20/09/2014

L'injure suprême?

J'ai envie de dire que je suis contente. Satisfaite. Heureuse. Fière, même... Sauf que je n'ose pas... j'ai peur de - ô grave insulte - me faire traiter de Bisounours... Ben oui, parce que c'est devenu une insulte (insulte au bon sens?) de nos jours d'être optimiste, content, heureux... Si vous voulez être cool, soyez cyniques, bordel, le monde va mal (oui, je sais!), vous êtes indécent avec votre bonheur domestique à la noix, vous faites chier, en gros, de ne pas râler du soir au matin comme tout le monde...

Et si moi, de temps en temps (ben oui: fière et heureuse ne veut pas forcément, les gens! dire débile et aveugle!) j'avais envie de voir ce qui va bien dans ma vie, plutôt que de ressasser une enième fois à quel point je suis méga malheureuse et à plaindre? Ok, ça nous arrive de vivre comme des cons, sous nos latitudes tempérées de pays riches et en paix, de courir parfois un peu trop et d'oublier de prendre le temps de vivre. Ce n'est pas bien, on nous le répète assez souvent. Mais quoi, on ne peut pas s'arrêter non plus pour dire "youpie"? Pour dire "j'ai de la chance"? Pour dire "j'ai des chouettes gosses", "j'ai un super partenaire", "j'adore mon boulot", "la vie est belle"? Ben merde alors!

Ceci dit, ça fait déjà un moment - l'âge, sans doute - que je comprends de moins en moins le langage actuel. Oh, pas celui des jeunes! (enfin, si, mais eux c'est normal, enfin je pense!). Non... celui qui me pose des problèmes d'interprétation, c'est celui de mes pairs! La langue française évolue (pas très vite, merci Académie Française!)... mais ça, je ne suis pas sûre que ce soit une bonne chose. Je m'explique.

Voici quelques semaines, j'entendais une collègue parler de son choix d'école pour ses enfants, et des nombreuses questions qu'elle a posées pour être sûre que ce soit l'école "idéale" (pauvres instits, entre parenthèses, mais passons...). Comme nous osions trouver qu'elle exagérait, elle nous a dit, les yeux pétillants de bonheur, comme si elle allait partager un merveilleux secret avec nous: "Ah, mais moi... je suis chiante. D'ailleurs je vais vous le prouver...". Du coup, elle commence à faire du bruit avec sa fourchette, avec un sourire de plus en plus large. "Hein oui je suis chiante? Je vous l'avais bien dit!"... Ok, oui, tu es chiante... Mais attends une minute... c'est pas sensé être une insulte, ça?

Deuxième exemple: j'explique à une collègue un truc que j'ai fait, je ne sais même plus quoi (nettoyer le frigo? Nettoyer les toilettes?) en gros un truc qui a amélioré ma vie, mais aussi (honte sur moi!) celles des autres!!! Froncement de sourcils réprobateur de ma collègue, qui laisse tomber le couperet, glaciale: "Oui mais toi, t'es une gentille"... oui, c'est vrai, j'avoue, pardon, désolée... Mais attends une minute... c'est pas sensé être un compliment, ça?

Me v'là donc à une époque où "chiante" est devenu synonyme de "forte personnalité" et "gentil", de "lavette à exploiter"... et ça me fait chier. (ok, ça va, suis pas trop gentille, là???) Parce que NON, c'est pas parce que tu fais du bruit, que tu gueules pour ne rien dire que tu es forcément quelqu'un d'intéressant. Parce que les gens les plus chouettes que je connaisse ne le clament pas forcément sur tous les toits - et ne font chier personne, justement! Parce que ce n'est pas parce que je suis en général gentille et polie que tu peux t'essuyer les pieds sur moi! D'ailleurs, essaie un peu pour voir! Bien élevé, c'est sans doute devenu péjoratif aussi... ben merde, moi je continuerai à y croire!

Et pour finir, ce fameux "Bisounours" qu'on nous lâche à chaque fois qu'on a envie d'y croire, d'espérer, d'être optimiste ou de faire autre chose que de geindre en permanence... Re-merde, finalement, merde à vous tous qui vivez comme ça! En tout cas, merde si vous voulez me mettre des bâtons dans les roues, mes petites roues roses et positives, décorées de fleurs plutôt que de têtes de mort. Moi je ne commente pas vos tronches de portes de prison (ça me gonfle mais je ne dis rien sauf quand ça déborde vraiment trop), je ne vous empêche pas de clamer que votre vie est une énorme tartine de merde, même si je pense au fond de moi que si ça allait tellement mal, vous essayeriez de changer les choses, sans doute mon côté "non wallon" (désolée mais ça me semble un peu typique de chez nous que de préférer rester assis sur son cul à se lamenter au lieu d'agir)...

Moi, ma vie est la plupart du temps une tartine de miel. Du moins pour l'essentiel. Alors oui, je choisis sans doute de voir le bon côté plutôt que l'autre. Donc oui, on peut sans doute m'appeler bisounours. Mais n'empêche, ce soir, quand je vois le monde et quand je vois mon monde, je ne me sens pas le droit de me plaindre. Mes trois enfants qui s'entendent si bien (la plupart du temps). Mon ado charmant. Mon deuxième artiste. Ma troisième fabuleuse. Mon homme qui est à la fois mon meilleur ami, mon amant, mon compagnon, mon co-équipier et un père génial. Ma maison qui est loin (trèèèèèèèèèès loin) d'être finie mais qui sera magnifique un jour. Ma vie en général, où les moments de plaisir sont quand même vachement plus nombreux que les moments d'emmerdes (je touche du boiiiiiiiiiis, Cosmos!!!). Purée, oui, j'ai de la chance. Mais la première chance, c'est peut-être parfois de le voir.

Alors oui, je suis gentille, polie et Bisounours. Et vous savez quoi? J'en suis fière... parce que pour moi, ça reste un compliment.

Commentaires

non mais tu sais quoi ? des fois, je me demande si je ne prendrais pas la voiture pour aller te voir. On a tant en commun, il me semble.
je me souviens d'une fois où je parlais de quelqu'un en disant "il/ elle [ je ne sais plus] est gentille" et que mon interlocuteur m'a regardée comme si j'avais sorti une insulte. hé ! ho ! j'ai dit 'gentille'. Pas 'conne'. Gentille. Attentionnée. Sens du service. Sympa.
Pas plus tard que ce soir, je suis allée chercher mes enfants au sport. Je dois pour y aller passer par un chemin plutot désert qui longe un parc. J'ai entendu des 'explosions' qui m'ont un peu inquiétée, avant de réaliser qu'il s'agissait de quelques ado qui faisaient péter des pétards. Je voyais bien les étincelles dans la nuit. Et je me suis dit que bon, quand même, j'avais bien de la chance de vivre là où je vis, malgré la 'crise', la société qui m'inquiète et tout. Parce que ce ne sont que des pétards. Il y a des endroits du monde, où, pour retrouver leurs enfants, les parents doivent traverser de vrais tirs de balles....
Bon, en revanche, j'ai encore du chemin à faire pour voir tous les bonheurs, tous MES bonheurs, mais j'y travaille. J'en ai conscience, je suis donc sur la bonne voie...

Écrit par : wam | 14/10/2014

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