11/02/2015

Quand Harlequin sort les menottes

Aujourd'hui sort l'adaptation ciné du premier volet de la "sulfureuse" trilogie "Fifty Shades of Grey". De mémoire d'homme, on n'a jamais vu pareil engouement, paraît-il: des dizaines de milliers de places réservées, des journalistes et critiques de cinéma tenus au secret jusqu'à ce matin (toujours très bon signe, ça!), des ventes records de sex toys... après "Je suis Charlie", le monde est-il devenu sexuellement libéré? Allons-nous assister à l'émergence d'une génération de femmes sensuelles, épanouies, aussi à l'aise en escarpins qu'en cuissardes? Devons-nous remercier Mme James d'avoir enfin osé décrire l'inavouable? Sommes-nous toutes, sans vouloir nous l'admettre, des Ana Steele en mal de coming out?

Lorsque mon homme m'a rapporté de la bibliothèque le tome 2 de cette fameuse saga, j'avoue que je n'en avais jamais entendu parler - forcément: mes antennes sont surtout à l'affût de romans à conseiller à mes élèves, donc l'histoire d'une ingénue séduite et "initiée" aux pratiques BDSM par un beau mec torturé, même avec beaucoup d'imagination, je n'aurais pas pu faire passer pour ayant un rapport, même vague et lointain, avec mes cours. (je vous rassure, là, hein?) Il me l'a tendu en me disant: "Lis-le, si tu veux bien: ça m'évitera de devoir me le taper, et comme ça je pourrai le critiquer quand même". En bonne petite épouse obéissante (QUI a dit "soumise"?), j'ai donc ouvert le bouquin...

Je n'avais pas lu le premier tome, mais vu l'incroyable complexité de l'intrigue, je suis parvenue à suivre sans trop de mal. Sans trop savoir quoi attendre, j'imaginais quand même un contenu un peu polémique, sulfureux, voire choquant. Je me demandais si j'allais être émoustillée, troublée, tentée... scandalisée?

En vérité, mon premier sentiment fut la surprise: ce roman qu'on disait tellement provocateur, moi je l'aurais publié sans problème dans la collection Harlequin. Ce fut d'ailleurs mon premier commentaire: "Mais c'est Barbara Cartland, la fessée en plus!". C'est aussi mièvre, gnangnan, voire carrément ennuyeux par moments, que tous ces romans guimauves que je lisais à 14 ans. Même les scènes dites pimentées finissaient par devenir assommantes d'ennui, au point, je le jure, que j'ai fini par les sauter (bon, mauvais choix de mot, sorry!), par les passer, quoi, tellement ç'en devenait répétitif. Mais bon, c'est peut-être moi qui suis coincée et psycho-rigide...

Quant à l'héroïne, ce n'est certainement pas elle que je choisirais pour représenter une quelconque libération féminine! Sous ses aspects faussement égalitaire, c'est une midinette niaise à la recherche du prince charmant (après chaque scène de sexe "torride", elle répète ad nauseam à quel point son mec sent bon "cette odeur qui n'appartient qu'à lui, l'odeur de mon Christian", putain, quoi, arrête, on a compris, il te claque, il te baise, mais tu l'aimes!), qui se laisse conquérir, séduire et commander à l'envie. Certes, elle essaie avec son chéri toute sa panoplie de joujoux érotiques, elle y prend même carrément goût, mais attention, une fois qu'elle est en cloque, Ah non, Monsieur, je ne mange plus de ce pain-là, et de toute façon c'était un test, à présent qu'elle a la bague au doigt et le polichinelle dans le tiroir, elle devient intouchable (enfin... plus ou moins), on méprise les femmes, ces salopes, mais on respecte les mères... Au temps pour la soi-disant libération...

Je ne veux bien sûr pas dégoûter ceux qui seraient encore tentés d'ouvrir le livre. Mais j'aurais envie de leur dire: ne l'achetez pas! Louez-le, empruntez-le, je pense que l'auteur a amassé suffisamment de pognon comme ça, achetez plutôt un livre d'un auteur local et inconnu (y en a un sur Liège qui va - j'espère! - bientôt sortir son premier roman, je vous tiens au courant), ça fera une bonne action. Puis le film... ce que j'en ai entendu (car il est plus de 10h du matin, donc les critiques ont pu se lâcher) ne me donne pas du tout envie d'aller le voir. Je ne pense de toute façon pas que ce soit le côté "chef-d'oeuvre" qui attire les spectateurs.

Mais moi, pour tout vous avouer, ce samedi, jour de la St-Valentin, je compte aller voir le dernier Disney avec mes enfants et mon homme. C'est sans doute moins érotique... mais je n'ai pas besoin de fessées et de menottes pour me sentir exister. Chacun son truc! Clin d'œil 

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