11/07/2017

Et pour vous, c'est quoi le pire?

J'ai entendu récemment une collègue se plaindre que, après la naissance de son petit, tout le monde lui disait de "profiter", car ça passait vraiment "trop vite". Elle, au contraire, trouvait cette fusion totale avec un môme braillard plutôt ennuyeuse - quand elle n'était pas carrément en pleine détresse, après 6 semaines de nuits interrompues, et donc, à juste titre, elle ne voyait pas ce que les autres voulaient dire.

A l'époque, moi non plus, je ne voyais pas. Mais à présent que le nombre de jeunes mâles hargneux, non communicatifs - et pourtant ô combien revendicateurs est passé de un à deux, je me prends à me demander si moi aussi, je ne viens pas de basculer de l'autre côté de la Force, je me demande si à mon tour je ne suis pas prête à répéter cette phrase énervante aux jeunes mamans en détresse... et pourtant, mes souvenirs "nouveaux-nés" sont toujours très loin du rose bonbon - bleu pastel! 

C'est pourquoi j'ai décidé de comparer. Je reste juste, ceci dit: pas question de comparer les mérites du nouveau-né versus l'enfant de deux ans ("je braille" ou "je dis que ma maman est la plus belle"), ni de l'enfant de 8-10 ans (période de calme où l'évolution semble aller vers le haut et vers l'avant) versus l'ado (heu... période de tsunami où l'évolution semble aller vers le "plus grand, plus biès", et où, s'ils devaient s'exprimer sur nous, ça ressemblerait plutôt à "ma daronne c'est la plus ringarde/chiante/injuste/pas stylée..."). 

J'ai décidé de comparer les deux (jusqu'à présent) plus horribles phases de la vie, j'ai dit: le nouveau-né versus l'ado... qu'est-ce qui est plus pénible, un bébé ou un "jeune"? Quelqu'un qui braille pour s'exprimer, ou quelqu'un qui borborygme (si possible de manière monosyllabique, même pour dire "anticonstitutionnellement"), et qui semble toujours trop comateux pour daigner répéter? Quelqu'un qui a des besoins d'attention constants, ou quelqu'un qui a des besoins de pognon constants? Voici donc le match de l'année - et n'hésitez pas à poster pour compléter ce à quoi je n'aurais pas pensé, dans ma petite expérience d'un de presque 15 et d'un de 12 qui y rentre... (j'avoue, je n'ai pas encore des angoisses de sorties ou de permis de conduire, encore moins des belles-filles qui vivent chez moi...)

1. Le corps après la venue du bébé / de l'ado

Là, on pourrait se dire que le match est gagné d'avance: heureusement pour nous, mamans, l'ado ne doit pas passer par notre vagin pour apparaître! Il se s'accroche pas à nos tétons, il ne provoque pas de bouleversement hormonal... alors, un point pour l'ado? Oui, peut-être... mais c'est sans compter les rides qu'on gagne à cause d'eux! Mais bon, aurions-nous échappé à ces dites rides si on avait eu la bonne idée le malheur de ne pas avoir d'enfants? Allez, j'accorde le point à l'ado. 0 - 1

2. Nos nuits avec le bébé / l'ado

Là encore, chez moi en tout cas, y a pas photo: le premier se réveillait toutes les deux heures (le bébé, je veux dire, pas l'ado!), le deuxième n'a passé ses nuits qu'à (gloups, pulsion de haine qui revient) 2 ans et demi... Je ne dois plus me réveiller pour des cauchemars, des biberons, des tétées... Je ne dois pas encore me réveiller pour aller chercher quelqu'un en boîte (ou parce qu'il n'est pas encore rentré malgré qu'il soit 4h et que j'avais bien dit 2h dernière limite... bref, je "profite", quoi!) Par contre j'ai dû une fois descendre parce qu'ils se disputaient... ben oui, les hormones, ça ne rend pas forcément plus malin! C'est vrai pour les gonzesses qui enfantent, ben c'est vrai aussi pour les enfants qui grandissent! Mais bon, une fois encore j'accorde le point à l'ado. 0 - 2

3. Les repas avec le bébé / l'ado

Oui, j'ai bien dit "avec" l'ado... parce que j'insiste quand même que le repas du soir soit pris en famille autour d'une table et sans télé. Avec des couverts et des assiettes. Et même des légumes (la plupart du temps, quoi! ce soir c'était pâtes aux lardons, j'avoue...). Evidemment, s'il pouvait, l'ado mangerait tous ses repas soit en ville avec sa tribu, soit seul devant son écran...

