04/05/2016

Faut-il mettre son enfant en immersion?

Tout autre sujet pour entamer cette journée qu'on nous promet ensoleillée et printanière... Aujourd'hui, je ne râle pas, je "recrute"!

A l'heure où l'on demande de plus en plus aux travailleurs (pour de moins en moins en retour, mais ça c'est un autre problème), être multilingue semble être devenu, si pas indispensable, pour le moins plutôt bien vu. Mais il semblerait que beaucoup de francophones aient certaines difficultés pour les langues dites "difficiles" - en gros les langues germaniques.

Malgré sa réputation de "laide langue dure et métallique" (hé les gars, écoutez un peu autre chose que les archives des discours d'Hitler, quoi! - je vous conseille le groupe "Element of Crime" pour essayer), moi j'ai toujours adoré l'allemand, depuis toute jeune. Était-ce une intuition que j'allais en avoir besoin pour communiquer avec ma belle-famille? Sans doute que non. Toujours est-il que, dès que j'ai pu, j'ai choisi les cours d'allemand.

A l'université, j'ai étudié les langues germaniques - anglais et allemand, donc. L'anglais, au retour d'une année aux USA, ça allait forcément pas mal. Par contre, en allemand... j'en ai franchement ch... Cours d'été, deuxième sess' systématiques, mon parcours ne fut pas tout rose. Mais, après de nombreux incidents, j'ai enfin pu dire ça y est, je suis bilingue...

Quand on cherche un emploi en Belgique francophone, il est vrai que le néerlandais est extrêmement demandé (ainsi que l'anglais). Mais... si vous parlez allemand, les quelques offres où il est indispensable sont pour vous! A un moment de crise économique importante, moi j'avais le choix entre plusieurs employeurs, juste parce que je parlais allemand vraiment couramment. Cela nous a d'ailleurs sauvés plusieurs fois, à un moment où le grain manquait un peu dans l'étable...

Forts de ces expériences, lorsque la Ville de Liège a décidé d'ouvrir une école d'immersion allemande, nous n'avons pas hésité: c'est là que notre fille ferait sa scolarité.

La plupart des parents, du moins ceux qui ne sont pas familiers avec l'immersion, tendent à hésiter, pour les raisons suivantes:

  • La peur que la langue maternelle ne soit pas suffisamment maîtrisée;
  • La peur que l'apprentissage de la lecture ne se fasse pas au rythme souhaité;
  • La peur que l'apprentissage d'une langue et les apprentissages de base ne "clashent";
  • La peur qu'ils n'aient pas le même niveau que les autres en fin de primaire.

Je suis enseignante en immersion, et me voici à présent maman en immersion, et je peux vous affirmer que ces craintes n'ont pas lieu d'être. Je vais les décomposer une par une.

1) Maîtrise de la langue maternelle

En immersion précoce, les enfants commencent la langue immersive à 5 ans, en 3è maternelle. Pourquoi pas plus tôt? Justement, afin que cette langue maternelle, quelle qu'elle soit, soit bien fixée dans la tête de l'enfant. Bien sûr, cela veut dire qu'il faut continuer à parler à l'enfant, à lui lire des histoires dans la langue "de la maison". (ne pas mélanger: un endroit, une langue, c'est la règle - sauf si bien sûr vous parlez déjà allemand à la maison!!!)

Cela peut vouloir dire aussi que, pour un moment, l'enfant va peut-être mélanger les deux langues, notamment pour les nouveaux concepts appris en langue immersive. Mais vous serez surpris de voir à quel vitesse ils font eux-mêmes la transition, le "pont", si vous voulez. Je vais être complètement honnête: mes élèves d'anglais font parfois des fautes d'anglais en français (orthographe), genre language, comfort, charactéristique etc... (moi aussi, d'ailleurs!). Mais franchement, pour avoir sous les yeux des copies d'élèves de non immersion, ce ne sont pas eux les pires en orthographe!!! g vus des fôte a tombé partèr ché les autre!

