12/10/2016

Ce que moi je pense des baptêmes d'étudiants

Autrement dit: je n'ai pas eu envie de titrer ce post "pour ou contre les baptêmes" car ce que moi j'en ai pensé, ça valait pour moi, à une certaine époque, je n'ai pas du tout envie de généraliser à la totalité du machin. Puis s'il y a bien un débat qui pour moi n'avance absolument pas, c'est celui-là: en général les poils et plumes et les fossiles, s'ils ne s'insultent pas, semblent parler deux langues totalement différentes. Cela me conforte dans l'idée que, pour qu'un débat avance vraiment, il est préférable de mettre ensemble des gens qui sont modérément d'accord - sans quoi on stagne et on passe son temps à expliquer à l'autre pourquoi LUI a tort, et pourquoi NOUS avons raison...

Mais revenons à nos moutons...

Bref retour en arrière (enfin, bref... silence, les jeunes qui ricanent dans le fond!): nous sommes au siècle dernier, j'ai fini ma rhéto, j'ai passé un an à l'étranger avec ma famille, et me voici fin prête à entamer mes études. Prête administrativement, s'entend. Dans ma tête, c'est autre chose: je reprends les marques avec la vieille Europe, je ne sais pas qui je suis, je ne sais pas où je veux aller, j'entame ces études sans conviction, parce qu'il faut bien faire qqch et que, d'après mes parents, puisque je suis bonne élève, c'est que je suis "faite pour aller à l'université". 

Je suis donc en plein brouillard, en pleine crise existentielle (oui, à 19 ans:  à part pour la parole je n'ai pas été précoce pour grand-chose), je suis en permanence entre deux déprimes, et ça se voit, bref j'ai un peu du mal. Tout de suite, la question du baptême se pose, ou plutôt, ne se pose pas: je suis tellement à fleur de peau, fâchée contre le monde, que me laisser gueuler dessus par une bande de connards frustrés du pouvoir, je SAIS que ça ne va pas aller. Je décide de ne JAMAIS participer à cette grande arnaque pour buveurs crétinisés, cette espèce de relation S/M malsaine et éthylique, je pense même à écrire en grand sur mon tablier, à la place du "baptisé à telle date", un grand "pas baptisée" - genre "c'est à prendre ou à laisser". Puis ma première année se passe, tant bien que mal.

Je fais connaissance avec des gens de ma classe - facile, on n'est pas énormément. Quelques autres venant d'autres sections. Assez rapidement, je remarque qu'on peut donner un surnom gentiment moqueur à chacune d'entre elles, basé sur un comportement assez généralisé. Ainsi, les romanistes deviennent assez vite, pour moi, les "inspirés", comme s'ils portaient une plume d'oie invisible derrière l'oreille, qui leur servirait certainement à écrire le chef-d'oeuvre littéraire du siècle. Les "Commu" (communication - on venait d'ouvrir la section, ô lointaine époque) étaient ceux qui ne savaient pas quoi faire d'autre, autrement dit les "touristes". Les philosophes étaient les "Verbeux", allusion au plaisir qu'ils tiraient de citer des noms que - forcément - personne à part eux ne connaissait, pour ensuite s'étonner du manque flagrant de culture chez leurs camarades. Les historiens étaient les plus sympas - je les surnommais les cools. Et enfin venait ma section - les "Germas" étaient les coincés...

Ils étaient pourtant super gentils, dans ma classe! Il y en avait même quelques-uns qui aimaient la fête et les délires! Sauf que ceux-là ont tous arrêté en fin de 1ère année, et que je me suis retrouvée quasi seule au milieu des autres en 2è. Des gens, encore une fois, tout à fait charmants... mais à mille années-lumières de ce que moi je vivais! 

Je me souviens qu'une (on était beaucoup de filles, études littéraires, tout ça) camarade m'avait demandé si je voulais enseigner, plus tard. J'avais (bien sûr!) répondu: "Jamais de la vie!" (aaaah, tous ces jamais sur lesquels je reviens...). "Ah oui? m'avait répondu la fille, Tu te maries, alors?". Heu... non plus... Je me sentais donc un peu une sorte de vilain petit canard, toléré, accepté, voire même apprécié - mais pas complice. Je me suis donc dit, après avoir réussi mes examens de septembre, qu'il fallait absolument faire quelque chose, et que si je devais vivre encore 3 ans avec juste mes camarades de classe comme principale compagnie, j'allais péter une case. J'ai donc décidé de faire mon baptême...

