14.07.2009
La famille Ricorée
La scène se passe dans une immense prairie. Le soleil monte dans le ciel, éclairant l'herbe et les alentours. Au milieu de l'écran, une maison, genre ferme rénovée. Une grande terrasse. Une table familiale. A la table, prenant place un par un, sourire pepso et regard épanoui, les membres de la famille Ricorée.
Aaaah, la famille Ricorée... fantasme inaccessible pour la plupart d'entre nous, gens de la ville qui jonglent avec vie familiale et professionnelle, habitués des matins grognons, brouillardeux, stressés, abonnés à la course contre la montre et à l'inévitable agressivité qui s'ensuit. Qui n'a jamais rêvé de voir apparaître à sa table cet ami du petit-déjeuner, celui qui vient toujours au bon moment, avec son pain et ses croissants? Qui n'a jamais rêvé d'ETRE la famille Ricorée, pour un jour ou pour toujours? Et qui n'a jamais eu envie de pleurer en comparant les Ricorée avec sa propre image, entre les cernes et la table couverte de miettes - débris de tartines - flaques de boissons diverses, que personne n'aura le courage de déplacer jusqu'au soir?
Moi-même, j'avais fini, de rage, par refouler jusqu'à l'existence même de la famille Ricorée, de peur de tomber dans la dépression auto-destructrice qui serait inévitablement surgie de la comparaison. Et pourtant... j'ai bien vu, hier soir, dans les yeux d'une invitée britannique, que nous étions, pour elle, pour un instant, les sosies de la famille Ricorée... elle nous a même demandé : 'Dites-moi quand même que ce n'est pas comme ça tous les soirs?'...
Ah, putain de bon sang, c'que ça fait du bien!!!

Et c'est vrai que c'était l'un de ces soirs où vibrant sur sa tige, chaque fleur s'évapore... pardon, je veux dire, un de ces soirs où tout semble fonctionner. Le dîner était réussi (NON, ce n'est pas exceptionnel!!!), à temps sur la table, les enfants, affamés et épuisés par leur première journée de stage sportif, ont mangé comme des ogres, mais proprement, sans interrompre la conversation des grands, bien qu'elle se déroule en anglais (NON, on ne les avait pas drogués avant!), nous étions sur la terrasse, puisqu'il faisait magnifique, et ils nous ont aidés à débarrasser la table, avant de manger leur dessert en jouant tranquillement ensemble... un régal pour les yeux et les oreilles!
Cependant, au risque une fois de plus de me faire détester par toute la blogosphère (enfin, mes 3 lecteurs et -trices fidèles), il me semble que des moments comme ça nous arrivent de plus en plus. Oh, je ne parle évidemment pas de l'image de perfection magnifique que nous offrons (ça on n'y peut rien: on est tous les 4 super beaux et super cools, que voulez-vous!), mais plutôt du sentiment de bien-être que nous procure le simple fait d'être ensemble.
C'est clair que, avec les enfants qui grandissent, le métier de parent devient... je ne sais pas si c'est plus facile (j'avoue que les bobos de petit enfant, qu'on console avec un bisou et un biscuit, me font moins peur que certains chagrins existentiels, déjà, de mon aîné, contre lesquels je ne peux qu'être là, tendrement et bêtement inefficace), mais c'est plus, disons, prévisible. On a un rythme. C'est moins fatigant. D'autant plus que nos enfants deviennent, disons-le franchement (et tjs objectivement) de plus en plus charmants avec l'âge. On nous en fait d'ailleurs la remarque très régulièrement, quand on va qq part avec eux: comme ils sont sages!
La grande question est évidemment, si nous sommes simplement des sacrés veinards, qui sont vernis de bout en bout, avec leur p... d'enfants adorables et leur sal... d'harmonie écoeurante, ou si c'est, un peu, le résultat de 7 ans de boulot... A l'aube de l'arrivée de Mlle Trois, il me plaît évidemment de penser que c'est en partie à cause de (ou grâce à) nous, et que nous ne foirons pas tout complètement! Que notre 'méthode' (qui n'en est pas une, disons plutôt notre manière d'être avec nos gosses) n'est pas totalement à côté de la plaque! C'est tellement insécurisant, le métier de parent! Y a pas de mode d'emploi (ou y en a trop, ce qui revient au même), et personne pour vous dire quand vous merdez!
Quand je pense à ce qu'était notre deuxième à 18 mois, et comme il est devenu maintenant, une partie de moi a quand même envie de dire que, si nous n'en sommes pas totalement responsables, nous y avons au moins contribué en partie. Par une attention constante, par des barrières, répétées, remises en place, tout le temps, par une savante combinaison de fermeté et de tendresse (et, of course, de nombreux pétages de plombs, périodes de découragement, mots bien trop durs et larmes de part et d'autre - ceci n'est tout de même pas un conte de fées!), on a peut-être quand même aidé cet adorable petit garçon à maîtriser ses colères, à le sécuriser dans ses sentiments, à les exprimer de manière acceptable? Faut pas croire qu'il est né comme ça, c'est du boulot, l'éducation, non d'un chien!