L'avantage majeur de l'ado, c'est qu'il mange tout seul comme un grand. Pas toujours proprement. Pas toujours droit à table (bizarre, cette tendance de la colonne vertébrale de l'ado à suivre une courbe parfaite). Pas toujours avec le sourire, parce que, honte sur moi, je ne m'inspire pas très souvent des Mc Do' et autres "crasses" pour mon menu, du coup, ben, ce que je propose, c'est bèrk. Mais au moins il manipule les couverts tout seul, et ne passe plus son temps à éternuer la bouche pleine de soupe aux carottes sur mon chemisier blanc. Il fout des coups de coude à ses voisins, voire des coups de pieds (ça grandit vite, ces petites bêtes), mais il mange seul. Et honnêtement, moi, donner la becquée ça m'emmerdait assez vite. Donc je tendrais vers le point une fois encore pour l'ado - sauf qu'il grogne, qu'il râle, qu'il soupire quand on l'exploite (= quand on lui demande de dresser la table), qu'il ne se contente pas des petits plats préparés avec amour, mais qu'il fait comme l'écureuil avant l'hiver: l'ado stocke dans sa tanière, des trucs gras et sucrés de préférence, et comme il oublie parfois à quoi sert ce truc en plastic à côté de son bureau (= sa poubelle), ben, disons que la tanière, parfois, embaume un peu tout l'étage. Un peu comme les langes de bébé, tient, à l'époque... 

En résumé, le bébé gazouille, sourit, éternue et ne mange pas seul. L'ado grogne, salit, râle, mais mange seul. Et ils puent tous les deux (voir plus loin). Allez... égalité? donc on en est à 1 - 3

4. La propreté du bébé / de l'ado

Tout comme les propriétaires de chien, les parents de bébés n'aiment pas ramasser les crottes - sauf qu'on n'a pas tellement le choix, les bébés étant généralement trop biès pour comprendre le concept de ch... sur le trottoir pour amuser les autres. C'est ZE désavantage majeur du bébé - et dès qu'il passe au solide, ça empire. Et quand il devient carnivore, je ne vous raconte pas... mon homme a déjà failli gerber en s'occupant du change du matin. L'ado a beau être un peu flairant lui aussi, on a rarement envie de vomir quand on lui dit bonjour. Quand on rentre dans sa chambre, c'est une autre histoire. Mais en le bisant, lui, ça va encore. Par contre, un bébé, une fois le derrière propre, ça sent généralement assez bon - ok, parfois le lait sûri, mais ce n'est pas une généralité. L'ado, lui, traverse parfois une phase hydrophobe qui peut être assez pénible pour ses proches. Il a l'air crad', mais bon, ça pourrait être fashion dans certains milieux, mais il oublie souvent que ces foutues hormones ont un effet direct sur certaines parties du corps. L'ado pue des pieds, par exemple. Mais ça ne le dérange pas: c'est SON odeur, dit-il d'un air angélique. Et si ça vous fait chier en plus, c'est bonus!

Sa chambre, son domaine privé, ben l'ado a ça en commun avec les chats, il doit marquer son territoire. Heureusement, il ne pisse pas contre les murs (enfin, pas ceux de sa chambre, sinon un seul conseil: le faire castrer au plus vite!), par contre il accumule des vivres (voir point 3), on ne sait jamais que sa mère ne décide de cuisiner des légumes TOUS LES JOURS, afin d'assurer ses réserves en gras et en conservateurs cancérigènes. Sauf qu'il entame de nombreux paquets, qu'il laisse ensuite péricliter - sans doute l'esprit curieux et ouvert de l'ado, qui décide de faire de chaque moment de sa vie une merveilleuse aventure scientifique, sans oublier qu'il vit avec d'autres...