En tant que "fossile", cela peut arriver qu'on soit charrié plus que les "vrais" bleus. Sauf que, quand ça vient de gens qu'on a quand même un peu fréquentés pendant un an, ça prend tout de suite une couleur vachement moins dramatique! Mon grand âge m'a permis de prendre toutes ces manifestations au 2è (voir au 46è) degré, et purée, qu'est-ce que je me suis amusée!!!

Les bleusailles m'ont d'abord permis de rencontrer des gens qui allaient devenir des amis pour la vie: y a rien à faire, quand tu te trouves gueule en terre en maillot à te les geler, ou quand tu dois chanter de manière ridicule, ça rapproche. Quand tu n'as pas de kot (mon cas) et que tu vois que plein de gens te proposent (sans arrière-pensée!) une place, un petit coin de canapé, fauteuil, matelas, ça rapproche. Quand on fait des fêtes de sauvage ensemble pendant plusieurs années, ça rapproche.

Les bleusailles m'ont également donné confiance en moi. Dans tous les gens que j'ai rencontrés, plein d'entre eux m'appréciaient pour ce que j'étais - parce que l'image extérieure, franchement, quand t'es bleu c'est pas top... T'es habillé comme un sac, couvert de trucs suspects, sale parce que arrosé à la farine, à la bière, "décoré" dans le visage... Pas de maquillage de bimbo ou de talons aiguilles pour les bleuettes à mon époque!!! Il y avait une espèce de fraternité qui me convenait super bien. J'ai pu sortir du carcan un peu étroit de mes études, pour m'ouvrir sur plein d'autres horizons. Et ça m'a fait un bien fou.

J'étais en philo et lettres. Faculté qui (à l'époque, du moins) avait la réputation d'être assez "soft": rien de sexuel dans les bleusailles, "poils" contrôlés par les comitards, aucune obligation ni même pression pour participer à ce folklore, c'était un peu la faculté des bisounours - hé, on ne change pas complètement quand même! Je n'ai jamais été humiliée pour de vrai: c'était tellement clair à mes yeux que c'était un jeu, pourquoi ne pas le jouer à fond?! oui, je suis une sous-merde de bleuette, je suis à peine digne d'existence... puis quand c'est fini on s'embrasse sur les deux joues (enfin, sur une: on est à Liège, chal!) et le "chef" s'assure que je rentre chez moi en un seul morceau.

Lorsque à mon tour j'ai été "plume" et que j'ai pu participer aux bleusailles de l'autre côté de la barrière, on m'appelait "la maman des bleus" (tiens, là non plus j'ai pas changé...). J'avais toujours dans mes poches tartines, morceaux de sucre, mouchoirs pour prévenir ou soigner chutes de tension, faims subites ou traces de vomi (ben oui, ça reste quand même qqch de fondamentalement pas frais!!!). Et je me suis déjà opposée à certains gros cons (car je ne nie EVIDEMMENT PAS qu'il y en a là-dedans aussi!) dont l'attitude ou les remarques me semblaient déplacées. 

Je ne me permettrais pas de me servir de mon expérience pour déconseiller ou recommander le baptême étudiant à tous. Mais moi je suis sûre que c'est ça qui m'a permis, paradoxalement, de réussir mes études, car j'ai pu alors concilier moments de travail dans une ambiance stressée et sage, et moments de grosse fête à la folie.

Je ne nie pas qu'il y a des abus - mais montrez-moi un système où il n'y en a pas??? Je ne nie pas que certains (dont d'anciens co-bleus) sont tombés dans la chope à ce moment-là et qu'ils n'en sont jamais sortis. Je ne nie pas que l'excès d'alcool, qui est quand même souvent l'image "de marque" de ces mouvements, est réel, et que ça peut être dangereux. Mais moi je regarderai toujours ces souvenirs avec beaucoup de tendresse. J'ai envie de dire: un truc qui m'a permis de rencontrer ma copine R, ma copine M, mon copain R qui m'a permis de bosser là où je suis... je ne pourrai jamais le renier. Mais bien sûr cela n'engage que moi.

09/10/2016

J'ai perdu l'automne...

Ou "Comment dans ma tête je suis passée d'été à hiver sans transition"...

