31/05/2014

Chaque année à ce moment

Certains l'appelle "blocus", bien qu'elle n'ait aucun rapport avec le "vrai" sens du mot. A Liège, on aurait plutôt tendance (du moins, à mon époque) à l'appeler bloque. Ce sont les mois de mai et de juin. C'est la période, pour les étudiants du supérieur, où les cours s'arrêtent pour laisser le jeune face à lui-même et à sa montagne de cours, c'est la période de préparation des examens.

Pour moi, certes, cela fait un bail - quoique, en cette période de révisions, j'ai quand même toujours au moins un pied dedans, d'une certaine manière! Cependant, les souvenirs liés à cette horrible période sont toujours aussi vivaces (ou presque). Alors que le reste du monde fête les beaux jours et l'approche du solstice les étudiants, eux, ils souffrent.

La bloque, c'est d'abord une immense impression de solitude. Malgré le soutien de votre entourage, malgré la présence bienveillante de maman et de ses petits plats savoureux, diététiques et réconfortants, ce n'est pas ELLE qui devra se taper de retenir l'évolution des voyelles allemandes au cours des âges ou l'histoire détaillée de la Chanson de Roland. Ce n'est pas vos amis qui devront affronter le gros professeur asthmatique et ses grimaces de dégoût (situation vécue, c'est toujours un grand moment... ben oui, de solitude, justement!). Ce n'est pas votre amoureux qui se tapera la gêne à votre place quand vous fondrez en larmes parce que 5 minutes avant, vous auriez pu réciter cette partie à l'envers, à l'endroit et en diagonale mais là, devant le prof, vous ne voyez que la page blanche et la couleur dans laquelle vous aviez surligné le titre. Donc vous êtes votre gueule toute seule à devoir gérer tout ça.

Cela ne veut pas dire qu'il faut renvoyer les âmes bien intentionnées chez elle! Après tout, leur soutien aide tout de même à avaler la pilule, qui ne serait peut-être pas passée seule! Mais sachez que malgré tout, c'est à vous d'affronter comme un grand.

La bloque, c'est aussi, pour certains, une occasion de bouffer n'importe quoi, n'importe quand, et de vivre n'importe comment. Boissons énergisantes pour pouvoir bosser jusque pas d'heure, sucre et gras pour se faire plaisir, nuits entre-coupées ou carrément absentes... beaucoup trop d'étudiants se traitent encore plus mal que les profs qu'ils dénoncent pendant ces longues semaines de torture.

Moi finalement, j'ai eu la chance que ma nature un peu brouillon EXIGE de moi, à ces moments-là, une organisation presque militaire pour pouvoir être efficace. Par exemple: lever à 7h, étude à 8h, pause à 10h30, dîner à midi, mini-sieste de 13 à 13h30 (ou jusque 14h quand j'étais vraiment trop nase), re-bosser jusque 18h, 18h30, souper puis détente le soir. Et ça marchait: j'ai rarement dû ressortir mes cahiers après le repas du soir. J'essayais également de manger correctement (une hypo-glycémique DOIT faire gaffe si elle ne veut pas se retrouver allongée, tremblotante pour cause de manque de sucre!), de m'aérer un peu (oserais-je dire qu'avec ma co-loc' nous faisions une "promenade digestive" tous les soirs?) et surtout de dormir suffisamment.

Malgré cette sage organisation, ce fut des sales périodes. Nous nous retrouvions toujours le même groupe (forcément, classés dans l'horaire selon nos noms de famille) à trembler dans les couloirs, à pleurer de joie ou de tristesse pour nous et pour les autres... puis à boire ensemble la bière de la victoire ou de la défaite. Les têtes et les cernent s'allongeaient au fil des semaines qui passaient. Nous avions tous des sales gueules. Puis, lors de la java de fin d'examens, trois bières et nous étions au-delà du bien et du mal. J'en souris à présent, mais purée quelle sale période!

