01/04/2013

Ce soir Maman a une réunion...

Combien de fois mes chéris (adulte et enfants) ne doivent-ils pas l'entendre... A la rentrée pour les délibés de fin de (2è) session; en début d'année pour présenter les cours aux parents; en début d'année pour les parents de futurs élèves potentiels; à chaque fin de période (heureusement nous on n'en a que 3!); et en fin d'année scolaire, la plus longue... je me souviens être restée jusque 22h30, enceinte jusqu'aux yeux, en me tortillant toutes les 2 minutes pour cause de crampes/bide dans le chemin/mal au dos sur ces chaises de m.../besoin de faire pipi - et ma collègue, elle, était carrément en train de donner le sein! Une grande famille, l'enseignement, qu'on vous disait!!!

Mouais... tellement une famille, d'ailleurs, que parfois je suis obligée d'emmener ma tribu avec moi, puisque les écoles, elles, continuent à fermer à 18h tapantes et que si t'es pas là à l'heure tu es sensée aller chercher tes gamins au commissariat de police! (Non, ça ne m'est jamais arrivé!)

Lors de la dernière réunion de parents, pas plus tard que la semaine passée, j'avais donc pris mes merveilleux fils avec moi. Un peu parce que vachement plus facile pour le papa de ne s'en chiquer qu'une sur trois, un peu comme alibi pour montrer aux vilains parents sans rendez-vous (parce qu'ils sont sensés ne venir que sur rendez-vous, histoire qu'on puisse prévoir un semblant de vie familiale parfois de temps en temps) que non, déso mais là, vraiment pas le temps.

Bon, c'est vrai qu'ils grandissent et qu'ils font moins pitié, à présent. Je vais d'ailleurs peut-être leur filer quelques claques, la prochaine fois, ou ne pas les laver avant?... Quoique: j'ai déjà dû littéralement jeter une famille dehors parce qu'ils avaient pris rendez-vous à 17h et qu'il était 19h40, que ma fille (de même pas deux ans à l'époque) commençait à loucher de fatigue, était dans un état de saleté repoussante, n'avait pas encore mangé et qu'elle commençait à donner des signes évidents de ras-le-bol total... t'en fiche, eux insistaient, s'incrustaient, tout ça pour me parler de leur vie privée puisque leur fille, on en avait fait le tour depuis longtemps (si je puis dire...). J'avais essayé de rester polie, genre "je ne veux pas être grossière mais je vais devoir vous demander d'écourter"... au bout de la 3è tentative j'ai dû dire "bon, là je suis grossière: au revoir, Messieur-Dame, ma fille n'en peut plus". Ils s'étaient excusés, les braves gens, mais quand même...

Ce soir-là, j'étais harrassée: depuis la rentrée post-carnaval, j'ai bossé quasi 7 jours sur 7 (ma faute, j'avais pris du retard puis j'aime quand c'est bien fait, mais quand même crevant!), on sortait de 3 jours d'atelier (càd qu'au lieu de mes charmants élèves civilisés et un horaire avec pauses, je me retrouve devant un groupe de 30 gosses hyperactifs à canaliser, motiver, diriger 8 heures sans arrêt... mes collègues sont des saints, moi j'vous le dis!), et avant ça d'une semaine de réunions TOUS LES SOIRS, bref, j'étais déjà hargneuse et agressive avant de commencer. De plus, je savais que les attentes des parents sont parfois... comment dire... pas toujours adaptées à leur interlocuteur, dirons-nous.

A 16h10 j'ai donc viré mes élèves, j'ai galopé jusqu'à l'école de mes fils, je les ai soudoyés avec un muffin et une boisson sucrée, je les ai installés dans la salle des profs et courons vers le 1er rendez-vous: j'étais en retard. Rendez-vous numéro 1: tout va bien, on se connaît, on échange, on va droit au but... ok, et de un. Rendez-vous numéro 2: n'a pas de rendez-vous, alors que j'avais menacé de mort ceux qui oseraient me faire le coup. Le papa se présente: ah, c'est vous qui m'avez téléphoné le samedi après-midi (p* de b* de m*) pour discuter des résultats de votre fille dans un autre cours? Et c'est reparti: la fifille, très bonne en anglais (mon cours), a des résultats plus que médiocres en français puisque non-francophone. Je compatis (une fois de plus), je m'impatiente: ça on a déjà dit samedi, y a rien de neuf? "Madame, pouvez-vous me dire si ma fille aura un bon niveau en fin d'année?" "En anglais, certain..." "Non Madame: en français!". Heu... je fais mine de scruter ma boule de cristal, lance que j'ai dû l'oublier à la maison, mon (désopilant, je sais, mais il est 18h, merde, ch'uis nase puis c'est quoi cette question débile?) humour ne fait pas mouche, on est même un peu vexé. J'ose dire que je suis incapable de lui répondre, puisque chez moi elle ne parle que l'anglais, la cocotte... Je vois bien à la tête que ce n'est pas la bonne réponse mais je persiste. On boude un peu mais m'en fiche: au revoir monsieur, et t'arrête de m'appeler pour les devoirs de français, gros nase!!! Ouf, encore un...