Donc là, je dis clairement, le point va au bébé. 2 - 3

5. Les rapports humains

En début de vie, on se dit "vivement qu'ils parlent". Et pourtant, on oublie à quel point il est facile de communiquer avec un bébé. Attention, je n'ai pas dit qu'il était simple de les décrypter. Mais si vous observez les yeux d'un bébé à qui la mère parle, gazouille, chante, c'est magique: la moindre connerie que vous proférez a tout de suite l'air de le fasciner, de l'amuser, de le rendre HEU-REUX! Vous vous sentez la reine du monde, devant les yeux pleins d'amour de ce petit être qui vous répond, certes, avec des borborygmes, mais également avec tout son corps, qui semble dire "continue, parle-moi, je t'aime!"...

Et l'ado? Heu... le point commun, c'est l'articulation du langage, qui régresse à nouveau au stade du grognement (on ne PEUT pas décemment dire "gazouillis", même si j'aimerais bien!). Si on décrypte le reste... c'est là que ça se corse. Ses yeux vous évite, sa bouche tombe vers le sol, et tout son corps semble dire "mais qu'est-ce que tu m'emmeeeeeerdes!!!". Que faites-vous pour l'emmerder? Rien. Vous êtes là. Vous vous intéressez à lui. Vous osez lui poser plein de questions chiantes et indiscrètes (du genre "tu écoutes quoi en ce moment?" - KGB, les mères, c'est bien connu!). Il vous soupçonne sans cesse de vouloir l'espionner. Vous êtes comme une espèce de gros caillou géant qui se dresse entre lui et le plaisir: les potes, les écrans, le mutisme. Bref, vous faites chier. 

Ici aussi, je ne PEUX PAS ne pas donner le point au bébé. 3 - 3

6. Eux et l'univers autour d'eux

 

On pourrait dire qu'ici, le match est clairement inégal, si on prend en compte le développement du cerveau... et pourtant, quand on y regarde d'un peu plus près, non, pas tant que ça. Au contraire, quand je vois mes ados, je repense souvent à mes bébés...

En effet, ils ont des réactions un peu similaires: ils ne voient qu'eux, ne prennent en compte que leurs besoins, ils oublient qu'ils vivent avec d'autres personnes qui ne sont pas eux, et ils voient l'univers à travers le prisme de leur petit nombril... Leur univers, c'est l'Univers. Le reste, ils s'en foutent.

Autre point commun: leur allergie à toute forme de frustration. Le bébé, forcément, ne comprend pas qu'on puisse reporter la satisfaction de ses besoins primaires (= téter) d'une éternité (quelques minutes). L'ado... ben, c'est pareil: il ne comprend pas qu'on puisse reporter la satisfaction de ses besoins primaires (= consommer, que ce soit de la nourriture, des gadgets électroniques, des fringues ou notre précieux temps en trajets pour sa vie sociale trépidante) d'une éternité (à partir de quelques minutes également).

C'est le point qui m'énerve, me révolte, me frustre et m'attriste le plus chez mes ados... et pourtant, j'ai des souvenirs de réactions pareilles. Pas aussi virulentes (mes parents, je pense, m'auraient reclapée assez vite...), mais d'un égocentrisme tel qu'en y pensant, j'ai moi-même envie de me foutre des claques. Et comme je suis, je pense, devenue quelqu'un de relativement empathique et ouvert sur le monde, je garde espoir... Pas le choix!

Donc ici aussi, je donne un point à chacun. 4 - 4

L'image qu'ils nous donnent de nous

Autrement dit, peut-on se sentir une bonne mère avec l'un ou l'autre?

Le bébé a l'art de nous faire sentir comme les plus idiotes du monde, parce que, pensez-vous, c'est bête, il vient rarement avec un mode d'emploi. Tout ce qu'on dit aux mamans concerne la grossesse, après, c'est démerde-toi, toute façon que veux-tu savoir, c'est que du bonheur, puis on va te donner 180 milliards de conseils - contradictoires, bien sûr! Quand c'est un 2è ou un 3è, c'est pas grave. Quand c'est ton premier, que tu as eu un accouchement de merde, un début d'allaitement de merde, un moral de merde... ben c'est un peu dur. Tu te demandes ce qui t'a pris de le vouloir à ce point, ce môme. Tu as peur.

