14/01/2017

Où sont passés les journalistes?

Dans un pays où la liberté de la presse n'est pas vain mot, à une époque où l'information passe par de plus en plus de canaux, est-il encore possible d'exercer le métier de "journaliste", dans le sens noble du terme, à savoir, celui qui informe ses contemporains de manière réfléchie, objective et, si pas scientifique, au moins honnête? De plus en plus, j'en doute.

Quand je vois en effet la pauvreté du contenu des bulletins dits "d'information", quand j'entends des soi-disant journalistes pratiquement mettre les "bonnes" réponses dans la bouche des gens qu'ils interrogent, quand je prête attention au vocabulaire choisi - toujours pour susciter l'émotion, le scandale, le sensationnel, au détriment de la réflexion - je suis affligée.

J'admets qu'avec les réseaux sociaux, où tout petit morceau ressemblant vaguement de loin à une info est relayé, partagé sans prendre le temps d'être vérifié, à un moment où prime surtout l'audimat, les chiffres et la vitesse (surtout, être le premier à le dire, même si c'est une connerie monumentale, de toute façon les autres vont répéter bêtement sans réfléchir!), la tâche n'est pas devenue plus aisée. N'empêche, je continue à être une fervente défenseuse d'un service public de qualité... or, il me semble de plus en plus que les programmes, même ceux qui sont sensés nous informer, partent complètement en vrille - pour rester polie...

La crise des migrants, les centrales nucléaires, les "risques" de pénurie, et enfin les attentats de Bruxelles, tous ces sujets, une fois traités, m'ont laissé en bouche un bien mauvais goût. Bien souvent, je me suis demandé quelle était l'information qu'on avait voulu faire passer - et je n'ai pas trouvé de réponse. C'est parce que j'aurais dû poser la question autrement: était-ce un bulletin d'informations, ou une tentative de convaincre? Et, bien souvent, moi j'ai opté pour la deuxième solution. Convaincre de quoi, je ne suis toujours pas sûre. De cliquer, sans doute, puisque, de nos jours, un mensonge cliqué suffisamment de fois devient une quasi-vérité...

Mes élèves m'ont fait la réflexion pas plus tard que cette semaine: si eux bossaient leurs fiches d'actualité et leur travail de fin d'études comme certains journalistes semblent le faire (càd je sais ce que je veux dire et je récolte des "témoignages" - soigneusement mis en scène par des questions fermées - qui alimentent ma thèse de départ), personne ne sortirait de rhéto dans notre établissement. Pas en histoire, en tout cas. Ni en français. Ni en anglais. Ni... bref, ils ne sortiraient pas, quoi!

Cette semaine encore... alerte de neige sur la Belgique. Rien qu'à ce mot, on sent le frémissement d'aise de la presse et des médias: chouette, on va encore pouvoir envoyer des "infos" super dramatiques pour paralyser tout le pays, foutre la pétoche à tout le monde, sans jamais donner de véritable info! Et être payés comme si on avait vraiment bossé! Pire que des profs, quoi! (oui, je sais, c'est bas...)

Jeudi soir déjà à 19h, c'était la grande panique sur les ondes: il ne faut SURTOUT PAS sortir de chez soi, même pas pour aller faire pisser le chien, en voiture n'en parlons même pas, c'était suicide garanti avec les tonnes de neige et le blizzard qui allait s'abattre sur nos montagnes... (je parle de Liège, pour ceux qui ne suivent pas...) Moi (qui suis plutôt couillonne, en voiture, je l'admets), je devais rouler jusque dans la bourgade voisine (j'avais piscine). Quand on est sorties, ma fille et moi, un peu avant 21h, nous avons dû prendre une pelle pour creuser un tunnel dans la neige, afin d'arriver jusqu'à... non, je confonds avec le Minnesota. Nous avons remarqué... que la pluie était vachement froide. Ce qui n'est pas très agréable quand on sort de la piscine. Mais ce n'est tout de même pas dramatique!

Vendredi, j'avais une sortie prévue avec mes élèves. Pour une fois que j'organise quelque chose, déjà... Pendant toute la semaine, les collègues friands de média (surtout sur les p*** de réseaux asociaux) m'ont dit que je pouvais supprimer le truc, de toute façon y aurait pas d'élèves, pas de bus, plus d'électricité, qu'on allait tous mourir à moins de se ravitailler en sucre. (ça m'a toujours laissée rêveuse, d'ailleurs, ce penchant à bouffer du sucre en cas de mauvais temps chez mes compatriotes - moi j'aurais tendance à acheter des pâtes et des cubes de bouillon...)

Le matin fatidique, j'étais donc un peu nerveuse: je me voyais déjà marcher jusqu'au théâtre seule, à devoir payer la facture (pour 120 personnes, quand même) avec mes petits sous, à devoir faire du stop avec trois élèves... pffff, tout allait bien! (ou presque) Je répète, les montagnes de Liège sont assez peu connues, on vit dans une cuvette, purée, pas au sommet de l'Himalaya!!! Les bus roulaient presque tous, le nôtre, en tout cas, oui, et ok tous les élèves n'étaient pas là mais une majorité quand même, on a donc pu voir notre pièce et rentrer chez nous sains et saufs. Il y a bien eu quelques problèmes sur la route - causés surtout par tous ces crétins débiles pour qui adapter sa conduite aux éléments extérieurs est un truc de bonne femme en petite voiture pas chère - mais dans l'ensemble, oh zut, pas la paralysie générale annoncée. Ils doivent être déçus. Moi, je pense à nos amis canadiens, par exemple, qui doivent se foutre de notre gueule grave...

La semaine prochaine, même chose: on nous annonce "de probables pénuries d'électricité" parce qu'il va faire méga top froid. 2 degrés. Non, je blague: -7°C. Ok, fair enough... mais ch'ais pas, moi si je devais annoncer un truc pareil, j'aurais besoin, me semble-t-il, de réfléchir à comment éviter le possible problème! Genre: si vous voulez pouvoir vous chauffer, évitez de... Donner des infos aux gens sur ce qui consomme le plus. Dire de reporter le séchage de leur linge, ou le repassage, ou la soirée disco... Mais ça fait moins vendre, je suppose... Mieux vaut leur annoncer la cata, puis passer à la pub pour une app' qui leur permet de mesurer la consommation de chaque appareil.. sauf celle de leurs appareils "intelligents"...

Ceci dit, je comprends que de nos jours c'est pas évident de survivre pour la presse papier. Je comprends que si on pense qu'il y a une formule qui marche (le nombre de clicks versus la qualité de l'info), on soit tenté de la suivre. Mais ne serait-ce pas un formidable défi de prendre, pour une fois, le spectateur/lecteur/surfeur (internet) pour quelqu'un d'intelligent? Allez, les journaleux: votre défi pour 2017?

Merci d'avance.

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