14/02/2015

Depuis qu'on est "normaux"...

Pendant des années, nous avons fait partie d'une minorité (cachée et honteuse), nous avons vécu dans l'obscurantisme le plus total, nous étions extrémistes, pire, nous étions heureux de l'être: nous n'avions pas la télévision!!! Nous avons certes toujours vécu avec un poste de télévision, qui nous servait à regarder nos films, mais ce poste était "vide" de chaînes télévisées. Par choix. Oui, tu as bien lu: par choix.

J'entends déjà d'ici les cris d'horreur: comment avons-nous vécu toutes ces années sans ce divin nectar culturel? Comment pouvions-nous infliger notre propre asocialité à nos pauvres enfants qui n'avaient rien demandé (à part d'avoir des parents un peu comme tout le monde, bordel!)? Sans doute par pur sadisme avant tout. Puis, accessoirement, parce que nous nous reconnaissions addict au petit écran et que nous voulions nous désintoxiquer (pour Monsieur), puis que nous avions passé tous nos repas d'enfance à brouter comme des veaux devant le journal télévisé, ce qui assombrissait quelque peu le repas, et en tout cas tuait toute conversation dans l'œuf (pour Madame).

Nous vivions donc très bien jusque là, nous autres parents (indignes): nous passions nos soirées parfois devant un film (choisi consciemment, càd un dvd, vous savez, le truc qu'on achetait, avant les téléchargements illégaux, ou que - diiiiingue!!! - on pouvait même louer à la médiathèque pour 3x rien?), mais aussi très souvent à papoter en écoutant de la musique. La bête se trouvant deux étages au-dessus des pièces de vie, nous avions donc réussi un double pari. D'abord, celui d'éviter la télé "babysitting" dès le matin. Oui, j'ai un problème avec ça, désolée: comment voulez-vous que vos enfants soient réceptifs aux apprentissages si dès le matin on les plante devant l'écran pour être sûrs qu'ils ne doivent pas attendre 2 minutes inoccupés? Ils ont BESOIN de ce temps à rien faire et à juste imaginer des choses, vos petits! Et si la télé les empêche de faire des bêtises... c'est peut-être vos principes d'éducation qu'il va falloir revoir... Enfin, j'dis ça, j'dis rien...

Deuxième pari: celui d'éviter de ramollir le cerveau de nos enfants dès le berceau. Malgré la prolifération des programmes dits "pour enfants", je reste quand même sceptique. Et je suis tjs surprise devant les parents qui n'achètent que des jeux "éducatifs" (alors que le JEU est pour moi un moment de détente, PAS une prolongation de l'école), qui limite vous fusillent du regard si vous, vous vous contentez bêtement de jeux amusants, puis qui de l'autre main vous foutent les gosses devant des dessins animés d'une bêtise à pleurer dès 7h du matin... Mais bon, ça fait longtemps que ce monde me laisse perplexe, je ne vais pas revenir là-dessus (enfin, si, mais pas tout de suite...)

Nous nous trouvions donc tout heureux de notre vie, et nous ne nous posions pas de question. Jusqu'au jour où, devant l'insistance, les bouderies et les récriminations de notre aîné, qui trouvait primordial d'être "comme tout le monde", j'ai eu la bêtise de lâcher: "on aura la télé quand les Diables Rouges joueront en Coupe du Monde"... Nous étions à l'époque toujours dans la longue traversée du désert qui durait depuis 2002, je me disais donc que cela n'arriverait plus, ou qu'ils oublieraient! J'avais, moi, omis de tenir compte de la formidable mémoire sélective de mes enfants. Et ils ont été sélectionnés, les cons...

Dur évidemment de ne pas tenir sa promesse, si l'on veut rester un minimum crédible - surtout que je suis tjs la première à dire (j'cause trop, moi, décidément!) que si on fait une promesse, on doit la tenir, confiance, honnêteté, blablabla... Donc on a fini par l'avoir, cette p*** de télé! Et notre vie s'est écroulée...

