07/04/2014

Le charme des transports en commun

L'année (civile) passée, j'ai décidé de troquer ma voiture contre un abonnement de bus. Pas totalement: notre toto est toujours là, à nous, qui nous ruine en taxe, assurance et le reste - par contre, forcément, nos frais de carburant ont incroyablement diminué, puisque j'en suis à une moyenne de 40 kms par semaine.

J'ai pris cette décision pour plusieurs raisons. J'adorerais clamer que la première était mon empreinte écologique que je voulais diminuer! Mais je ne suis pas si noble: la première raison est que, de plus en plus, je suis allergique à ce qu'il se passe sur les routes. Bouchons de plus en plus importants, qui entrainent une humeur de plus en plus agressive chez un nombre croissant de conducteurs, diminution des places de parking, et augmentation de leur cout, augmentation de ma flemme le matin (et donc crainte de devoir etre responsable du destin de 4 personnes alors que j'ai toujours la tete bien enfoncée loin dans mon... derrière, ce qui est peu pratique pour conduire, vous l'avouerez!), puis l'arrivée tant redoutée de la Foire d'octobre, qui voulait dire encore moins de parking et encore plus de bordel, je me suis donc lancée.

De l'extérieur, tout semblait simple, voire idéal: avec la formule combinée train+bus, pour un prix plus que modeste (et intégralement remboursé... si j'oublie pas, grosse boulette que je suis, de renvoyer les papiers à temps!) je peux prendre le bus que je veux ou le train, entre le centre de Liège et mon domicile. Un trajet en train dure 4 minutes. De la gare à l'école, c'est 10 minutes de bus, et il y a un bus toutes les 2-3 minutes. Idéal, facile, rapide et sans stress... que je me disais.

Pourtant, au début, nous avons eu un peu de mal à démarrer la machine. J'en étais meme surprise: je me souvenais en effet que mes garçons, lors d'une première expérience similaire, n'étaient pas fans des bus (ben oui: ils n'aiment pas qu'un inconnu s'assoie à coté d'eux, les pauvres! J'ai d'ailleurs du une fois sortir précipitamment d'un bus pour cause d'un sale affreux monstre horrible de mes enfants qui, faute d'avoir "sa" place, a cru que se mettre à hurler dans le bus allait me faire virer la petite vieille pour qu'il puisse lui piquer son siège seul et près de la fenetre - c'est lui que j'ai failli jeter sur la voie de train revendre donner virer très loin!). Enfin bref, Michelle, c'est bien loin tout ça donc je me disais, o bien naïvement qu'ils allaient eux aussi apprécier l'expérience. Erreur...

En fait, les enfants, eux, aiment etre conduits en voiture. Normal: eux sont peinards à l'arrière en train de déconner pendant que moi, je me chique les foutus bouchons et les mecs en Audi. Je les dépose devant leur école. On ne doit pas attendre. C'est cool, quoi! Alors que le train, ben, d'abord faut marcher jusqu'à la gare. Faut etre à l'heure. Faut attendre. Faut prendre le bus. Avec d'autres gens. Parfois, à coté d'autres gens. C'est moins tranquille, tout de suite. Donc si eux sont moins tranquilles, ben... moi aussi! J'ai du en gérer, des choses en début d'année, avant que tout ne "tourne"!

Ce qui me faisait le plus peur, c'était ma fille de 4 ans qui n'aime pas toujours marcher. Hé ben, elle, elle assure grave! Ok, elle a parfois tendance à raconter (toute) sa vie (très fort) en privilégiant les morceaux les plus personnels (surtout ce qui sort du corps, sous toutes ses formes...), mais meme pas tout le temps, de plus elle est tellement magnifique (objectivement!) qu'elle fait sourire tout le monde, c'est un rayon de soleil, celle-là!

