08/08/2013

Les vieilles amies

Pour moi, les vieilles amies (appelées ainsi non pour leur âge, mais plutôt pour la durée de notre amitié) se divisent en plusieurs catégories.

Il y a les Luce (référence non voilée à Claudine à l'école), celles qu'on a aimées presque malgré plutôt que parce que, et qu'on continue à aimer, presque envers et contre tout. Celles avec qui on n'a presque plus rien en commun, à part quelques anecdotes sans grand intérêt... et pourtant on continue à leur porter un intérêt incompréhensible, comme si le capital d'affection investi pendant l'enfance ou l'adolescence s'auto-suffisait et pouvait durer éternellement. J'en connais quelques-unes, des Luce, que je continue à voir (peu) ou avec qui je corresponds (un peu plus), et qui, chaque fois, me font revivre la relation qui nous liait quand nous avions quinze ans. Ce n'est pas forcément positif: je pense de plus en plus que les émotions adolescentes sont faites pour être vécues, justement, à l'adolescence. Après, on n'est plus armé pour, et elles nous (me?) coupent bras et jambes. C'est pour cela que je ne lis pas trop souvent les livres qui m'ont transportée à cet âge, à l'âge où ressentir et penser , étaient, il est vrai, mon occupation principale. C'est pour cela aussi que j'ai cérémonieusement brûlé tous mes journaux intimes: pourquoi en effet me replonger dans cette période? J'ai énormément de tendresse pour mon adolescence, pour l'être torturé, hypersensible et mal dans sa peau que j'étais - mais je ne voudrais en aucun cas y revenir! Mes Luce et la relation (la même qu'avant) qui nous lie me suffisent comme témoins!

Par contre, il y a une autre sorte d'amies: les éternelles. Celles qui, même après une absence de plusieurs mois, de plusieurs années, nous reviennent comme si on s'était quittées la veille. Celles avec qui on a pu être amie ado, et avec qui on peut continuer à être amie adulte.

Au départ, rien ne semblait nous destiner à une aussi belle histoire. Voisines "de grand-mères" (elles habitaient l'une en face de l'autre), nous nous apercevions souvent d'un trottoir à l'autre, elle avec ses deux chiens, moi avec mes deux tresses, et nous nous lancions des regards peu amènes. Je la trouvais "capricieuse", elle me trouvait "gnangnan". Puis nous nous sommes retrouvées dans la même classe en secondaire.

Au début, nos sentiments semblaient confirmés: alors que j'avais tendance à prendre les choses et les gens comme ils venaient, elle avait l'air de tout rejeter en bloc, sans même essayer. Anarchiste et révolutionnaire, elle criait si fort qu'on ne remarquait pas tout le reste, ce reste qui nous a liées par après.

Un soir - nous avions une quinzaine d'années et notre classe d'allemand avait gagné un voyage à Kappenberg en auberge de jeunesse - alors que le reste du groupe organisait un concours de playback, j'étais restée dans la chambre, seule, couchée sur le lit, en quête de solitude, sans doute, mais en même temps mourant d'envie qu'on remarque mon absence. Peine perdue (ah, qu'on est vain à cet âge... mais change-t-on vraiment???), tout le monde s'amusait sans moi.

C'est alors qu'elle est entrée. Elle avait le cafard, elle aussi. Elle brûlait qu'on l'aime, elle aussi, peut-être qu'on la protège? Mais peut-être est-il aussi difficile à une grande fille qui crie fort de se faire protéger qu'à une petite fille plus timide de se faire remarquer?

Toujours est-il que ce soir-là, j'ai partagé avec elle un paquet de Mikado et des confidences, et que c'est ce soir-là que nous sommes vraiment devenues amies. J'ai beaucoup appris, d'ailleurs, grâce à ce soir-là. J'ai appris notamment que ce n'est pas parce qu'on crie fort qu'on n'est pas blessé, et que les apparences sont souvent très trompeuses. J'ai appris aussi que, parfois, les autres vous collent une étiquette sur la tronche (anarchiste rebelle sans peur, clown débile) et qu'on peut parfois passer toute sa vie à essayer de la décoller. J'ai appris que parfois il suffit d'un peu d'écoute et d'un paquet de Mikado pour que se révèlent à nous des trésors inconnus.

Nous sommes restées amies très longtemps. J'étais là quand la vie lui a cassé la gu..., plusieurs fois. J'étais là... jusqu'à ce qu'elle déménage. Pendant des années, nos contacts furent sporadiques. Puis un jour je me suis plainte sur mon blog. Et elle m'a recontactée.

Quand on s'est revues, je n'ai même pas eu d'émotions particulières. De la joie, bien sûr, du plaisir... mais la revoir me semblait naturel, dans l'ordre des choses. Elle est maman, elle aussi, mais ce n'était pas ça. C'est comme si on ne s'était jamais quittées.

Elle a fait pour moi quelque chose de formidable. Et cette fois, c'est sûr, on n'attendra plus 10 ans pour se revoir... mais même si c'était le cas, je sais qu'on restera toujours de vieilles amies.

08:07 Écrit par Catherine dans Mes tartines à moi | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : les amies |  Facebook |

Commentaires

Joli texte:-)

Gros bisous

Écrit par : Véro | 10/08/2013

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