Mais je pense surtout que notre contribution positive à une vie familiale (la plupart du temps) harmonieuse et épanouissante, c'est notre relative absence d'ambition personnelle. Ouh, que ça sonne négatif... Ce que je veux dire, c'est que pour nous (mon homme et moi) la famille, c'est prioritaire. Essentiel, même: c'est là qu'on se recharge, qu'on se ressource, on est BIEN, tous les 4. Donc je ne ressens pas du tout comme 'sacrifice' le fait de ne pas pouvoir sortir avec mes copines tous les soirs, ou de ne pas avoir mille activités sur le côté (pas le temps ni l'énergie). La seule chose qui me manque, c'est de longs moments toute seule avec mon homme... mais ça, on arrive quand même à se garder, de temps en temps. Sinon... j'aime mon boulot, certes, et je ne me verrais pas maman à la maison (fée du logis comme je suis, quelle horreur!), mais une Carrière, avec un grand C, franchement... je m'en fiche complètement. Grimper les échelons sociaux... encore plus! Mon développement personnel... j'ai la chance de pouvoir y travailler en faisant ce que je fais, càd en étant prof, maman, épouse. Ch'uis vernie, finalement, c'est vrai!
Pourtant, je ne pense pas que notre façon d'être est la seule vraie bonne. Des tas de gens conjuguent avec bonheur carrière fulgurante et vie de famille heureuse. Moi... je suis sans doute trop lente, trop feignasse, trop glandeuse, mais je préfère être pépère dans ce que je fais. Ce n'est pas grave: ça ne me frustre vraiment pas. Ce qui compte, finalement, c'est d'avoir le goût d'être ensemble...
Hé, les gars, excusez cette espèce d'auto-congratulation cachée... la vérité est que ça me stresse à mort de passer du côté de la famille nombreuse, et d'accueillir un petit bébé dans ce nid douillet! J'ai peur de ne pas savoir gérer... donc pour me rassurer, je regarde ce qui est, et j'essaie de m'auto-persuader qu'il n'y a pas de raison que ça foire à 5, quand c'est si bien à 4... Même si - et finalement c'est tant mieux - on est quand même encore trèèèèèès loin de la famille Ricorée!
15:39
Écrit par Catherine
dans La tartine picnic |
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Commentaires
Tu as bien raison ! de t'autocongratuler ! Sinon, qui va le faire ? hein, j'vous le demande ! Non sans blague, je rêve aussi d'être la famille Ricoré, ou celle des Bisounours aussi... j'y travaille !
Écrit par : e-zabel | 15.07.2009
Alternance d'épisodes un peu difficiles et de moment harmonieux... tant qu'il y a un équilibre entre les deux, c'est bien mieux que les clichés des médias. Merci pour cette bonne tartine!
Écrit par : Marlène | 21.07.2009
Je me suis permis de mettre un lien sur notre blog concernant ta tartine dans mon texte, si cela pose un problème merci de me le signaler et je l'enlèverai immédiatement.
Merci pour ce bon moment de lecture même si on a peur de ne pas être à la hauteur de tes attentes ! :-))
jacques , papa d'une famille ordinaire
Écrit par : jacques et fabrina | 22.07.2009
Via le lien du "blog des triplés" ... Bravo pour cette tartine lue à l'heure du p'tit déj ... mes enfants sont sont mariés, y a déjà un petit fils, mais que de souvenirs !!! Super, et bonne route à vous tous !
Écrit par : maman grenouille | 23.07.2009
C est bien dit tout ça !! Comm nous on est heureux en famiille et on a pas besoin des uatres pour exister ! On a choisi d avoir des enfants alors on ne les subit pas comm certains..!! Notre couple .. notre famille.. tous nos ptit bout de cul... oui c est notre bonheur... Et une carrière avec un grand C pour payer pleins d impôt ! ne pas voir ses enfants grandir ... non merci !! On a besoin d un peu de revenu pour donner un toit et nourir toute notr ptite famille.. après le reste... on s en fou ! on devient minimaliste ! on essai de garder l essentiel ! même si on adore notr belle télé dernier cri hihi .. pour se détendre le soir.. !! et oui sans jardin ... la télé ça aide à se relaxer ! d ailleur les ptits bouts sont à la sieste du matin et j hésite entr vaisselle ou dodo .. trop dur le congé parental...hihihi... Et puis mare des gens qui font des grands yeux quand on parle d avoir un 4 et un 5 eme !! C est que du bonheur les enfants ! c est la vie !! et il y aura toujours à manger pour tout le monde si on se contente de l utile..bref.. il y a long à dire... et pas de panique pour le 3eme . tant qu il y a de l amour...
Écrit par : Maman des triplés... | 23.07.2009
Quel réconfort de voir qu'à la longue, çà finit par être bénéfique tous ces moments passés à expliquer,re-expliquer et re-re-expliquer!!! Mes p'tits bouts sont encore petits, donc pas assez de recul, mais j'espère que dans qqs années, ont pourra se dire que nos efforts ont "payé" et que nos loulous sont épanouis et bien dans leur peau. Ce n'est pas tous les jours évident au quotidien, mais les "je t'aime maman" allège bien les tracas du quotidien!! Merci pour cette belle tranche de vie.
Écrit par : mes p'tits princes | 03.08.2009
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