Ben, quand ils deviennent ados... c'est un peu la même chose. Sauf qu'on sait qu'à un moment, ça fonctionnait pas trop mal (entre les deux phases), donc que tout ne vient pas forcément de nous et de notre incapacité congénitale. C'est dur - parce que quitter une phase chouette pour une phase de merde, forcément, c'est plus difficile que l'inverse. Mais finalement, ma plus grande peur à moi était de ne pas savoir aimer mon bébé, au tout début. Quand ils sont ados, ces salauds, c'est trop tard, le mal est fait, on les aime à crever même quand ils nous en font voir de toutes les couleurs. ça doit être pour ça, d'ailleurs, qu'ils naissent bébés... 

Mais quand ils nous envoient chier, nous et toutes les valeurs, tous les trucs qui sont importants pour nous, en nous disant qu'on est à côté de la plaque, ce n'est pas forcément agréable non plus. A moins d'être un parangon de confiance en soi et en ses convictions (pas notre cas, malheureusement), ça déstabilise un peu. On se sent parfois (souvent? tout le temps?) un mauvais parent qui ne sait pas et qui n'a jamais su s'y prendre. C'est quoi le pire, monstre sans coeur ou biès qui n'a aucune idée? Franchement, j'hésite...Egalité encore? ça nous ferait un score de 5 - 5...

Conclusion

En commençant ce billet, inspiré, vous l'aurez compris, par l'exaspération à laquelle me mènent parfois mes deux grands, je pensais atteindre un score "stalinien" de 100% de succès pour le bébé... J'ai essayé d'être relativement objective, tant que faire se peut. J'ai également un peu forcé le trait - sinon c'est moins drôle, puis ça devient trop personnel. Ma conclusion verra un autre point commun entre les deux personnages, du moins en ce qui me concerne: pour ces deux stades (et pour les autres aussi, finalement), on passe par des moments de doute, de découragement, voire de désespoir à se dire qu'on a tout raté, et qu'on n'aurait jamais dû les mettre au monde, ces fichus mômes. Puis votre bébé vous sourit... et le soleil se lève et illumine tout autour de vous. Vous oubliez votre corps endolori, votre cerveau brouillé après mille nuits sans sommeil, vous êtes heureuse.

Quand l'ado vous entoure de ses grands bras osseux, même si aucun mot ne sort de sa bouche, parce que ça devient pudique, ces petites choses fragiles malgré tout, le même sentiment vous envahit. Et comme c'est plus rare, ces moments deviennent d'autant plus précieux. 

De temps en temps, de préférence ailleurs que devant vos yeux, on vous rapporte que votre ado a été poli, souriant, agréable et tourné vers les autres (et tout ça gratos!). Là aussi, vous vous dites "ok, il n'a pas TOUT jeté à la poubelle de ce que j'ai essayé de lui inculquer". Vous reprenez espoir.

Parfois, même, vous arrivez à avoir une vraie conversation avec eux, sans qu'ils ne se referment comme des huîtres hostiles. Faut choisir son moment (enfin, celui de l'ado) et SURTOUT ne pas basculer dans la "parentalité" (du style conseils ou reproches) sinon ça fout le camp, mais en attendant votre inévitable gaffe (consciente ou perçue comme telle par l'ado), ça aussi, c'est bon.

Enfin, il y a les vacances, où, forcément, on ne parle plus d'école, où on est plus disponible... là aussi, c'est l'occasion de les retrouver un peu comme du temps où ils étaient "les vôtres" uniquement.

C'est peut-être ça qui est dur, malgré tout ce qu'on nous avait prévenus: le bébé, il est à vous. L'ado... ben, il déploie ses ailes, quoi. Allez, faites-lui vite un câlin avant qu'il ne se casse pour de bon dans l'âge adulte! 

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