour grand-chose), je suis en permanence entre deux déprimes, et ça se voit, bref j'ai un peu du mal. Tout de suite, la question du baptême se pose, ou plutôt, ne se pose pas: je suis tellement à fleur de peau, fâchée contre le monde, que me laisser gueuler dessus par une bande de connards frustrés du pouvoir, je SAIS que ça ne va pas aller. Je décide de ne JAMAIS participer à cette grande arnaque pour buveurs crétinisés, cette espèce de relation S/M malsaine et éthylique, je pense même à écrire en grand sur mon tablier, à la place du "baptisé à telle date", un grand "pas baptisée" - genre "c'est à prendre ou à laisser". Puis ma première année se passe, tant bien que mal.

Je fais connaissance avec des gens de ma classe - facile, on n'est pas énormément. Quelques autres venant d'autres sections. Assez rapidement, je remarque qu'on peut donner un surnom gentiment moqueur à chacune d'entre elles, basé sur un comportement assez généralisé. Ainsi, les romanistes deviennent assez vite, pour moi, les "inspirés", comme s'ils portaient une plume d'oie invisible derrière l'oreille, qui leur servirait certainement à écrire le chef-d'oeuvre littéraire du siècle. Les "Commu" (communication - on venait d'ouvrir la section, ô lointaine époque) étaient ceux qui ne savaient pas quoi faire d'autre, autrement dit les "touristes". Les philosophes étaient les "Verbeux", allusion au plaisir qu'ils tiraient de citer des noms que - forcément - personne à part eux ne connaissait, pour ensuite s'étonner du manque flagrant de culture chez leurs camarades. Les historiens étaient les plus sympas - je les surnommais les cools. Et enfin venait ma section - les "Germas" étaient les coincés...

Ils étaient pourtant super gentils, dans ma classe! Il y en avait même quelques-uns qui aimaient la fête et les délires! Sauf que ceux-là ont tous arrêté en fin de 1ère année, et que je me suis retrouvée quasi seule au milieu des autres en 2è. Des gens, encore une fois, tout à fait charmants... mais à mille années-lumières de ce que moi je vivais! 

Je me souviens qu'une (on était beaucoup de filles, études littéraires, tout ça) camarade m'avait demandé si je voulais enseigner, plus tard. J'avais (bien sûr!) répondu: "Jamais de la vie!" (aaaah, tous ces jamais sur lesquels je reviens...). "Ah oui? m'avait répondu la fille, Tu te maries, alors?". Heu... non plus... Je me sentais donc un peu une sorte de vilain petit canard, toléré, accepté, voire même apprécié - mais pas complice. Je me suis donc dit, après avoir réussi mes examens de septembre, qu'il fallait absolument faire quelque chose, et que si je devais vivre encore 3 ans avec juste mes camarades de classe comme principale compagnie, j'allais péter une case. J'ai donc décidé de faire mon baptême...

En tant que "fossile", cela peut arriver qu'on soit charrié plus que les "vrais" bleus. Sauf que, quand ça vient de gens qu'on a quand même un peu fréquentés pendant un an, ça prend tout de suite une couleur vachement moins dramatique! Mon grand âge m'a permis de prendre toutes ces manifestations au 2è (voir au 46è) degré, et purée, qu'est-ce que je me suis amusée!!!

Les bleusailles m'ont d'abord permis de rencontrer des gens qui allaient devenir des amis pour la vie: y a rien à faire, quand tu te trouves gueule en terre en maillot à te les geler, ou quand tu dois chanter de manière ridicule, ça rapproche. Quand tu n'as pas de kot (mon cas) et que tu vois que plein de gens te proposent (sans arrière-pensée!) une place, un petit coin de canapé, fauteuil, matelas, ça rapproche. Quand on fait des fêtes de sauvage ensemble pendant plusieurs années, ça rapproche.

Les bleusailles m'ont également donné confiance en moi. Dans tous les gens que j'ai rencontrés, plein d'entre eux m'appréciaient pour ce que j'étais - parce que l'image extérieure, franchement, quand t'es bleu c'est pas top... T'es habillé comme un sac, couvert de trucs suspects, sale parce que arrosé à la farine, à la bière, "décoré" dans le visage... Pas de maquillage de bimbo ou de talons aiguilles pour les bleuettes à mon époque!!! Il y avait une espèce de fraternité qui me convenait super bien. J'ai pu sortir du carcan un peu étroit de mes études, pour m'ouvrir sur plein d'autres horizons. Et ça m'a fait un bien fou.

