09/07/2015

La révolution des dinosaures

De plus en plus, dans ce monde qui bouge, qui bouge, qui court, qui court, qui accélère de plus en plus, je me sens mise à l'écart. Ma grand-mère, en fin de vie, a dû avoir un sentiment similaire devant notre langage qui évoluait, notre technologie de fin de 20è siècle, nos préoccupations tellement loin des siennes, puis nos mœurs, aussi: pilule, avortement, union libre... quel changement par rapport à sa vie de jeune fille née tout juste à l'aube de la Grande Guerre! Sauf que elle, elle avait 80 ans, en fin de vie. Moi, je suis à la moitié, et je suis déjà larguée.

Mais finalement, c'est quoi, la "branchitude"? Un tas de tics de langage, de gestes et de fringues, qui semblent cools à une poignée d'initiés, aujourd'hui, maintenant, ce soir, mais qui seront ringards et dépassés dès la semaine prochaine? Des modes "révolutionnaires" - et qui cessent de l'être tout aussi vite, puisque suivies et adoptées par les 3/4 de l'humanité? Donc finalement, avec ma lenteur de réaction (oui, je suis comme une machine à café ancien modèle, moi j'ai besoin de "percoler" les choses avant de passer à l'action!), avec mes idées, mes envies, mes désirs plutôt fixes, ne suis-je pas une espèce quasi révolutionnaire? L'idée m'amuse, et je trouve l'image plus positive que "espèce en voie d'extinction"! J'ai donc tenté de creuser un peu plus dans cette direction, pour voir si elle est viable.

Au niveau familial, déjà, ça se tient: non seulement j'ai trois enfants, mais je les ai eus tous les trois avec le même homme (quoi???), et je suis toujours avec. Et ça se passe pas trop mal, je l'aime assez bien, on se supporte, on recherche même carrément la compagnie l'un de l'autre! Pareil pour nos enfants: nous sommes une famille au fonctionnement assez fusionnel, on aime être tous les cinq, et on apprécie les journées où l'on ne doit pas forcément courir comme des fous pour les différentes activités de tous. L'ambition "être bien" dépasse l'ambition "devenir champion"... Y a 10 ans c'était ringard. Là, je trouve qu'on est effectivement quasi précurseurs: puisque de toute façon le nombre d'emplois va diminuer de plus en plus, le niveau de vie de la majorité aussi (hé non, on ne fait pas partie des 10%, nous!), pourquoi ne pas se recentrer sur les vraies valeurs (mais non, pas le nombre de like sur ses réseaux sociaux!!!!), celles que personnes ne peut nous dérober et qui tiennent chaud même en temps de crise?

Découlant directement de ceci, notre façon d'élever nos enfants est aussi un pari pour l'avenir - contrairement à l'éducation anti-autoritaire! Ne me dites pas qu'en en faisant des enfants-rois on pense au futur de l'humanité (sauf si vous pensez que votre chérubin est le futur empereur de l'univers, mais si c'est le cas je ne peux plus rien pour vous!). Déjà à l'échelle d'une classe, imaginez-vous devant une vingtaine de ces petits chéris, tous persuadés qu'ils sont l'unique solution contre la guerre, la tristesse et la cellulite, et que, bien sûr, ils ont toujours raison, tout le temps... alors si on multiplie par plusieurs milliards, au secours! Notre façon de faire - à savoir n'emmerde pas ton voisin et tu multiplies les chances qu'il ne t'emmerdera pas - me semble à la longue beaucoup plus sustainable. Bref, on révolutionne, là aussi! Pareil pour les valeurs qu'on essaie de leur inculquer: respect, dialogue, tolérance, empathie et même politesse... Ben oui, je reste persuadée qu'un bonjour-merci-pardon-au revoir non seulement n'arrache pas la bouche, mais qu'en plus ça améliore l'ambiance. Si on veut survivre à 10 milliards d'individus dans une cour où la règle est "celui qui gueule le plus fort est forcément celui qui a raison" - et où tout le monde est forcément persuadé d'avoir raison... bonne chance, l'humanité!