Sans compter que dans notre bonne ville de Liège, il semblerait que beaucoup de professeurs d'université aient suivi la formation "comment bien faire sentir à l'étudiant qu'il n'est qu'une sous-m***?". Combien en ai-je vu, des jeunes, qui sortaient du bureau en larmes (oui, même les mecs) ou prêts à arrêter d'étudier car "ils étaient vraiment trop nuls"? J'en ai entendu, des remarques! "vous apprendre une langue étrangère, c'est comme vouloir apprendre à un chien à jouer du piano". "On vous a déjà appris à étudier, dans votre école?" "Vous comptez finir vos études un jour?". Et le sommet, pour moi: "Oh, je ne dis pas que tu es bête, hein..." (avec mille "mais" dans la voix - ce à quoi j'avais répondu "Oh vous pouvez, si ça vous fait plaisir!"... c'est quand même suite à ce connard que j'ai fait un blocage COMPLET sur la langue allemande pendant des années, à même mentir quand on me demandait si je le parlais - heureusement que j'ai rencontré mon chéri qui a tout réparé d'un coup, mais n'empêche!!!). Et je ne parle même pas des bruits de couloirs sur certains profs (le prof de logique qui interrogeait en haut d'une armoire et qui a moflé tout le monde sauf celui qui lui a demandé ce qu'il faisait là; le prof de littérature comparée qui interrogeait jusque 11h du soir, et qui a interrogé une fille au Delhaize pendant qu'il se composait son sandwich de midi; le prof de philo qui était allergique au rouge ou au vert... terrifiants!) - ah ben si, je viens d'en parler...

Savez-vous que pendant DES ANNEES (sans mentir, pendant au moins 15 ans!), j'ai revécu mes examens en rêve, chaque année en mai-juin? Et immanquablement on me déclarait que suite à la découverte d'une erreur/d'une tricherie/d'un plagiat/d'un changement d'avis, mon diplôme n'était pas/plus valable et que je devais repasser tous mes examens! A présent cela n'arrive (presque) plus, du moins, plus de manière systématique. M'enfin... 15 ans je trouve ça pas mal comme "traumatisme"!

Aujourd'hui, même si je ne me sens plus fragilisée systématiquement, je me surprends à retrouver des réflexes d'ancienne étudiante - puisque, finalement, le boulot de prof en examens y ressemble un petit peu. Je reprends des vitamines et surtout, je planifie comme un Staline fanatique, sans quoi je risque d'oublier une pile de copies. Je planifie chaque demi-journée. Je bosse 7 jours sur 7.

Par contre cette année, j'ai décidé de "me forcer" à me ménager des moments sans boulot, histoire de ne pas passer les 30 jours qui viennent à en bouffer non-stop. Je vais voir si cela me force à une meilleure organisation, à travailler plus vite. Puis j'en ai un peu marre de devoir nier tous mes amis et leurs offres de barbecues et autres réjouissances pendant 6 semaines, sous prétexte que j'ai trop de travail. La fin du printemps, c'est un de mes moments préférés de l'année, donc j'ai envie d'en profiter un peu.

"Mais alors, qu'Est-ce que tu fous à nous raconter ta vie?", me demanderez-vous en toute logique, "retourne à tes copies et à tes prépas!". Vous avez raison, j'y retourne. Peut-être que je vais travailler plus vite, histoire de "rattraper" la demi-heure "perdue" ici?

En tout cas, je souhaite de tout cœur bon courage à tous les étudiants... et à leurs parents!!!

 

Commentaires

Oooh, ça me rappelle des souvenirs, ça...

Le vieil asthmatique, c'est sans doute le même qui m'a dit "Mademoiselle, vous m'emmerdez" à mon premier oral chez lui, parce que que j'avais impeccablement débobiné ma réponse à sa première question, mais que j'avais juste ouvert la bouche façon poisson rouge pour la deuxième juste avant de la refermer définitivement (ben oui, à partir des Lumières j'avais fait l'impasse, donc forcément, RIEN, pas un titre, pas une date, nichts...)

On sent qu'on vit, hein, en session... Alain en fait tjs des cauchemars...

Gros bisous à toi, et courage pour la dernière ligne droite!

Écrit par : Véro | 08/06/2014

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