Oh, je vous rassure, le mental va très bien! Mais j'avoue que mon corps a un peu de mal à assurer les 20 degrés de différence qu'on s'est chopés en 2 semaines de temps! Il y a deux semaines nous cuisions à plus de 30°C dans les classes (et encore, ça c'était les fraîches comme la mienne, celles pas directement exposées au soleil tout l'après-midi!), ma lessiveuse était pleine de petits machins légers (une semaine pour la remplir, d'ailleurs, du quasi jamais vu depuis qu'on est 5!!!), nous éliminions gaiement nos toxines dans les bus, aucun enfant ne râlait quand on prononçait le mot "douche", je congelais les gourdes pendant la nuit pour qu'elles restent fraîches plus de 4 minutes, bref, le temps extérieur correspondait à mon état intérieur, moi qui étais, j'avoue, un peu restée en Provence...

Quand nous avons perdu 10 degrés, cela ne m'a pas dérangée: 24 degrés, pour moi, c'est l'idéal, c'est top, d'autant que les nuits étaient redevenues ok. Puis on en a encore perdu 10... résultat, comme je le disais plus haut, 20 degrés en moins... et le corps qui tricote pour compenser!

Cela fait une semaine que j'ai froid. Le jour (puisque, ô logique sublime, chez nous à l'école on rallume le chauffage en fonction des dates, PAS en fonction de la température, du coup dans notre salle des profs il fait POLAIRE à en avoir le nez tout froid); la nuit. Chez moi. Puis ailleurs...

J'ai déjà remis ma couette d'hiver - au-dessus de ma couette d'été. ça plus mon gros pyjama et mes chaussettes (oui, je sais, hmmmm, sexy Cath la nuit quand il fait froid), ça peut aller. On a rallumé le chauffage. D'abord le matin, mais voilà qu'on en a besoin la journée aussi. On a des envies de plats qui tiennent au corps. J'ai déjà refait de la potée aux choux et une raclette. Tout ça avant le 10 octobre... purée, qu'est-ce qu'on fera en décembre par -15!!!

Je suppose qu'on doit simplement se réhabituer, et que ça va se faire petit à petit. Mais j'ai l'impression que je suis passée très vite des kilos de bien-être en été (apéros et glaces) aux kilos de "lard" d'hiver... Je me surprends à avoir envie de boire du thé bouillant... et, pour le grand plaisir de mes enfants, mes envies de chocolat, plutôt muettes quand il fait chaud, me reprennent et m'assaillent de toutes parts.

Afin de combler ce besoin, tout en me fournissant calories nécessaires à ma survie, j'ai ressorti la merveilleuse recette des fondants de Juliette. Je vous la livre avec plaisir - attention, c'est TRES chocolat, TRES lourd - du pur bonheur, quoi!!! Stressé(e)s de la calorie s'abstenir!

Pour 4 fondants il faut:

  • 120 grammes de chocolat noir (+ 4 GROS carrés)
  • 35 grammes de beurre
  • 80 grammes de sucre
  • 1 cuillère à soupe de farine
  • 3 oeufs

Faites fondre le chocolat et le beurre dans un poêlon (= une casserole en France). Allumez votre four à 180° degrés. Pendant ce temps mettez le sucre et la farine dans un récipient, ajoutez les oeufs, mélangez bien. Ajoutez-y le chocolat et le beurre fondus, mélangez. 

Versez le mélange dans des ramequins - cela peut prendre du temps si vous voulez travailler proprement (les oeufs rendent le mélange assez visqueux) et que vous avez décidé, comme moi, que 4 fondants, c'est juste pas possible et qu'il faut multiplier... Dans le fond des ramequins, vous pouvez déposer un gros carré de chocolat noir, pour un effet "fondant" maximum.

Enfournez, laissez cuire 12 minutes, laissez un peu refroidir (c'est meilleur tiède, mais ça n'engage que moi) puis dégustez. Conseil: ne mangez pas trop vite, sinon vous aurez envie d'un 2è... sauf qu'une fois que ça "tombe", ben... c'est du lourd!!! Mais quel bonheur! La preuve: je suis dans une pièce non chauffée, fenêtre ouverte, et je suis bien...

A moins que ce ne soit l'automne que j'ai retrouvé...

Hmmm... à quand la choucroute et la tartiflette???