J'étais en philo et lettres. Faculté qui (à l'époque, du moins) avait la réputation d'être assez "soft": rien de sexuel dans les bleusailles, "poils" contrôlés par les comitards, aucune obligation ni même pression pour participer à ce folklore, c'était un peu la faculté des bisounours - hé, on ne change pas complètement quand même! Je n'ai jamais été humiliée pour de vrai: c'était tellement clair à mes yeux que c'était un jeu, pourquoi ne pas le jouer à fond?! oui, je suis une sous-merde de bleuette, je suis à peine digne d'existence... puis quand c'est fini on s'embrasse sur les deux joues (enfin, sur une: on est à Liège, chal!) et le "chef" s'assure que je rentre chez moi en un seul morceau.

Lorsque à mon tour j'ai été "plume" et que j'ai pu participer aux bleusailles de l'autre côté de la barrière, on m'appelait "la maman des bleus" (tiens, là non plus j'ai pas changé...). J'avais toujours dans mes poches tartines, morceaux de sucre, mouchoirs pour prévenir ou soigner chutes de tension, faims subites ou traces de vomi (ben oui, ça reste quand même qqch de fondamentalement pas frais!!!). Et je me suis déjà opposée à certains gros cons (car je ne nie EVIDEMMENT PAS qu'il y en a là-dedans aussi!) dont l'attitude ou les remarques me semblaient déplacées. 

Je ne me permettrais pas de me servir de mon expérience pour déconseiller ou recommander le baptême étudiant à tous. Mais moi je suis sûre que c'est ça qui m'a permis, paradoxalement, de réussir mes études, car j'ai pu alors concilier moments de travail dans une ambiance stressée et sage, et moments de grosse fête à la folie.

Je ne nie pas qu'il y a des abus - mais montrez-moi un système où il n'y en a pas??? Je ne nie pas que certains (dont d'anciens co-bleus) sont tombés dans la chope à ce moment-là et qu'ils n'en sont jamais sortis. Je ne nie pas que l'excès d'alcool, qui est quand même souvent l'image "de marque" de ces mouvements, est réel, et que ça peut être dangereux. Mais moi je regarderai toujours ces souvenirs avec beaucoup de tendresse. J'ai envie de dire: un truc qui m'a permis de rencontrer ma copine R, ma copine M, mon copain R qui m'a permis de bosser là où je suis... je ne pourrai jamais le renier. Mais bien sûr cela n'engage que moi.

09/10/2016

J'ai perdu l'automne...

Ou "Comment dans ma tête je suis passée d'été à hiver sans transition"...

Oh, je vous rassure, le mental va très bien! Mais j'avoue que mon corps a un peu de mal à assurer les 20 degrés de différence qu'on s'est chopés en 2 semaines de temps! Il y a deux semaines nous cuisions à plus de 30°C dans les classes (et encore, ça c'était les fraîches comme la mienne, celles pas directement exposées au soleil tout l'après-midi!), ma lessiveuse était pleine de petits machins légers (une semaine pour la remplir, d'ailleurs, du quasi jamais vu depuis qu'on est 5!!!), nous éliminions gaiement nos toxines dans les bus, aucun enfant ne râlait quand on prononçait le mot "douche", je congelais les gourdes pendant la nuit pour qu'elles restent fraîches plus de 4 minutes, bref, le temps extérieur correspondait à mon état intérieur, moi qui étais, j'avoue, un peu restée en Provence...

Quand nous avons perdu 10 degrés, cela ne m'a pas dérangée: 24 degrés, pour moi, c'est l'idéal, c'est top, d'autant que les nuits étaient redevenues ok. Puis on en a encore perdu 10... résultat, comme je le disais plus haut, 20 degrés en moins... et le corps qui tricote pour compenser!

Cela fait une semaine que j'ai froid. Le jour (puisque, ô logique sublime, chez nous à l'école on rallume le chauffage en fonction des dates, PAS en fonction de la température, du coup dans notre salle des profs il fait POLAIRE à en avoir le nez tout froid); la nuit. Chez moi. Puis ailleurs...

