19/06/2015

Merci "X"?

Belgique francophone, période d'examens.

Comme chaque année depuis quelque temps, les dernières semaines du cours d'histoire de Mme Tartines sont consacrées à la préparation du CESS, une espèce d'équivalent du bac français, qui apparemment sert à vérifier que les élèves ont atteint un niveau "correct", puisque l'avis des professeurs est, paraît-il, "trop subjectif". (je les enverrais volontiers ch... en leur disant d'aller se faire voir dans une école privée, b..., puisque nous travaillons à ce point comme des m..., si je n'y étais pas intrinsèquement autant opposée - aux écoles privées -, mais soit.)

La tâche est un peu dure: d'abord, le sujet à voir n'est pas dans le programme (dans le genre "pourquoi faire simple..."). Du coup, j'ai dû sauter 2 chapitres obligatoires pour pouvoir inclure cet autre machin obligatoire dans mon timing très serré. Ensuite, cet examen, le même pour tous, se déroule en français. Or, le cours se donne en anglais. Ce qui rend le passage de l'examen illégal, puisqu'on ne peut pas enseigner dans une langue et interroger dans une autre langue. Oui mais c'est la même instance qui a établi les deux règles, donc ça va. Ok - ou "le strabisme psychologique, mode d'emploi". Troisième difficulté, il y a souvent des implications belges dans les recherches. Or, moi, en classe, je suis sensée parler anglais, tout le temps, tjs, en toute circonstance. Sauf que préparer dans une langue une épreuve basée sur des questions et des textes dans une autre langue, c'est un peu, comment dire, perturbant. J'ai donc dû, en classe, pour la première fois en 6 ans, parler français à mes élèves. Et nous nous sommes tous sentis schizophrènes...

Mais tout ça n'est que détail par rapport aux grandes idées derrière ces épreuves certificatives! D'abord, il faut les comprendre: l'immersion n'existe après tout que depuis 25 ans, on comprend donc qu'ils n'ont pas encore eu le temps d'envisager d'en tenir compte! Même dans les examens de langue de fin de 2è année! Même si cela veut dire concrètement que si l'élève d'immersion réussit cet examen (et les seuls qui ne le réussissent pas sont ceux qui ne savent pas encore lire - ne me demandez pas comment ils ont réussi leur CEB, mais c'est un autre problème), il aura beau avoir glandé sévère pendant 2 ans, il aura beau ne pas pouvoir aligner une phrase correcte dans la langue-cible (ils doivent là aussi répondre en français - donc les seuls qui ratent sont les étrangers... Est-ce un hasard???), il réussit car l'avis du prof n'est pas pris en compte (trop subjectif, vous vous rappelez?).

Donc ce gamin se retrouve en 3è sans avoir jamais ouvert un cahier. Il n'est pas arrêté en 3è car il faut travailler par degrés. Puis il arrive en 4è.... et c'est la catastrophe. La méchante prof de 4è buse tout le monde, car cette sale bête continue à affirmer qu'il faut (parfois) (un peu) travailler, voire même étudier, et que eux ne voient pas pourquoi ils s'y mettraient, puisque ça a tjs marché pour eux comme ça... (c'est MOI, la sale bête...)

Heureusement, Mme Milquet a prévu un CE2D en langues (pour la fin de la 4è), ce qui permettra aux élèves de continuer sur leur lancée. Et, à terme, il y aura sans doute un CESS (fin de cycle) également, tjs pas adapté aux spécificités de l'immersion, donc youhou, il semblerait que d'ici 5 ans je sois la seule à bosser dans ma classe, devant un public qui dormira.

Cela fait probablement partie du "pacte d'excellence"... même si moi, perso, j'appellerais ça du nivellement par le bas, mais je suis sans doute une sale connasse élitiste, comme tous mes collègues.

C'est vrai, ça: pourquoi faire confiance aux gens de terrain, ça n'a pas de sens!

Puis au moins, avec ce p*** de CESS en histoire, on est sûrs que ces glandus de profs bossent au moins un peu une fois par an: la correction en suivant la grille de critères prend DES PLOMBES! L'année passé, nous avons mis deux jours et demi (à 4) pour corriger 85 copies...

Maiiiiiiiis... cette année, par contre...

  1. Y a eu des fuites, donc des examens annulés, donc j'ai pu terminer mes moyennes, mes corrections "normales", mes préparations d'examens de 2è session et de travaux de vacances personnalisés LA JOURNEE, pas la nuit;
  2. Je peux déjà, maintenant, aujourd'hui, ce week-end, réfléchir à mes cours de l'année prochaine: comment améliorer, corriger, adapter, enrichir... et imprimer;
  3. Les élèves qui ont calculé leurs "points" au plus juste paniquent - Est-ce vraiment si grave dans un système où on est sensés travailler par compétences qu'on acquiert pendant les deux années du cycle? S'ils réalisent que la clé (enfin, une des clés) de la réussite est le travail régulier, n'Est-ce pas bien plus malin, n'Est-ce pas une bien meilleure préparation aux études supérieures?
  4. Des parents complètement paniqués se disent "au secours, ce sont les profs qui vont juger mon enfant et cela sans dernier examen!!!". Savez-vous que si on travaille justement en compétences, l'examen n'apporte que TRES rarement une surprise à l'enseignant?
  5. Enfin, la question de la subjectivité revient. Moi, j'en ai une autre: si c'était un ordinateur qui jugeait les résultats, simplement basés sur la copie nue, pensez-vous vraiment que plus d'élèves réussiraient? Un conseil de classe "sérieux" prend également en compte: la progression de l'élève; certaines circonstances personnelles, familiales ou autres; le fait que certains jeunes bossent très bien toute l'année mais se retrouvent paralysés lors d'épreuves plus "officielles". Merde, on passe parfois 3h sur la même classe, donc moi je veux bien, un ordi "objectif" qui juge tout en 5 minutes... mais je ne suis vraiment pas sûre que ce soit dans l'intérêt des élèves! De l'intérêt des profs qui finissent la journée à la limite du gâtisme baveux, après 5 classes, càd parfois 10h de conseil presque ininterrompues, oui! Je pourrais très bien occuper les prochaines journées autrement qu'à discuter de chaque élève en essayant d'agir au mieux de ses intérêts! C'est l'été, quoi! La saison où tous sortent et barbecuent à qui mieux mieux. Nous, on se terre avec nos copies et nos réunions...

Notre ministre a déposé plainte contre "X", l'auteur(e) des fuites. Sans approuver la manière dont cela s'est fait, moi, finalement, j'ai plutôt envie de lui dire merci, à "X"... Et oui, j'assume TOTALEMENT mes propos!

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