18/07/2014

Les clins d'oeil de la vie

Une des questions qui m'embarrasseraient (intellectuellement, s'entend) le plus serait "Crois-tu au hasard?". Ce genre de questions ne peut susciter en moi qu'un vague "ben... ça dépend" - pas que je n'y ai jamais pensé, bien au contraire, mais... ben, ça dépend, quoi!

Je n'aime certes pas l'idée d'un "grand plan général" de notre vie où tout serait écrit. D'abord, écrit par qui? Par une quelconque divinité inaccessible et barbue? Premier problème idéologique pour moi. Je REFUSE de croire que je ne suis qu'un petit pantin dans les mains d'un être supérieur, quel qu'il soit. Orgueil et ego surdimensionné? Peut-être. Mais si je veux trouver un "sens" quelconque à ma vie, j'ai besoin de m'en voir l'actrice, au moins un peu. Ce qui m'amène à ma deuxième objection à un "tout est écrit": la liberté individuelle. Je ne pourrais pas non plus vivre une vie où je n'ai plus le choix. Où, quoi que je fasse, je vais quand même me prendre le mur, me traîner la casserole, trébucher sur la pierre. Pour reprendre une question qui fut posée aux jeunes candidats lors d'un tournoi d'éloquence : "Si un génie vous donnait un coffret dans lequel se trouve le livre de votre vie où tout y est écrit, vous pouvez le lire mais ni effacer ni changer quoi que ce soit, ouvrez-vous le coffret ou non?" - ma réponse à moi serait clairement: "vous avez tort, ce livre n'existe pas". Donc si je veux être logique avec moi-même, je serais plutôt pour le "rien n'est écrit à l'avance"... donc pour le hasard?

Et pourtant... Il m'est déjà arrivé de ressentir avec force que quelque chose devait arriver parce que c'était écrit... Une espèce de foi illimitée en l'aboutissement d'un événement, d'un rêve, d'un désir parce que ça devait arriver. C'est quoi, alors, ça? Lorsque tout semble se combiner pour que ce qui doit arriver n'arrive, tant dans les détails contrôlables que dans ce qui arrive par hasard... Exemple concret...

Voici quelques années, je travaillais comme employée dans une entreprise exportatrice et importatrice de charbon. Petite entreprise à deux pas de chez moi, chouette ambiance au bureau, chouettes contacts avec des clients du monde entier, suffisamment de "routine" pour ne pas être trop stressant mais suffisamment de speed et de surprises que pour garantir un taux suffisant d'adrénaline et de fun. J'adorais ce boulot, je me le disais tous les jours, même lors des périodes de rush de fin de mois.

Mon homme à l'époque cherchait du boulot. Financièrement difficile, cette situation avait cependant pour avantage de garantir une garde illimitée pour les enfants en cas de maladie ou de congés scolaires. Grandes vacances? Pas grave: papa est là! Sauf que cette année-là, Papa a commencé à bosser le 1er juillet, à 2h de chez nous. Excellente nouvelle, bien sûr... sauf que nous nous sommes retrouvés à devoir "meubler" 9 semaines de congé scolaire - oui, comme tous les autres parents, sauf que nous ce fut quasi du jour au lendemain! Il y avait bien les grands-parents, mais ils sortaient d'une zone de turbulence personnelle, puis tous les grands-parents ne sont pas disposés ou demandeurs de passer autant de temps avec leurs petits-enfants! Un coup de main dans l'urgence, oui. Tout l'été... plutôt bof.

J'ai donc dû m'organiser en vitesse et j'ai trouvé des systèmes de garde pour mes deux petits (à l'époque...ouuuuuuh que c'est loin! ils avaient presque 4 ans et un an et demi!). Et ça ne s'est pas trop bien passé. Mon "grand" me faisait jurer tous les matins de ne pas oublier de venir le chercher (je JURE pourtant que ce n'est JAMAIS arrivé!!!!). Puis quand les grands-parents nous ont proposé de les garder toutes les semaines d'août, il pleurait à gros bouillons quand on l'y déposait tous les dimanches soirs. L'horreur! J'ai donc dit à mon homme: "c'est le dernier été qu'on vit ça: l'été prochain, je serai prof."

J'étais déterminée - d'autant plus que c'était ça que je voulais faire au départ. J'ai donc envoyé mon cv à toutes les écoles possibles. J'ai même été reçue par un directeur - sans suite. Puis un après-midi d'août de ce même été, nous avons décidé d'aller nous promener en Outremeuse. Nous passions devant un café lorsque j'entendis mon prénom - c'était un vieil ami de l'université, que je n'avais plus vu depuis un bon bout de temps. Je lui demande ce qu'il devient - il est prof à la Ville. Je demande "Vous ne cherchez pas une prof d'anglais, par hasard?". La réponse, je vous le donne en mille... ben si, ils cherchaient. Ils avaient trouvé quelqu'un mais qui avait un passé... disons assez chargé avec les enfants, et forcément ils avaient un peu peur. Précisons qu'ils cherchaient quelqu'un ayant de préférence passé du temps à l'étranger afin de pouvoir enseigner en immersion... bingo! Et c'est depuis lors que je suis prof dans cette école (parce qu'en plus mon boss m'a laissé partir sans prester de préavis - et moi j'ai passé mon WE à faire la facturation pour ne mettre personne dans la m***). Franchement, on croirait au destin pour moins que ça, non?

Maintenant, bien sûr, je serais plutôt pour penser que c'est nous qui induisons ces clins d'œil de la vie, comme une radio qui cherche une station bien précise. Autre chose qui me fait plutôt pencher vers cette théorie: le fait que, souvent, très souvent, mes lectures - que ce soit des articles de blog, des romans ou des essais - répondent à une question avant même que je ne me rende compte que je me posais cette question. Comme si j'avais choisi de lire ce livre à ce moment précis, comme si mon inconscient savait que j'allais y trouver une réponse - ou du moins, un écho.

Je pourrais en écrire des tomes entiers, de ces clins d'œil de la vie - sans pour autant pouvoir répondre avec certitude à la question posée plus haut. Mais finalement Est-ce bien important? Le fait que moi je vois ces clins d'œil, c'est probablement aussi significatif: c'est que je veux bien les voir et que j'y mets de l'humain et de l'inconscient, alors que d'autres gens y verraient le doigt de dieu - d'autres encore passeraient devant sans les voir. L'important pour moi c'est de voir que le fil n'est pas cassé - et aussi, juste au cas où, une fois que je vois ces clins d'œil... de dire merci. Merci à la vie, merci à mon inconscient, merci à l'auteur du livre... faites votre choix selon vos croyances à vous!

 

15:30 Écrit par Catherine dans Mes tartines à moi | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : je pense donc..., destin, hasard |  Facebook |

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