J'ai déjà remis ma couette d'hiver - au-dessus de ma couette d'été. ça plus mon gros pyjama et mes chaussettes (oui, je sais, hmmmm, sexy Cath la nuit quand il fait froid), ça peut aller. On a rallumé le chauffage. D'abord le matin, mais voilà qu'on en a besoin la journée aussi. On a des envies de plats qui tiennent au corps. J'ai déjà refait de la potée aux choux et une raclette. Tout ça avant le 10 octobre... purée, qu'est-ce qu'on fera en décembre par -15!!!

Je suppose qu'on doit simplement se réhabituer, et que ça va se faire petit à petit. Mais j'ai l'impression que je suis passée très vite des kilos de bien-être en été (apéros et glaces) aux kilos de "lard" d'hiver... Je me surprends à avoir envie de boire du thé bouillant... et, pour le grand plaisir de mes enfants, mes envies de chocolat, plutôt muettes quand il fait chaud, me reprennent et m'assaillent de toutes parts.

Afin de combler ce besoin, tout en me fournissant calories nécessaires à ma survie, j'ai ressorti la merveilleuse recette des fondants de Juliette. Je vous la livre avec plaisir - attention, c'est TRES chocolat, TRES lourd - du pur bonheur, quoi!!! Stressé(e)s de la calorie s'abstenir!

Pour 4 fondants il faut:

  • 120 grammes de chocolat noir (+ 4 GROS carrés)
  • 35 grammes de beurre
  • 80 grammes de sucre
  • 1 cuillère à soupe de farine
  • 3 oeufs

Faites fondre le chocolat et le beurre dans un poêlon (= une casserole en France). Allumez votre four à 180° degrés. Pendant ce temps mettez le sucre et la farine dans un récipient, ajoutez les oeufs, mélangez bien. Ajoutez-y le chocolat et le beurre fondus, mélangez. 

Versez le mélange dans des ramequins - cela peut prendre du temps si vous voulez travailler proprement (les oeufs rendent le mélange assez visqueux) et que vous avez décidé, comme moi, que 4 fondants, c'est juste pas possible et qu'il faut multiplier... Dans le fond des ramequins, vous pouvez déposer un gros carré de chocolat noir, pour un effet "fondant" maximum.

Enfournez, laissez cuire 12 minutes, laissez un peu refroidir (c'est meilleur tiède, mais ça n'engage que moi) puis dégustez. Conseil: ne mangez pas trop vite, sinon vous aurez envie d'un 2è... sauf qu'une fois que ça "tombe", ben... c'est du lourd!!! Mais quel bonheur! La preuve: je suis dans une pièce non chauffée, fenêtre ouverte, et je suis bien...

A moins que ce ne soit l'automne que j'ai retrouvé...

Hmmm... à quand la choucroute et la tartiflette???

27/09/2016

J'ai testé pour vous: Les calmants et stimulants pour enfants

Oui, vous avez bien lu. Je m'avoue vaincue. Je renonce à mon approche intuitivo-naturelle basée sur (ce que je croyais être) le bon sens. J'écoute enfin ce qu'on me dit...

Pourtant au départ mes enfants abordaient la rentrée de manière assez zen, comme d'hab, quoi. C'est alors que j'ai eu la bête idée d'allumer la radio... Partout, sur toutes les chaînes, les journalistes n'avaient qu'un mot à la bouche: le stress. Ben oui, forcément, les enfants de parents intelligents savent ce qu'il se passe à l'extérieur de leurs murs rose bonbon, donc au lieu de bêtement faire confiance à l'avenir, les fées, le karma, ils regardent, ils observent... donc ils stressent. 

C'est ce qu'on nous a répété, en tout cas: à chaque bulletin d'information, j'entendais que les enfants avaient le coeur serré, l'estomac noué, les mains moites... je me suis donc dit que moi, j'avais dû louper quelque chose! Mes enfants à moi, j'avoue, ne stressaient pas du tout! Ils soupiraient, certes, de ne plus pouvoir glander au lit jusque pas d'heure, de redevoir aller dormir tôt, de recommencer à courir... mais c'était plus de la nostalgie anticipée que du vrai stress! Je leur ai donc parlé du monde qui nous entoure. Du fait que l'école ça fait peur. Que, bordel, y a pas de raison pour que la pression ne soit que sur notre tronche à nous, les adultes. Qu'à présent, ils sont respectivement en 2è et 6è primaire, et en secondaire pour le grand, donc que fini de rigoler, les petits cocos. Leur (manque d')avenir se joue maintenant, là, tout de suite, et ils n'ont pas droit à l'erreur!