J'exagère un peu, vous l'aurez compris: elle est restée en haut (oserais-je dire que nous avons tjs une télé aux tubes cathodiques, qui prend une place de dingue et qui pèse 4 tonnes?). Les enfants doivent demander pour y aller. Ils restent un temps limité.

Nous avons regardé ensemble les matches de la Coupe du Monde qui nous intéressaient. Nous regardons parfois des émissions ensemble. Mais la pauvreté des programmes continue de m'atterrer. Je ne me retrouve pas dans ces émissions d'aujourd'hui, où la branchitude, la superficialité et le flux d'informations à toute vitesse remplacent la réflexion, les vrais débats, la profondeur. Je continue d'être surprise (pas en bien) par jusqu'où les gens sont prêts à aller pour passer "dans le poste" (ben oui, j'ai loupé près de 15 ans de télé-réalité, moi!!!). Quand je vois ce qu'on nous montre, j'ai envie de prendre les candidats, de les renvoyer à l'école à coups de pieds au cul pour qu'ils apprennent à parler, à penser, et accessoirement à se rhabiller. Je me dis que la télé m'a fait devenir une grand-mère dépassée... Mais ce n'est pas le plus grave, puisque ces trucs débiles, personne ne m'oblige à les regarder.

Le plus "grave", pour moi, fut de refaire connaissance avec le journal parlé. Avec l'actualité présentée à la télé, et non pas à la radio ou dans la presse écrite. On n'était pas si mal informé, à la radio, finalement. Puis au moins, comme ça dure moins longtemps (sauf si on veut de l'analyse, cas où on ira écouter la Première), on évite les HEURES ENTIERES de remplissage où on a des envoyés spéciaux pour dire que rien ne se passe, qu'il n'y a rien de nouveau, et donc où il faut meubler en repassant trente fois les mêmes images, voire les mêmes enregistrements audio!!! C'est au point, parfois, où ça devient presque comique: ainsi, à la mort de la reine Fabiola, un envoyé spécial était dépêché sur place pour interviewer les (très, très, très) rares passants (il faisait un temps de cochon un vendredi soir), et ils demandaient sans cesse si "il y avait du nouveau"... j'avais envie de répondre "Hé bien non, elle est tjs morte et les gens sont tjs bien au chaud, étonnez-vous!". Cela me rappelle le sketch des Inconnus, à l'époque, sur "La guerre mondiale dans le monde"...

Ce n'est pas tout de monter du vide, il faut sans doute du vide qui fait peur, histoire de bien alarmer les populations (pour leur faire acheter des trucs?). Arrêtez-vous deux secondes sur les mots utilisés: même quand ils ne savent pas, ils parlent de dangers "possibles", "potentiels", "peut-être pour la fin de l'année", bref, on ne reçoit rien comme information valable, mais on reste avec un sentiment de menace. C'est ça qui fait vendre, sans doute... Sauf que nous, on s'en est rendu compte depuis peu, l'arrivée de la télé et du Journal nous a rendus tristes. Plus tristes, en tout cas. On doit peut-être se réhabituer à voir des cadavres joncher le sol, ou des enfants aux yeux immenses et au ventre hypertrophié, ou des mères en larmes devant le cadavre de leur nouveau-né, mort faute de soins...

Je n'ai pas envie de devenir blasée. Je n'ai pas envie de regarder des images insoutenables sans en frémir. Mais je n'ai pas non plus envie de frémir pour l'humanité tous les soirs, sans quoi je cours le risque de mettre fin à mes jours et à ceux de mes enfants, en leur demandant pardon de les avoir mis au monde dans un tel bordel. J'ai envie de rester optimiste, mais devant une telle profusion d'horreurs, j'ai de plus en plus de mal. Donc nous avons décidé de faire une pause. Le JT, oui... mais pas tous les jours. En attendant, je n'oserais même pas vous dire les programmes qu'on aime regarder... et non, ce n'est rien de honteux! Sauf si on considère que la branchitude est une bible et que de s'en éloigner est un péché... Dans ce dernier cas... bénissez-moi mon Père, parce que j'ai péché, je pèche et je pécherai encore!!!

 

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