La suivante est une charmante dame qui élève sa fille (chouette gamine) toute seule, situation compliquée, situation délicate... c'est alors que mon fils cadet s'approche: il doit aller aux toilettes. J'essaie de lui demander discrètement quel genre de "business" il doit faire (en gros, t'as besoin de mouchoirs ou pas, vu qu'y a pas de papier)... la métaphore n'est pas comprise, je dois donc bien articuler dans son oreille "pipi ou caca?". Sans doute un peu distrait, il ne réagit pas que si je parle dans son oreille, c'est peut-être pour quelque chose... il claironne "Pipi!". Heureusement qu'il se débrouille tout seul sinon... enfin bref, vous voyez! Être mère à son boulot, c'est formidable! Au suivant!

Le couple suivant: une mère et son fils. On se connaît depuis des siècles aussi, situation horriblement compliquée, tensions à couper au couteau entre eux. J'avais prévu le coup et avais demandé de l'aide, et heureusement pour moi! Lorsque la situation a un peu "dégénéré" j'ai pu donc leur proposer le numéro de téléphone d'une aide psy en disant que là, on sortait du pédagogique et que je n'étais pas armée pour cela... mais allez, je sais que vous souffrez, parfois, les gens, mais moi aussi, fourte, quoi! Je les adore, vos gamins, mais je ne suis "que" petite prof, pas psy, pas éduc, pas avocate, pas maman (enfin, pas des vôtres), pas punching ball et pas médiatrice familiale! ça se sait de moins en moins, d'ailleurs: n'a-t-on pas entendu récemment aux nouvelles que vu le taux grandissant de suicide chez les jeunes, il fallait urgemment ouvrir des espaces de dialogue dans les écoles, voire former les profs à repérer les comportements à risque suicidaire!!! Or, détrompez-moi mais psy, c'est un "vrai" métier, non? Avec une vraie formation, des études, des stages... et de l'aide! Moi je ne me sens pas du tout capable d'aller trifouiller dans les problèmes psychologiques de mes ados, je ne suis pas là pour ça! Ecouter, oui, mille fois oui... mais et puis? S'il se suicide quand même, c'est de ma faute, je ne l'ai pas assez bien "repéré"?

Assumer la responsabilité d'avoir mal expliqué un truc, d'avoir été inefficace, pas claire, pas motivante, pas assez organisée, pas assez ferme, pas assez..., trop... ok, je le fais (parfois trop). Assumer la responsabilité d'avoir fait un mauvais boulot de psy, non, je refuse. Devoir faire la juge entre un père et une mère divorcés (en souffrance, d'accord, mais quand même!), je refuse. Essuyer l'agressivité d'un parent bourré (ça arrive parfois) qui gueule en pensant que ça va changer le bulletin de son fils, je refuse. Négocier la réussite d'un élève pour faire plaisir aux parents, je refuse (ou alors qu'ils paient! je blague!).

Heureusement mon calvaire allait bientôt toucher à sa fin, à mon grand bonheur, et heureusement pour mon petit cerveau, qui a de plus en plus de mal à assurer dans ces moments d'hyperactivité constante. C'était à me demander si Alzheimer ça pouvait commencer si tôt, je n'arrivais plus à finir mes phrases de manière cohérente! Après une rencontre éclair dans le couloir (3 minutes) avec un papa tardif, j'ai pu prendre mes fils par la main et me tirer de ce lieu par trop fréquenté.

Allez... là j'ai 2 semaines (lalilalère!) pour m'en remettre... et 3 mois jusqu'à la prochaine!

 

Ps: au fait... aujourd'hui (et ce n'est pas une blague, hihi!) mon blog a 5 ans... encore merci à tous de me lire et de me dire!

Les commentaires sont fermés.