Je leur ai parlé des mesures anti-jeunes du gouvernement, qui les mettrait dans la merde aussitôt sorti de chez nous - enfin, pour ceux qui y arrivent. Je leur ai parlé des mesures anti-vieux du gouvernement, pour leur annoncer dès à présent que si eux seront des Tanguy (forcément, si t'as droit à zéro revenu d'intégration dès l'âge de 24 ans et que tu ne trouves pas de boulot avant 28 ans - et attention, à 45 ans t'es vieux et plus baisable employable, tu vis où? Chez nous!), nous, entre pas de retraite, punis si au chômage mais pas engagés si déjà vieux, ben nous on comptera sur eux très, très vite pour prendre soin de nous!

Je leur ai aussi parlé du monde extérieur: montée des extrémismes de tous bords, qu'ils soient religieux ou politiques (car la réponse extrémiste marche du tonnerre, c'est bien connu!), repli sur soi à jouer à Pokémon Go, risques de guerre, risques de croisades, risques de bouffer du poulet au chlore, risques de ne plus pouvoir se soigner.

Je leur ai enfin parlé de tous les risques pour leur santé de notre style de vie moderne: ondes, perturbateurs endocriniens, légumes et fruits mortels si pas bio (manque de bol: quand t'as pas de boulot t'as pas de fric - donc tu meurs? La voilà la solution contre le chômage!!!), ils seront des adultes au mieux allergiques, sinon, stériles (autre processus de sélection "naturelle", peut-être?), et en tout cas, malheureux, fauchés, accros à plein de trucs et sans amis.

C'était dur, mais j'ai réussi: là, mes enfants sont enfin stressés comme il se doit. Donc j'ai pu leur donner des calmants - oui, mais pour enfants. Nous voilà (re?)devenus normaux. Nos enfants sont lobotomisés déstressés.

Il me restait cependant à les stimuler suffisamment, histoire de dire que j'aurais essayé de braver le destin. J'ai donc dû leur concocter un petit programme personnel à chacun, afin quand même d'en faire des gens un peu intéressants, et pas juste des bêtes gosses qui s'amusent avec un bout de bois, type hippie des années '70. Dorénavant, le mot d'ordre est "stimulation" et "professionnalisme". Cours de langues, cours de musique, 3 sports différents, au cas où ils seraient prodiges dans l'un des trois, c'est fini de s'amuser, les gars, il est temps de devenir rentables, parce que pour vos vieux, c'est quasi foutu! Moi j'ai l'âge d'être une vieille pour les employeurs, et votre père y est presque!

Mais ces crétins d'enfants ont eu un peu de mal à suivre le rythme... ils croient quoi, eux? Qu'une fois adulte, une semaine de 40h suffira? Autant les préparer dès aujourd'hui, non? Une activité par jour (sauf le mardi, le jeudi et le samedi où y en a deux), ça me semble assez raisonnable, pour commencer, non? Mais comme ils avaient un peu tendance à devenir grognons et à piquer du nez dans leurs assiettes, on a tenté les stimulants. Et vous savez quoi? ça marche!!! Il FAUT alterner les deux, et ne SURTOUT PAS confondre l'un et l'autre (erreur de débutant, mais la nuit fut looooooongue à les calmer!!!). Pas dépasser la dose non plus, même si vous pensez que c'est nécessaire: trop de stimulants, ça leur fait péter une case, et trop de calmants, ben, ça les endort un peu, et parfois pour assez longtemps... reposant pour les parents (presqu'autant que la tablette/babysitter, mais sans le côté super pédagogique de la chose) mais si ça dure trop longtemps, un brin stressant aussi, quand t'arrives pas à les réveiller, les cons!

On a donc un peu tâtonné au début mais là, ça roule, ils se sont adaptés! Ils sont de bons citoyens devenus enfin un peu productifs - ou presque. Certes, ils ont un peu perdu de leur spontanéité, ils semblent parfois un peu absents, leurs yeux ont un peu changé... mais c'est pour leur bien, non? Et là, au moins, moi je me sens bien d'avoir écouté les bons conseils des médias, tous des spécialistes de l'enfance. Puis au moins, là, si mes enfants deviennent quand même des losers, des rêveurs, des idéalistes, bref, des gens inefficaces... moi, je n'aurai rien à me reprocher. Parce que, pour une fois, j'ai voulu, ET je me suis procuré, le meilleur pour mes enfants.