Autre chose importante pour nous: la notion qu'en grandissant, on est sensés perdre l'absolue nécessité de la satisfaction immédiate. Je vois un chocolat, je pique le chocolat; je vois une bagnole, je pique la bagnole; je vois la femme du voisin, je pique la femme du voisin. Ben quoi? j'en avais envie! Oui, mais comment te dire... et l'après? Ne vaut-il pas mieux travailler sur du solide, et se focaliser sur un projet, plutôt que de s'éparpiller entre toutes ses envies, quitte à avoir parfois la gueule de bois? On remarque déjà chez nous: nos enfants sont souvent beaucoup plus chiants en période dites de "fêtes", où ils reçoivent souvent à l'excès, malgré nos tentatives de cadrer, qu'aux moments où ils ne reçoivent "rien" (bon, ils ne sont pas tout nus dans une cave non plus, hein, je vous rassure!!!). En décembre, il semble que tout leur est dû. Le reste de l'année, ils vous remercient parfois pendant des heures de leur avoir offert un t-shirt. Cherchez l'erreur...

Au niveau plus personnel, pareil: contrairement à beaucoup de mes connaissances, je n'ai pas forcément un "avis" sur tout. Enfin, avis... càd un concentré de jus de média et de réseaux sociaux, pour la plupart: je l'ai vu sur plusieurs murs, donc c'est forcément analysé, pesé, vérifié et réfléchi! Merci, réseaux sociaux qui transforment tout le monde en experts du Moyen Orient, de la politique internationale et de la crise grecque! Moi, j'avoue, j'ai plutôt tendance à attendre un peu, puis de lire les analyses de sites genre BBC... mea culpa, une fois de plus. Mais si ça s'trouve, mes arrières-petits-enfants diront de moi que j'étais une précurseuse...

Je ne vais pas non plus m'étendre sur ma non-présence sur ces mêmes réseaux sociaux, j'en ai déjà parlé: Face Book m'ennuie, Twitter - je ne me sens pas assez intéressante (voyez déjà la fracture avec mon époque: je préfère parler quand j'ai l'impression d'avoir un truc à dire...), toutes les apps photos, Insta machin, j'ai pas la technologie (mon téléphone a coûté 35 euros... mais je l'ai depuis 4 ans et il va très bien, merci!) puis vu ma tronche sur les photos, heu, non. Je trouve que je cours déjà trop pour mon tempérament, donc quand je rentre chez moi, je préfère vivre plutôt que de montrer. J'ai un blog, et ça me convient, et ça me suffit. Je n'ai pas l'envie de devenir célèbre et/ou de passer à la télé. Je suis très contente de n'être "personne", ou du moins d'être invisible aux yeux du monde. Mais peut-être qu'un jour la retenue et la pudeur seront à nouveau in?

Avec l'âge, j'aime de moins en moins le bruit, et j'ai besoin de temps pour traiter les données. Je trouve le monde bien compliqué (haaaa, la simplicité de la Guerre Froide et d'un monde divisé entre DEUX pôles, les gentils Américains et les méchants Russes...), et même sans avoir l'ambition de tout comprendre parfaitement (trop bièsse et trop occupée), je me sens vraiment trop conne quand je parle d'un truc dont je n'ai aucune idée. 

Finalement, je continue à croire en des valeurs (j'espère!!!) intemporelles: l'honnêteté; l'éducation; la gentillesse et l'empathie; la famille; la tolérance, la vraie, celle qui fait qu'on tente de s'ouvrir à tous, et pas juste à ceux qui pensent comme nous - et à ne pas confondre avec le politiquement correct, qui m'emmerde de plus en plus; enfin, la solidarité - pareillement, qui n'est pas synonyme de "suivez-moi-moi-moi". J'essaie de les transmettre à mes enfants (challenge!!!). Je suis persuadée que l'avenir de l'humanité doit passer par là. Mais finalement je suis assez zen (pour l'instant, du moins... encore merci acupuncture?): si l'humanité, justement, refuse ces valeurs en bloc, elle est définitivement foutue. D'un autre côté, c'est qu'elle ne mérite pas de survivre. Tant pis.

Mais c'est les vacances, et je ne veux pas plomber l'ambiance! Après tout, je ne pense pas être la seule dino survivante! Contrairement à ceux de Jurassic, c'est peut-être de nous que viendra le salut...

En attendant, que l'été vous soit doux, que vous soyez dinosaure ringard ou jeune branché!

Commentaires

J'aime bien :-)))

Gros bisous et bonnes vacances à toi!

Écrit par : Véro | 09/07/2015

Les commentaires sont fermés.