15/05/2013

Le concours du plus malheureux

Vous savez tous ce que c'est, on en a tous un (une?) dans notre entourage. Vous savez, ces gens qui passent leur temps à se plaindre, à se faire plaindre, en long, en large, en détails... Toujours prêts à partager leurs malheurs, ces gens sont en général la "sociabilité" même quand il s'agit de s'étendre sur les vilains coups du sort qui les frappent à nouveau... par contre, gare à vous si vous vous avisez ne fût-ce qu'une seule seconde de suggérer que vous, de votre côté, ça ne va peut-être pas très fort non plus. Malheur, qu'avez-vous osé dire??? Le gagnant du concours du plus malheureux, c'est eux!!! Vous, vous n'avez même pas droit au lot de consolation!

En général, face à ces gens, je laisse dire - puisque l'enjeu en lui-même me laisse froide. Ainsi, je me souviens de mon premier accouchement - une césarienne qui s'était moyennement bien passée - et des douleurs qui s'ensuivaient... lors de la visite d'une copine, je n'ai pas osé me plaindre (malgré la pompe à morphine encore branchée dans mon bras) car le bruit que faisaient ses (véritables, ELLE) douleurs post-appendicite me coupait la chique. Autre exemple: lorsqu'une de mes collègues s'est plainte d'être "constamment dérangée par tous ces gens qui m'appellent sans cesse", je lui ai sorti en boutade que c'était un problème que je ne connaissais pas du tout, en ajoutant "Note, c'est normal, moi j'ai pas d'amis"... La réponse (en or, j'adore, j'en ris encore): "Oh, comme t'as de la chance!"... Enfin, le pompon à mon sens: un collègue (pas le plus "je prends sur moi", il est vrai, que du contraire) se plaint de fatigue importante en fin d'année scolaire car "il a des corrections". Je compatis et je "plussoie"... sa réponse du tac au tac: "oh oui mais toi, vu que tu as trois enfants tu as l'habitude de ne pas arrêter, donc pour finir tu ne le sens plus. MOI, je suis VRAIMENT épuisé!"... J'en suis restée baba... en me disant que ça, décidément, je le classais dans mes "perles".

Je n'ai habituellement guère de sympathie pour les pleurnichards, les geignards, ceux à qui on n'ose plus poser la question "Tu vas bien?", de peur de la litanie qu'ils ne manqueront pas d'égréner. Comme on dit chez nous, "Y n'a todi kèksakwè qui n'va nin", et ça me gonfle! Le concours du plus malheureux est un général un concours que je perds volontiers! Et pourtant, et pourtant, et pourtant...

Pour l'instant je me sens la victime d'une espèce de mutation (génétique? politique? philosophique?) qui fait que moi aussi, aux gens qui se plaignent de (réels) malheurs, j'ai envie de répondre "oh, tout ça ce n'est rien, MOI...". Et ça me fait chier! Je ne me reconnais plus, mais j'ai envie de me plaindre! J'ai envie de faire Kaliméro, "pourquoi moi", "c'est vraiment trop injuste", "ça va? On fait aller, il faut bien", et ça ne me ressemble pas!

Donc j'ai décidé, en bonne petite mère de famille organisée (parfois), efficace (pfffff, pour le moment...) et dynamique (le dynamisme d'un flan laissé au soleil une journée en été, ces temps-ci) de soigner le mal par le mal, et de me lâcher. Si un ou deux lecteurs pouvaient, en plus, me plaindre un petit peu, je serais comblée... Alors je commence, voici venir Notre Dame des Sept Douleurs.

Je campe dans les travaux depuis 3 mois et j'en ai ras-le-bol! La vaisselle dans la baignoire, pas d'eau courante dans les pièces de vie, ce qui fait qu'on doit faire mille aller-retours pour tout, vu que ma mémoire ne s'améliore pas (ma mère disait déjà "quand on a une mauvaise tête, faut avoir de bonnes jambles" ... je confirme, maman, tu avais raison!). J'en ai marre de la crasse, je n'ai jamais autant nettoyé de ma vie (mille fois par semaine en moyenne) pour n'avoir en fin de compte qu'une baraque répugnante. Y a de la poussière jusque sous les toits, dans les armoires, PARTOUT et je n'aurai pas le temps de faire ma méga tornade blanche qu'en juillet! Marre...

Marre aussi de devoir sans cesse aller "mendier" pour faire nos lessives chez des bonnes âmes. J'ai une voisine formidable qui m'a dit "quand tu veux", oui mais ça commence à faire long, et j'ai peur de gêner! Notre lessiveuse va très bien, merci pour elle, mais dans le mur où elle était branché, y a plus ni eau ni électricité... Pourtant, par semaine ça en salit, du linge, une famille nombreuse! On a même reporté le moment d'enlever les langes de notre fille la nuit (alors qu'ils sont vides systématiquement tous les matins), de peur d'ajouter encore du linge à laver...

