10/01/2015

7 janvier 2015

Je me suis levée comme d'habitude ce matin-là. Rien ne prédisait que la journée serait différente de la veille ou du lendemain. Et pourtant ce jour-là tout a changé. C'est le jour où mon humanité s'est pris une gigantesque claque dans la gueule. 

J'ai tout de suite eu le besoin de réagir. D'agir. De faire quelque chose. D'écrire. Mais que dire devant l'indicible?

Je n'ai pas plus de mots "justes" (ça existe?) aujourd'hui qu'il y a trois jours. Je n'aurai sans doute jamais les mots "justes" - mais mettre des mots, n'Est-ce pas une manière de rationnaliser, de "civiliser"? Si c'est le cas, alors je ne veux pas trouver ces mots. Je veux continuer à réagir avec mes tripes, mon cœur, mes larmes et mon indignation. 

Je suis Charlie.

Rappelle-toi, Barbara. Il faisait pourtant beau, à Liège, ce jour-là. Tu vaquais à tes occupations quand la nouvelle est tombée. Tu n'as pas voulu y croire. Tu as essayé de cacher tes larmes. Puis tu t'es dit "à quoi bon?" - les enfants voulaient te parler, tu les as fait taire en expliquant "qu'il s'était passé quelque chose de grave". Puis tu as pleuré.

Tu es Charlie.

L'Homme de Bien, cet être humain auquel tu voudrais tant croire, où était-il en ce putain de 7 janvier 2015? A-t-on réussi à le museler? Tu l'as craint un bref moment. Puis tu as vu les réactions. Non, l'Homme n'est pas mort. Il est juste blessé, touché, ensanglanté, mais il n'est pas vaincu. Il ne le sera jamais, tant qu'il y aura des gens pour se lever devant la barbarie.

Il est Charlie.

Et nous, ici, de l'autre côté de la frontière? Depuis mercredi il n'y a plus de frontières, plus de différences, plus de communautés: ce n'est pas "en tant que Belge" que je réagis, mais en tant qu'humain, en tant que personne "civilisée", par opposition à "barbare superstitieuse". Nous ne nous tairons pas. Nous continuerons à croire en l'Homme, quel que soit le prix - et dieu sait qu'aujourd'hui nous aurions des raisons de douter, mais je refuse! Autour de chaque poignée d'extrémiste de tout bord, il y a une forêt de gens formidables. Je VEUX continuer à croire que ce putain de monde va un jour se réveiller et que nous réussirons à nous comprendre sans forcément nous taper sur la gueule.

Nous sommes Charlie.

Et vous, les jeunes, ceux qui parfois me font désespérer (mais si peu)... Jeudi vous m'avez rendue tellement fière! A tel point que je n'ai pas pu contenir mon émotion devant vos réactions: même "à froid" vous avez réagi comme des grands, comme des humanistes, comme des gens bien, et je suis fière et honorée de pouvoir, dans mon travail quotidien, côtoyer des gens comme vous.

Vous êtes Charlie.

Les gens bien ne doivent pas se laisser intimider par la violence de certains. Par respect pour ces gens morts au front pour la liberté d'expression, nous devons continuer à nous battre. Pas pour la liberté de choquer à tout prix. Pas "contre" l'une ou l'autre communauté. Quand la barbarie frappe, il n'y a que deux "camps": celui des valeurs humanistes, et l'autre. Certains ont choisi l'autre. C'est ceux-là évidemment qui font le plus de bruit! Mais les autres sont plus nombreux. Ce sont ces autres-là, cette majorité plus-tellement-silencieuse depuis 3 jours, que j'ai choisi de suivre, dont j'ai choisi de faire partie.

Ils sont Charlie.

Commentaires

pas grand chose à dire.
Choc. Tristesse. Colère. Peur.
Puis, quelques jours de recul (et réactions unanimes du monde entier qui redonne foi en l'humanité).
Et maintenant, re-foi en l'humanité.
Je veux croire que ce n'était qu'un acte isolé. Un carnage, certes, mais isolé.
Ca va aller.
Reprenons nos esprits.
Soyons humains.
Et pensons aux Nigérians. et à tous ces hommes et femmes dans les monde qui vivent des drames et des guerres.
Je repense à ce texte de l'Eclésiaste lu à l'enterrement de ma grand mère (je précise que je ne suis pas religieuse mais que ce texte est beau et a du sens selon moi pour tout être humain): "Il y a un moment pour tout et un temps pour toute activité sous le ciel:
2 un temps pour naître et un temps pour mourir, un temps pour planter et un temps pour arracher ce qui a été planté, 3 un temps pour tuer et un temps pour guérir, un temps pour démolir et un temps pour construire, 4 un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour se lamenter et un temps pour danser, 5 un temps pour lancer des pierres et un temps pour en ramasser, un temps pour embrasser et un temps pour s'éloigner des embrassades, 6 un temps pour chercher et un temps pour perdre, un temps pour garder et un temps pour jeter, 7 un temps pour déchirer et un temps pour coudre, un temps pour se taire et un temps pour parler, 8 un temps pour aimer et un temps pour détester, un temps pour la guerre et un temps pour la paix."
Bref, nous avons vécu le temps de l'émotion. La meilleure chose que nous pouvons faire maintenant, c'est Vivre. Et donc se soucier des autres.
Bises
(désolée du pavé :-D )

Écrit par : wam | 13/01/2015

Comme je suis d'accord avec toi! Merci...

Écrit par : Catherine | 14/01/2015

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