25/08/2015

Sommes-nous tous coupables de crime contre l'humanité?

Sans vouloir plomber l'ambiance...

Au cours d'histoire, en rhéto, je vois l'Holocauste avec mes jeunes. Chaque année, ils me posent la même question: comment l'humanité a-t-elle pu laisser faire ça? Et chaque année, je n'ai pas de réponse. Lâcheté, égoïsme, chacun vaque à ses petites occupations, s'occupe de ses petits problèmes, on oublie si vite ce qui ne nous touche pas directement!

Puis à l'époque, cela semblait tellement inimaginable! (aujourd'hui aussi, d'ailleurs... je n'ai toujours pas capté comment des humains - soi-disant l'espèce la plus "évoluée", entre parenthèses - pouvaient affliger ça à d'autres humains, mais bon, ça doit être moi qui suis obtuse...) C'était loin, aussi, pour les citoyens des années '40, qui n'avaient pas, comme nous, le bout du monde au pas de leur porte!

Par contre, pour nos enfants, pour nos petits-enfants, ce sera quoi, NOTRE excuse? Comment pourrons-nous justifier ce qui est en train d'arriver aujourd'hui à des milliers de réfugiés syriens? (et encore, ceux-là ce sont les "chanceux", ceux que la mer et les bombardements n'ont pas - encore - eus!!!) Comment pourrons-nous regarder ces gosses dans les yeux et leur donner de "bonnes" raisons pour justifier notre silence, notre inaction, notre passivité... voire, parfois, trop souvent, notre refus actif de tendre la main, quand ce n'est pas notre poing tendu, armé, pour être sûrs qu'ils n'envahissent pas notre petite vie confortable? Moi, des bonnes raisons, je n'en ai pas.

J'ai vu les gosses arriver sur l'île de Kos. J'ai vu ces mamans désespérées, sauvées, oui, mais pour combien de temps? J'ai vu ces jeunes qui préfèrent se faire happer par des trains, plutôt que de crever sur place en étant considérés comme des parasites. J'ai vu ces bateaux remplis de corps, ces bateaux vides parce que tous les occupants s'étaient noyés. Comment en est-on arrivés là? Comment l'humanité (qui porte si mal son nom dans ce cas précis) a-t-elle pu laisser faire ça?

J'ai entendu les commentaires des "braves gens": y a qu'à foutre des clôtures électriques avec des chiens, y a qu'à électrifier le dessus des trains, y a qu'à les renvoyer dans le même bateau, y a qu'à... Ou encore: on ne peut pas sauver toute la misère du monde. On ne fait pas assez pour les Belges, on ne va quand même pas accueillir des gens et leur donner un abri et des soins médicaux! (ben... si c'est pour les laisser crever comme des chiens, c'est pas les accueillir, si?) Toute façon ils ne sont pas si pauvres: ils ont un smart phone... (La meilleure, celle-là! c'est vrai qu'on smart phone nourrit et soigne très bien un enfant, ça protège bien des bombes et des attaques terroristes, ça console tout de suite une femme violée ou veuve!)

J'avoue que je ne fais pas de politique. Trop bièsse, trop entière, trop naïve. Je ne suis pas économiste non plus. Alors oui, peut-être qu'une arrivée massive de réfugiés syriens poserait quelques problèmes économiques, pour un petit moment. Peut-être. Suis même pas sûre. Mais le plus urgent, l'essentiel pour l'instant n'est-il pas de se conduire en êtres humains, pas en portefeuilles? Ne serait-il pas bon, en cas de crise humanitaire majeure, d'apprendre une fois pour toute à partager un peu? Et vous, gens bien-pensants, dites-moi: si vous viviez là-bas, entre un dictateur et des terroristes, si chaque jour vous aviez peur de perdre la vie - la vôtre, ou celle d'un de vos proches? Si la survie la plus élémentaire de base était compromise, menacée, pouvez-vous me jurer que vous resteriez sur place "pour ne pas aller profiter des gentils occidentaux qui n'ont jamais fait de mal à personne et qui ne vont quand même pas se priver de vacances ou d'une nouvelle Audi pour me venir en aide"? Parce que moi, c'est clair: je vis en Syrie avec mes gosses... je me casse et je viens ici: quitte à perdre la vie, autant le faire dans l'action plutôt que d'attendre la bombe qui aura raison de moi.

Nondidjû, si on parlait d'un refuge pour putains de chiens et de chats, tu vas voir qu'on trouverait des milliers de gens pour s'indigner, pour écrire des pétitions, pour envoyer des dons, pour réclamer la tête des responsables qui laissent faire de pareilles horreurs. Alors oui, la bien-traitance des animaux, c'est important. Mais, pour citer un responsable de la Ligue des Familles, "l'être humain aussi, c'est important".

Je ne dis pas que je suis moi-même pour l'instant en Syrie à essayer de renverser Bachar Al-Assad ou l'IS. Je ne bosse pas dans un camp de réfugiés. Je n'accueille personne chez moi. Je serais prête à le faire pour quelques semaines. Mais ici je fais appel aux idées: que peut-on faire? Que va-t-on faire? Je n'ai pas l'envergure de fonder moi-même un projet. Mais je serais ravie de prêter main (super) forte à quelqu'un qui est plus malin que moi. Normalement ça devrait venir d'en haut. Mais pendant que ça discute et que ça compromet, là-haut... n'est-il pas grand temps que nous, petites gens d'en bas, nous prenions aussi nos responsabilités d'êtres humains? Après tout, pouvoir continuer à se regarder dans la glace et pouvoir dire à nos petits-enfants qui étudieront ça en classe: j'étais là, et j'ai fait quelque chose... pour moi, ça n'a pas de prix. 

Le prochain billet sera plus léger, promis... mais là, fallait que ça sorte!

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