14/04/2014

Mais où est donc passé le mode d'emploi?

Ou "Leçon d'humilité non sollicitée"...

Il n'y a pas si longtemps, j'ai commencé à me sentir à l'aise dans mes baskets de parents. La petite dernière quittait tout doucement le monde de la toute petite enfance, nous faisions nos adieux aux chaises pour bébés, aux lits pliants, aux poussettes, aux panades et autre panoplie de guerrier, pardon, de parents...

Nous disions à tchao aux nuits interrompues, aux repas trop chahutés par des "régimes" différents, aux problèmes de logistique inhérents à la famille-nombreuse-avec-très-jeunes-enfants, bref, je commençais à me dire que nous allions pouvoir sortir la tête hors de l'eau. Mieux: je me sentais - osons le mot - expérimentée! Ce qui ne veut pas dire que je ne m'énervais plus, mais au moins j'avais l'impression, un peu, de gérer, de connaître, enfin, c'est comme le mec qui bosse dans la même boîte depuis 10 ans, même quand t'as des trucs bizarres qui surgissent, la plupart du temps, tu te sens en terrain connu et ton connu t'aide à gérer la toute petite part d'inconnu qui persiste, tu la trouves même sympa, cette part d'inconnu, sinon t'aurais presque peur de t'embêter. Tout roule, quoi!

Donc même quand notre charmant fils aîné a commencé sa métamorphose de garçonnet rieur en pré-ado hargneux, je n'ai pas tremblé: pour moi, c'était l'équivalent cité plus haut du "truc bizarre qui surgit parfois": un peu surprenant au début, mais vu l'expérience dans la boîte, on a quand même les outils pour gérer.

Hé ben, pas du tout!!! Je ne sais pas ce qui m'arrive, mais pour l'instant, avec eux, je rame. Ce n'est même pas qu'ils soient particulièrement difficiles (un peu chiants mais sans plus): c'est plutôt moi qui me sens à côté de la plaque. J'ai l'impression que absolument chaque décision que je prends est la mauvaise. Celle qui va les vexer, les embêter, disons-le platement, les faire chier, sans pour autant être une perle de sagesse éducationnelle (vous savez, le genre "tu me remercieras plus tard"... j'ai plutôt peur que ça ne me revienne à la gueule à mes vieux jours et qu'ils me laissent croupir dans mon urine en me balançant tout ce qu'ils n'osent pas me dire pour le moment!). Pourtant j'essaie de prendre en compte les désirs, même ceux qui ne sont pas exprimés (merci Maman de m'avoir appris à décoder le non-dit, même si purée, qu'Est-ce que c'est chiant, un mec qui ne parle pas et qui préfère râler après qu'on n'ait pas bien lu ses pensées!!! Y en a trois, ici!!!). J'essaie d'être juste. J'essaie plein de trucs... t'en fiche, systématiquement, je suis à côté de la plaque. Et j'arrive même à être à côté de la plaque avec les trois en même temps! Si ça ne me mortifiait pas autant, je m'admirerais presque, de faire chier autant de gens en si peu de temps!

J'en viens à m'auto-apitoyer à mort (silencieusement car ch'uis même pas sûre qu'avec ces affreux monstres, la culpabilisation, ça marche!). Hier je me suis même surprise à penser (j'ai presque honte de le dire) "Tracassez pas, je vais de toute façon bientôt mourir puisque je suis sûre d'avoir Alzheimer et il est hors de question que je vous impose ma démence, dès l'annonce du diagnostic je choisis ma façon de quitter à tout jamais cette vallée de larmes et vous serez bien plus tranquilles!!!".

Pourtant quand ils ont enfin prononcé leurs premiers mots (puisque, rappelez-vous, mes enfants n'ont jamais été des génies de précocité), je disais voilà le mode d'emploi! Y avait qu'à attendre un peu!!! C'était long, 18 mois à deviner mais là, youpie, ils parlent! Personne ne m'avait dit que le mode d'emploi de l'époque serait si vite périmé! Ou alors c'est moi qui suis périmée... va falloir me ré-inventer en autre chose: j'étais une mère "à consommer frais", pas un bon vin qui bonifie...

Finalement, ce n'est peut-être pas par hasard que je me suis glissée dans notre cave tout à l'heure (pour des raisons impubliables, la cave est un endroit qu'en général j'évite - ça y est, on va croire qu'on y conserve les cadavres des épouses précédentes!!!) avec un sac poubelle à remplir: inconsciemment, j'espérais peut-être retrouver le mode d'emploi de mes djônes si difficiles à contenter pour le moment? Ou alors, va falloir que, de plus en plus, je me fasse une raison: je ne suis pas leur copine, et vu que, pour les pré-ados, la mère est un animal par définition pas cool, quoi que je fasse, ce sera de toute façon raté?

Purée, et c'est sensé durer jusqu'à quand, cette phase-là???

 

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