J'en ai marre de n'avoir que 24h par jour, consacrées en quasi totalité à ce que je DOIS, pas ce que je VEUX. Mes préparations de cours me prennent tellement de temps qu'il faudrait, pour bien faire, ne plus faire que ça pendant un mois pour être enfin vaguement à jour. Or, je n'ai pas un mois pour ça: il y a aussi les corrections (bien fait, t'as qu'à pas donner autant de boulot à tes jeunes!), puis... ah oui, donner cours, aussi. Puis, quand tout ça est fait (à moitié), y a aussi... c'est qui ces gens qui me regardent d'un air d'attendre quelque chose??? Ah ouiiiiii, c'est vrai, j'ai une famille, aussi!

Pour rester dans le sujet: j'en ai marre de me sentir en permanence en porte-à-faux avec quelque chose. Soit je bosse bien et je me sens coupable vis-à-vis de mes chéris, osons le mot, mauvaise mère et mauvaise épouse, soit je me consacre à ma famille et je deviens une mauvaise prof... pour quelqu'un qui a la culpabilisation facile (merci, encore merci, civilisation judéo-chrétienne!!!) c'est une situation DE RÊVE!!! Si encore je pouvais me vanter de faire des parfaits bilingues, moi, mais non!!! A croire que mes crétins d'élèves ont l'image et pas le son: je répète, je répète, et qu'est-ce qu'ils changent? Rien!

J'en ai marre de devoir compter mes sous pour tout: après avoir mis de côté pendant plusieurs années plus fait un emprunt gigantesque à la banque, on pensait qu'on pourrait enfin se l'offrir, notre cuisine idéale... et ben non, ce sera en plusieurs morceaux. Pas de vacances, pas de razzia dans les magasins, pas de restau ni de week-end à deux quelque part... tout ça pour ça, quoi! La prochaine fois on garde notre petite cuisine de merde et on part en vacances avec les sous!

J'en ai marre de ce temps pourri qui me gèle les os, me rend irrascible et de mauvais poil. Marre d'avoir envie de pleurer tous les matins sans raison. Marre de survivre aux vitamines deux fois par an sous peine d'écroulement total. La vie ça doit quand même être autre chose, non?

J'en ai marre d'en avoir marre... Marre de me sentir tellement au bord du burn out que la moindre chose qui s'ajoute (parfois aussi bête qu'une facture à payer ou un coup de fil à passer) menace de me renvoyer dans mon lit - toute façon je savais que j'aurais pas dû me lever!

Puis enfin, j'en ai marre de tous ces CRETINS qui me bassinent avec leurs problèmes imaginaires sans voir que MA détresse à MOI, elle est VRAIE! Parce que les enfants soldats, le terrorisme, la famine et les guerres, c'est bien triste... mais comparés aux problèmes existentiels que se crée une bourge (enfin, ex-bourge) trop gâtée parce qu'elle n'arrive pas à lâcher prise ni à appliquer sa devise (accepter ce que je ne peux pas changer, changer ce qui peut l'être et savoir faire la différence), c'est RIEN DU TOUT, ça, Madame... MOI, JE...

Allez, après cette tartine d'auto-apitoiement, je retourne vers mon (véritable?) moi-même, celle qui prend sur elle et qui blague pour cacher qu'elle saigne. Après tout, je n'ai toujours pas envie de gagner le concours du plus malheureux. A moi de faire en sorte qu'il en reste ainsi...

 

N'empêche, putain, une fois de plus (et c'est là que les bloggeurs m'empoignèrent)...

 

VIVEMENT LES VACANCES!!!

 

15:05 Écrit par Catherine dans Mes tartines à moi | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : ras-le-bol; vie de prof |  Facebook |

Commentaires

Corètch, plus que 45 fois dormir:-)

Gros bisous plein d'empathie

Écrit par : Véro | 16/05/2013

Ma louloute!
Alors oui, je compatis, très sincèrement!
C'est pas une vie...
Mais j'ai mieux à te proposer que mon épaule pour pleurer (ce qui n'exclut pas quand même de le faire!).
Que dirais-tu de trois semaines gratos dans le sud, chez nous pendant qu'on y est pas, dans notre maison au milieu des arbres avec en plus une piscine?
Bon c'est une moche, hors-sol, bleu affreux mais quand même de quoi vous baigner tous ensemble et quand ça cogne comme ça peut cogner ici, on crache pas sur la moindre mare ;-)
Y a aussi une rivière baignable à deux pas et les voisins font pas chier, on les voit pas:on a tous des grands terrains!
Contre arrosage de plantes et croquettes aux chats!
Qu'est-ce que t'en dis?

Écrit par : Nata | 27/05/2013

Marrant comme on a toutes à un moment donné l'envie de tout envoyer pêter ! courage !

Écrit par : Stef | 07/08/2013

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