27/07/2011

Les années Q...

Demain ma vie va changer. En bien ou en mal, je ne sais... mais je vais entamer les années Q. Je vais devenir une quadra.

Un changement de décennie, ça se prépare, ça ne se négocie pas comme n'importe quel autre anniversaire. Ainsi, cela fait pour ma part un an (voire un peu plus) que je me prépare psychologiquement à dire "j'ai quarante ans". J'ai dû, forcément, revoir certains clichés sur les quadras, puis certaines peurs, aussi. J'y ai bien travaillé, car me voici à la veille du grand jour, et franchement, ça va. Finalement, je ne suis pas sûre que, d'ici demain matin, je vais tellement changer, intérieurement, et extérieurement.

Quand j'étais jeune (on arrête de dire ça, d'abord, bordel: je suis TOUJOURS jeune!!!) - allez, je veux dire quand j'étais ado, je voyais forcément les quadragénaires comme des gens vieux (et moches). Je trouvais qu'ils avaient l'air blasés, remplis de certitudes, et orphelins de tous leurs rêves de jeunesse. Il fallait les entendre se gausser des miens, de mes illusions, de mes espoirs. Tout ça "allait passer", j'allais vite oublier, j'allais vite me rendre compte à quelle point j'étais conne (merci!), bref, j'allais devenir comme eux...

J'ai dû être une ado particulièrement sensible, finalement: a posteriori, mon impression de l'époque que tous les adultes sans exception (ou presque: merci Dominique et Patricia!) essaient de me saboter devait être quelque peu exagérée. Sans renier l'ado aux rêves plus grands que le coeur et à la sensibilité à fleur de peau que je fus (ai-je d'ailleurs tellement changé?), je peux dire aujourd'hui que la nuance et l'empathie ne sont pas forcément les qualités principales qu'on développe à cet âge. Quoi qu'il en soit, c'est peut-être aussi un peu grâce (à cause d'?) à eux que je suis devenue celle que je suis aujourd'hui. Plus posée, moins dans le refus, plus heureuse, aussi, mais toujours ce côté St-Bernard rêveuse et idéaliste. Je voulais changer le monde... je le veux toujours, mais je suis plus réaliste par rapport au résultat. Le résultat en lui-même n'a que peu d'importance, finalement: comme je n'ai plus (mais alors vraiment PLUS DU TOUT) envie de célébrité, le fait que le monde ne reconnaisse jamais à quel point je suis formidable (grin, grin :D ) ne me dérange plus, et ce qui compte pour moi à présent, c'est le chemin qu'on prend, plus que la destination en elle-même.

Une autre peur dont il va falloir me délester (mais j'y travaille d'arrache-pied et je pense être sur la bonne voie) est le côté "déchéance physique" liée à la prise d'âge. J'ai eu longtemps l'impression qu'une fois passée la quarantaine, certaines femmes, celles qui appartiennent à la catégorie "à consommer frais", voyaient apparaître une date de péremption qui, telle les batteries de nos appareils photos numériques, se mettaient à clignoter à l'approche de la date fatidique, pour finalement se transformer en une grosse affiche PERIMEE (autrement dis, plus b**sable) une fois la fameuse date dépassée. Moi qui, comble de l'ironie, ai milité, parfois au mépris de toute nuance et de toute logique, pour une certaine forme de féminisme, moi qui, étant jeune, voulais être reconnue pour mes qualités, pour ma beauté intérieure plutôt que pour mon sexe et mon physique, je me transforme en une espère de midinette attardée qui passe des heures devant la glace à se dire "ça va encore, hein, chou, pour une quadra mère de trois enfants? je suis pas trop amochée, dis? je te plais encore, dis?", je ne veux plus qu'on m'apprécie (beurk), et encore moins pour ma personnalité, je veux être BONNE!!! (alors que toute vague mention de cette adjectif, à l'époque, aurait envoyé le pauvre garçon au tapis: je n'étais pas un produit à consommer, bordel! - et puis là, quand la petite jeune en moi proteste, mon moi actuel - qui a, je ne sais pourquoi, la voix et les tics de langage de Louis de Funès, notamment dans Rabbi Jacob!!! - répond "mais si, si, si, je suis un produit à consommer, d'ailleurs je ne suis pas bonne, je suis MEGA BONNE! Allez, admirez-moi!")

Ceci dit, j'ai fait des progrès en zénitude depuis le Club des VTT. A présent, je ne pleure plus, je me soigne, et tant pis si je parais mega superficielle. J'essaie d'être objective et de me dire que, en effet, pour une "vieille" (désolée, ma vieille habitude de faire dans l'auto-dérision pour me protéger des émotions!), et mère de 3 enfants qui plus est, je suis quand même pas mal conservée. Deux semaines de soleil dans un mini-bikini ont aidé aussi. Le regard de mon homme aussi - même si, dans ces interrogations existentielles, le regard le plus critique est tjs le mien. Je me fais plaisir, aussi: coiffeur, soins, bons produits, tout ça commence dans la tête avant d'arriver sur la tête! Puis de toute façon, c'est pas comme si j'avais le choix: c'est clair que je ne suis plus celle que j'étais à 20 ans... mais aurais-je envie de repasser par toutes ces questions, ces incertitudes, ces doutes, ce mal de vivre de quelqu'un qui se cherche? Même avec un petit cul d'enfer et une poitrine qui tient toute seule? Franchement, suis pas sûre... d'autant moins qu'à l'époque, j'étais au moins aussi complexée qu'aujourd'hui, idiote! J'étais bonne, mais je ne le savais pas...

Je ne vais pas faire une grande fête pour mes quarante ans. Je n'ai pas besoin de ça pour passer le cap. (puis j'ai pas l'énergie, mais ça, faut pas le dire...) Je fêterai dignement mes 41 ans, je trouve ça plus drôle. Par contre, il me semble que, pour entamer ces années Q, je pourrais enfin me débarrasser de toutes ces bêtises nommées complexes, désamour de soi, peur du regard de l'autre, culpabilité excessive, tout ce poids inutile et néfaste qui m'empêche parfois d'avancer. Il n'est pas trop tard pour être bien... mais je trouve qu'il est temps.

Allez, ma bonne vieille, bon anniversaire!

 

09:00 Écrit par Catherine dans Mes tartines à moi | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : avoir quarante ans |  Facebook |

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