Par contre, je n'avais pas prévu le reste. Ce "reste" qui fait que Monsieur Deux est tellement dans son monde intérieur qu'il ne pense pas toujours à sortir du bus au bon arret. (oui, les garçons sortent seuls du bus, puisque moi je continue avec la fille: sue me). Il ne pense pas toujours non plus à se tenir, dans le bus, meme quand c'est un cowboy qui conduit. Il n'ose pas demander aux gens qui sont entre lui et la porte de mais cassez-vous bordel le laisser passer. Faut lui rappeler d'appuyer sur le bouton. Faut lui rappeler de sortir. Faut lui rappeler de prendre toutes ses affaires. Un boulet, quoi. Quant à son frère, il a décidé qu'il devait, pour bien faire, se tenir suffisamment éloigné de nous pour qu'on ne puisse pas deviner qu'il a une mère avec lui dans le bus. Or, parfois lui aussi a besoin de "surveillance", puisque lui aussi, parfois, "oublie" d'ouvrir la porte au bon arret. Et il oublie son sac. Sa boite à tartines. Ses affaires de gym. Un autre boulet... à qui, en plus, je ne peux pas parler sans lui causer une gene horrible (genre "mais arrete de me souhaiter une bonne journée, maman, qu'Est-ce qu'ils vont penser, les gens?????"). Super cool, merci chouchou...

Mais tout ça, c'est gérable, finalement! Bon, on a eu un peu vachement du mal en début d'année, j'ai l'impression que je n'ai jamais mis aussi longtemps avant de ressentir que "ça y est, la machine/routine est lancée, là, ça tourne comme il faudrait". Puis on y est arrivés. C'est alors qu'on s'est rendu compte que nos enfants et leurs chiantes droles d'habitudes, ce n'était encore rien! Parce que dans le bus, y a pas qu'eux! Y a les autres, aussi!

Y a celui qui n'a pas de déodorant ni de savon et qui vient toujours s'asseoir soit près de moi, soit près de l'ainé, qui a hérité de mon nez de chien de chasse. Y a celui qui s'assied coté allée centrale parce qu'à coté de lui, coté fenetre, y a son sac (qui a sans doute payé sa place aussi) et malheur à celui qui ose faire mine de s'y installer! (j'y prends un malin plaisir, d'ailleurs Innocent, font ch...!). Y a celui qui prend racine à l'entrée du bus, et tant pis pour les 612 personnes qui suivent et qui doivent s'entasser sur 2 mètres carrés alors que le fond du bus est littéralement vide, j'vous jure! Et il n'avancerait pas pour un empire, en plus! Y a celui qui a décidé de partager ses gouts musicaux avec des écouteurs qui blastent à 8000 décibels dès 7h30 du matin (et, curieusement, c'est jamais du Mozart!). Y a celui qui partage sa conversation téléphonique, sans honte aucune, malgré parfois le coté très intime de certaines anecdotes. (oserais-je dire que ça, j'aime encore bien, du moins au retour, une fois bien réveillée et avec rien d'autre à faire?) Y a celui qui entame la conversation avec le voisin (ça c'est sympa), et qui, parfois, prolooooooooooonge la conversation, surtout quand le dit voisin est trop bièsse pour couper court (genre moi). Et enfin, y a TOUT LE MONDE qui chipote sur un écran ou l'autre!

Mais je me plains, je me plains... finalement, en voyageant à ces heures, j'évite finalement encore bien pire: les poivrots, les étudiants bourrés, les petites frappes... Malgré tout ce que j'ai dit plus haut, je persiste et signe à vouloir prendre les transports en commun. Moi, j'y vois là l'occasion de me laisser porter, tant physiquement que mentalement. Mes pensées voguent et errent, sans but précis, et c'est super reposant. Finalement, j'ai beaucoup de moments d'énervement, mais vraiment un trajet d'enfer, c'est plutôt rare. D'autant plus que Monsieur Deux est vachement moins souvent malade qu'avant, dans le bus! Et quand je compare mon humeur au sortir du bus (= soulagement que tous soient sortis au bon arret et en une fois) et après un trajet dans le tunnel bloqué par les embout' (= je hais l'humanité, la voiture, la fumée des pots d'échappement et tout l'univers), ben... y a pas photo, quoi!

Comme je disais: les transports en commun ont un charme unique! Et ils m'ont en plus permis de réduire mon empreinte écologique... Que demande le peuple?

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