02/05/2014

La maladie du super-héros

J'ai toujours été un peu exaltée (= mot poli pour ne pas dire "dingue"?). Depuis toute petite, je veux faire "de grandes choses". Au départ, mes modèles avaient pour la plupart des ailes et une baguette magique. Puis il a bien fallu (mais pourquoiiiiiiiii????) grandir (enfin... ceux qui me connaissent se marrent, ici!) et évoluer (heu... un peu, quoi), en tout cas se rendre compte que NON, Peter Pan n'allait jamais t'envoyer une invitation pour son anniversaire (parce qu'il ne grandit plus, patate!), et que même si tu pars en Italie dans les montagnes, tu n'arriveras pas à fabriquer ta propre baguette magique en touchant une étoile à l'aide d'un bout de bois. Ce fut très dur, mais là j'ai compris: ok, y a pas de fées (ou elles se cachent), y a pas de magie (c'est vous qui êtes aveugles) et les gentils ne gagnent pas toujours à la fin (quoi??? Mais c'est scandaleux!!!).

C'est alors que j'ai décidé de devenir justicière (non masquée). J'avais organisé un jeu avec mes copines (qui n'avaient pas d'autres choix que de me suivre dans mes délires - comment je faisais?): nous parcourions la cour de récré à la recherche d'un(e) "malheureux(se)" que nous devions "venger". Soit en allant tancer vertement la personne qui lui avait fait de la peine, soit en l'incluant dans nos jeux, lui, le rejeté de la cour. Saint-Bernard, moi??? Ben oui, et ça vient de loin!

Avec l'adolescence, mes ambitions sont devenues plus modestes: j'ai simplement décidé que j'allais changer le monde. (ouais, je sais, mais j'avais 14 ans, quoi, allez!) Gardienne de prison, assistante sociale, les jeunes paumés, les enfants mal aimés, les cas sociaux et les délinquants, j'allais vous les remettre droit et leur donner de nouvelles bases, ici et ailleurs (car mon ambition s'étendait à toute la planète, pas bêtement à mon petit pays!).

Sauf que je n'avais pas encore compris que j'avais un (tout petit petit petit petit) petit cœur. Et que ce qui faisait, dans une certaine mesure, ma force dans mes rapports humains, càd ma capacité de me mettre à leur place et d'avoir mal là où ils ont mal, ben, au moment de ne plus côtoyer QUE de la misère, je risquais de me retrouver à pleurer avec eux, ce qui forcément vous coupe un peu les jambes au moment d'agir. Alors j'ai dû apprendre à me fabriquer une carapace. Et me ré-orienter dans ma tête.

Entre-temps, je suis devenue maman et je suis encore plus sensible (font chier, les gosses!). Mais je suis aussi bien entourée, par eux et par mon chéri, et ils arrivent à me recadrer quand je déconne et que je donne trop ailleurs. (c'est parce qu'ils me veulent toute à eux, bande de rapaces, je le sais!) Ma carapace, ils m'aident à l'entretenir. Sauf que là j'ai un gros trou qui ne veut pas (encore) partir. Ben non, c'est tout nouveau.

On vient de blesser une personne qui m'est super méga chère. Ma meilleure amie, ma sœur, celle que j'aurais demandé en mariage si j'aimais les nanas et elle aussi. Alors j'arrive (je pense) à être là pour elle, mais je n'arrive pas à être "efficace et professionnelle", forcément. J'empathise - et donc je souffre. D'ailleurs Est-ce un hasard si cette semaine je suis malade? Pas vraiment, pas fort, des petits trucs, un à la fois, jamais assez que pour voir un médecin et "sécher" les (mes!) cours mais assez pour m'assommer et me rendre flan.

Donc je vais reprendre des vitamines et du magnésium, histoire de fortifier au moins un peu le corps. L'âme, ma foi... ça va aller. J'ai mes chéris autour de moi (putain qu'Est-ce que j'ai de la chance, je n'oserais même pas écrire pourquoi, on ne me croirait pas!!!). J'ai l'écriture comme soupape de sécurité, même si je me fais ici un peu l'effet d'une petite fille gâtée ("au secours, mon amie souffre, plaignez-moi!"). Je vais reprendre du poil de la bête car je VEUX pouvoir continuer à être là pour elle. Puis, accessoirement, je DOIS être là pour mes élèves, surtout pour l'instant. Enfin (toujours après tout le reste, sorry mes amours) je veux aussi être à moitié là pour ma famille - même si pour l'instant, ça va plutôt dans l'autre sens.

Finalement, j'ai toujours envie de "changer le monde". Sauf qu'à présent, je me contente d'essayer de l'intérieur, par des petites choses (l'histoire du grain de sable qui, blablabla...). Puis surtout... j'essaie que le monde ne me change pas trop. Même si ça implique que, de temps en temps, le super-héros ait un peu cœur de bois.

Les commentaires sont fermés.