17/09/2015

Moi, ce premier septembre...

Moi, ce premier septembre, j'avais dans les yeux une lueur un peu différente. Oui, j'étais au taquet dans l'école de Mr 2; oui, j'étais à l'heure à la réunion d'accueil pour le premier jour à l'école primaire de Mlle 3. Oui, j'ai fait passer mes examens comme il le fallait. Mais dans ma tête, j'étais ailleurs. Le soir, je partais voir un concert avec mon chéri.

Contrairement à mon homme, qui est un fanatique drogué de musique, de vinyls et live shows, moi, à priori je ne suis pas spécialement "concerts". De temps en temps, oui, quand j'aime vraiment bien la musique. Mais j'ai parfois du mal à comprendre qu'on aille voir le même artiste 86 fois, où qu'on réclame des concerts de 3h - souvent, d'ailleurs, après une heure, moi j'irais bien boire un verre et papoter. Enfin... ça, c'était "avant". Avant que je ne vois My Morning Jacket à l'Open Lucht Theater à Anvers... 

J'aimais déjà bien le groupe, notamment pour ses longs solos de guitare, et une de leurs chansons (Lay Low) me donnait des frissons depuis le début. Je m'étais dit que les voir live pourrait être sympa... j'avais même ajouté: "Live en plein air, ce morceau doit être quelque chose"... Bien sûr, pour moi c'était une parole en l'air et je ne pensais pas que c'était possible: dans mon univers référentiel assez limité, un live show voulait dire un festival... Et un festival à mon âge, càd vivre le cul dans la boue, dans une tente, sans douche, sans toilettes convenables et en mangeant des crasses pendant 4 jours... disons que c'est là que je sens que je ne rajeunis pas! Clin d'œil 

C'est alors que mon homme, un jour, m'annonce que "notre" groupe joue à Anvers - en plein air... seul hic: c'est le 1er septembre... le jour de la rentrée des enfants, le jour de ma rentrée, le jour de mes examens de repêch', bref, si je veux être parfaite, je n'irai pas.

Sauf que je ne veux pas (plus?) être parfaite... Pourquoi ne pas commencer le lâcher prise par une sortie le jour de la rentrée! Du coup nous décidons de nous organiser. Je n'ai pas envie d'aller à Anvers en voiture - on prendra le train (bonne idée, sauf que ce jour-là un type s'est jeté sur la voie, entraînant un chaos généralisé...). Je n'ai pas envie de rentrer tard et de devoir me lever aux aurores avec la tête dans le ..., on dormira sur place et mon frère viendra babysitter. Off we go, tout est organisé, le concert peut commencer.

Toute la journée, ce premier septembre, il a plu. Notre train était en retard. On a dû courir pour arriver à temps. On a pu manger, mais très vite, pour très cher. On a eu peur que tout ça ne soit un mauvais présage. Puis nous sommes "entrés" dans l'endroit de concert.

L'OpenLucht Theater (théâtre en plein air, pour les allergiques au néerlandais) se situe au cœur du Rivierenhof park à Anvers. L'endroit en lui-même est déjà assez magique, entouré d'arbres, arbres enguirlandés de petites lampes qui donnent au théâtre une touche assez intimiste. Nous nous installons, nous sommes super impatients. La pluie s'est arrêtée, on voit même des morceaux de bleu sombre entre les nuages. Il semble que nous resterons au sec, ouf...

Puis le concert commence... Le soir tombe, le son est fantastique, et je sens toute la puissance de musiciens exceptionnels. La capacité de la "salle" est d'environ 2000 personnes, nous pouvons donc voir, presque toucher les artistes. Je sens que j'ai une banane gigantesque sur la tronche, banane qui s'étire avec chaque note, j'en ai presque mal aux zygomatiques et on n'est qu'à la moitié du premier morceau. Mais ça y est: moi qui ne comprenais pas qu'on puisse faire des kilomètres pour voir un concert, je suis "hooked", accro, touchée en plein cœur. Je plane, littéralement. Je vibre. J'ai les larmes aux yeux. Je ris toute seule. Je suis amoureuse...

Les émotions que fait naître la musique me renvoient très loin en arrière. Je me sens jeune. Je me sens adulte. Je me sens toute-puissante. Je me sens bien. Malgré mon absence quasi totale de connaissances musicales, je peux apprécier la virtuosité des artistes, qui réussissent à nous emmener très haut, très loin, très long, puis qui nous font retomber, rebondir, remonter, morceau après morceau, solo psychédélique après solo pop... nous fréquentons tous les univers, et c'est (désolée pour les puristes francophones) fucking mind-blowing...

Un concert de deux heures - et ma réaction, à la fin du rappel: "quoi, déjà????? J'en voulais encore!!!". Un concert magique. J'ai mis presque deux semaines à m'en "remettre". A ne plus fredonner les morceaux toute seule dans la rue. Mais quand je les entends à la maison, j'en ai encore les poils qui se dressent. A présent je serais prête à mettre des sous de côté pour aller au festival qu'ils organisent - au Mexique pendant trois jours. Vous m'auriez dit ça il y a un mois, je vous aurais fait enfermer...

Je ne sais pas ce qui m'est arrivé. J'ai l'impression d'avoir eu une expérience quasi religieuse. D'avoir trouvé l'amour. (Je vous rassure, je ne suis pas devenue "groupie", d'ailleurs ils n'ont pas vraiment des têtes de chanteurs à minettes! C'est spirituel! Innocent) Je ne comprends pas... mais n'empêche, quels putain de musiciens...

Première fois que je parle de musique ici (j'y connais rien). Mais... ben vous voyez, je ne m'en suis toujours pas tout à fait remise, finalement...

N'empêche, moi, ce premier septembre... j'étais bien.

 

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