15/12/2014

Quand on a le nez dans le guidon

Fin novembre...

Comme chaque année à cette époque, j'ai du mal à gérer. Les jours raccourcissent horriblement, au même rythme que mon énergie, j'imagine. La grisaille tenace n'aide évidemment pas. C'est la fin de période, avec les montagnes de copies à corriger que cela sous-entend, ainsi que les réunions, conseils de classe et autres joyeusetés, tous les soirs parfois jusque 21h. Les journées sont longues, et cela se sent.

Quand j'ai le nez dans le guidon en fin de période comme ça, je ne vois plus que le super essentiel, ce qui nous concerne directement, le plus urgent, le plus direct. Ne me demandez plus de retenir les informations périphériques: réflexe de survie, sans doute, je les zappe ou les mets de côté pour plus tard. C'est parfois embêtant: souvent, le "plus tard" devient "trop tard", et il faut passer quelques moments à mendier un délai supplémentaire (oui, chers élèves, ça m'arrive aussi...).

Quand j'ai le nez dans le guidon, surtout entre la Toussaint et Noël, je râle. Je me lève en râlant, je déjeune en râlant, je vais bosser en râlant, et je râle jusqu'au soir jusqu'à ce que les enfants soient couchés. Je sais que c'est nul, de plus cela ne me ressemble pas de me lever de mauvais poil - pas de chance, m'en rendre compte n'améliore rien, au contraire, ça me fait râler encore plus d'avoir tellement envie de râler, vous voyez?

Quand j'ai le nez dans le guidon, je suis assez invivable avec les enfants, je le sais, ça m'attriste, d'autant plus qu'à ma râlerie contre le monde, la vie, les gens et tout l'univers s'ajoute le sentiment d'être totalement incomprise. Je pense qu'en fait je n'ai envie que d'une chose, qu'on me prenne dans les bras en me demandant "qu'Est-ce qui ne va pas, qu'Est-ce qu'on peut faire?". Pas de chance, en cette période de journées courtes et de nuits interminables, chacun ne voit sa réalité et on ne parvient pas à s'entendre ni s'aider. On se juge et on se tape sur les nerfs. Vivement les vacances qu'on puisse souffler, mais elles paraissent tellement loin encore!

Quand j'ai le nez dans le guidon et que je vais sur mes réserves pour gravir la dernière côte, le fait de me lever devient un exploit quotidien - et si vous vous demandez si ça illumine ou facilite ma journée, la réponse est évidemment "non".

Quand j'ai le nez dans le guidon, je n'arrive pas à me poser un petit instant pour prendre du recul. Ce n'est plus le nez mais la tronche entière que j'y écrase, et j'en viens à nouveau à ressembler au petit hamster qui court bêtement dans une roue qui lui fait mal aux pattes, mais qui n'imagine même pas que si lui arrête de courir, la roue s'arrête aussi. Il continue, et s'il a parfois la vision fugitive que ce sera jusqu'à sa mort, le fait de continuer à courir lui fait vite oublier qu'il court...

Quand j'ai le nez dans le guidon, je me transforme en ours (polaire et grognon), surtout en automne. Je n'ai plus envie de voir des gens, tout le monde me fait chier, je vois les invitations données ou reçues comme du stress et de la fatigue en plus, pas comme de la joie à partager. Bien sûr, ça me fait râler encore plus! Je me sens devenir un peu plus asociale à chaque minute... mais encore une fois, le savoir n'arrange rien.

Heureusement les plus longs voyages ont une fin, ne fût-ce que provisoire. La fin novembre est passée et j'ai survécu. J'ai vécu des trucs chouettes depuis, qui m'ont un peu réconciliée avec l'humanité et avec la vie. Je sais que dans 10 jours la lumière aura vaincu les ténèbres. Je sais que je peux commencer tout doucement à lever le pied... attention, pas trop vite, sous peine de me retrouver étendue par terre sans plus une seule bouffée d'énergie pour terminer ce qui doit l'être.

Je vais pouvoir sortir le nez du guidon... encore un automne passé. Il serait quand même temps que j'anticipe (nooooooooooon, pas encore!!!!) et que j'arrive à survivre à un mois de novembre sans (trop) grogner! Allez... mon challenge personnel pour 2015?

11:26 Écrit par Catherine dans Mes tartines à moi | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vie de prof, déprime, l'hiver, courir |  Facebook |

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