2) L'apprentissage de la lecture

Là, je ris carrément... J'ai peut-être (sans doute) un enfant génial. Mais ma fille, qui est en train d'apprendre à lire en allemand, lit en français à un niveau que je trouve assez bluffant! Elle lit couramment les livres de son âge, à une vitesse de quasi conversation, en posant sa voix pour la ponctuation (= signe qu'elle comprend ce qu'elle lit), je ne sais pas où elle a appris ça! Enfin, si: elle tentait de lire, nous corrigions, et d'elle-même, elle "analysait" le son, la règle. Sans doute le fait de déjà faire des liens entre deux langues favorise-t-il une approche analytique - plus le fait évidemment qu'elle est le fruit de deux parents littéraires! L'immersion favorise, mais ne fait pas de miracle - pas plus que l'enseignement non immersif, d'ailleurs! M'enfin, en l'entendant, moi je dis "waouw"!!!

3) Clash entre langue et apprentissages

L'enseignement immersif, paradoxalement, ce n'est pas l'apprentissage d'une langue - enfin, pas que. C'est l'apprentissage du reste, par le biais d'une langue étrangère. La langue est donc le médium, pas le but. Et à l'âge de 5-6 ans, les enfants sont super réceptifs. Ils apprennent donc les concepts, les compétences, sans se rendre compte que la langue immersive "rentre" toute seule par la même occasion. Donc oui, ça leur arrive de raconter à la maison que "on a appris que les Pinguine savent très bien tauchen aber nicht fliegen", mais si on leur demande ce que ça veut dire en français, ils savent très bien ce qu'ils racontent.

4) Différences de niveaux

Vous trouverez toujours un enfant qui fait "mieux". Toujours. Mais, au vu des nombreux tests réalisés depuis des années, il semblerait qu'au CEB (certificat de fin d'études primaires), les enfants aient des résultats égaux ou supérieurs aux enfants de non immersion. Et le CEB se fait en français...

Dernière question: faut-il forcément connaître l'allemand (par exemple) pour mettre mes enfants en immersion?

Très honnêtement, ça peut aider - ou tranquilliser: comme ça vous avez vue sur ce que l'enfant fait - mais ce n'est pas indispensable. Au contraire: l'enfant apprend, en plus de tout le reste, l'autonomie, et puisqu'il doit vous expliquer ce qu'il a fait ou ce qu'il doit faire, il doit donc automatiquement faire des liens avec la langue de la maison! L'idéal pour les parents indignes comme moi, qui n'ont pas forcément le temps de passer mille heures aux devoirs!

Un tout petit "moins", peut-être, pour rester crédible: l'immersion, du moins au tout début, est peut-être un peu plus fatigante. Ou c'est moi qui ai une chochotte. Mais franchement, honnêtement, je ne regrette pas une seule seconde que nous ayons fait ce choix. Je continue à dire que l'immersion ne convient pas à tout le monde. Si vous avez un enfant qui est super "dys", ça peut augmenter la difficulté (même si certains de mes élèves le sont, et sont déjà en fin de parcours secondaire). Si votre enfant est matheux pur, càd qu'il n'a pas spécialement le sens de la phrase, du mot, de l'orthographe en français, vous verrez les mêmes difficultés ou faiblesses en langue immersive. Très souvent, d'ailleurs, le prof de français et moi-même avons la même vision de l'élève. Après tout, être francophone ne suffit pas pour pouvoir écrire des dissertations ou des romans! Ben c'est pareil en immersion...

Mais au moins, vous pouvez être sûrs que votre enfant ne versera pas des larmes de sang pour apprendre l'allemand, ses déclinaisons, sa structure, comme moi j'ai dû le faire voici quelques années. Chez lui, ça se fait tout seul. De plus, les autres profs de langues remarquent souvent une plus grande "ouverture" aux autres langues étrangères chez les élèves d'immersion. Donc... une idée à creuser si vous avez des petits bouts en âge de rentrer en maternelle???

 

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