11/05/2014

Parce que je suis trop fière...

Dans la vie d'un prof, il y a (à la très, très grosse louche) deux sortes de moments, par rapport aux élèves: il y a les moments où l'on se dit "mais p*** de m*** de grrrr, qu'Est-ce qui m'a pris de vouloir faire ce métier de m****?????". Plus ou moins nombreux selon les cas, ces moments nous foutent du plomb dans l'aile, nous dépriment, puis nous forcent à une remise en question très inconfortable, puisque, quand on donne ce qu'on peut, tout ce qu'on peut, du fond du cœur, ça fait toujours mal de voir que ça ne fonctionne pas.

Heureusement, il y a les autres moments: ceux qui nous réchauffent, ceux qui nous raniment, qui nous boostent, qui nous donnent envie d'aller à fond, toujours plus loin, ceux qui nous font dire "Ah oui, je sais pourquoi j'ai choisi ce métier: c'est pour ça, ici, maintenant, avec eux."

J'ai la chance que ces moments, chez moi, soient (vachement) plus nombreux que les autres. C'est ça qui m'aide à "tenir", à bosser tous les week-ends, à passer des heures en corrections, à sans cesse tenter de m'améliorer, à ré-inventer mes cours presque chaque année. C'est ça qui fait que, après des années d'instabilité professionnelle, je me suis enfin posée quelque part où je suis bien.

Depuis quelques jours, en plus, je suis littéralement envahie par tous ces moments positifs. Mes élèves, en effet, ont présenté leur travail de fin d'études devant un jury, d'abord. Elles ont brillamment réussi (oui, j'ai une classe de nanas). Et comme en plus d'être sympas et brillantes, elles sont modestes, faudrait les entendre me remercier - j'en rougirais. Elles ont toutes réussi, même celle qui avait presque cessé d'y croire, suite à une énorme crise dans sa vie, qui a duré quelques mois. (entre parenthèses, quand je vois le quotidien de certains de nos "gosses", je me demande comment ils arrivent encore à se lever le matin pour venir à l'école!)

Hier encore, notre école avait ouvert ses portes au public pour montrer le résultat d'un travail en projets de toute une année. Et mes élèves m'ont fait pleuré. Pas de tristesse!!! Non: d'admiration, d'émotion, de... waouw! Moi qui ai, il est vrai, la larmichette facile, j'ai mis plusieurs heures à m'en remettre. Je n'ai jamais vu ça... peut-être parce que j'ai tellement stressé avant? (pour éclaircir votre lanterne, sachez, lecteurs, que ces jeunes filles - oui, encore un groupe de nanas - avait ré-écrit une pièce de Shakespeare, l'ont montée et jouée, et tout ça en dix jours de boulot... et elles étaient fucking bouleversantes!!! Ok, je savais qu'elles mouraient à la fin et je connaissais leur texte par cœur, mais à la scène finale, je n'ai pas pu retenir mes larmes. Rien qu'en y pensant, je serais presque prête à recommencer à braire, tellement elles étaient géniales!)

C'est pourquoi je vais le faire. Je vais partager. Pourtant, j'aime cette idée d'un (relatif) anonymat. Mais là tant pis, je suis trop fière. Je vous livre donc un lien "YouTube" d'une vidéo réalisée par une de mes (géniales) élèves pour critiquer les pratiques de Coca Cola. Elle est top - donc je vous encourage à la partager également.

Donc tant pis pour ma pudeur: la voici... et merci à cette jeune fille d'avoir été une fois de plus un moment "je sais pourquoi".

http://www.youtube.com/watch?v=hvxXI7b0H0c

21/01/2014

Parce qu'une fois n'est pas coutume... pétition à signer svp.

Je n'ai pas l'habitude de mettre des pétitions en ligne, et on est bien d'accord qu'il ne s'agit pas là du drame le plus déchirant de la planète. Mais enfin...

De quoi s'agit-il? En gros, de ce que font nos enfants après les heures scolaires.

Rares sont en effet les gens qui ont le loisir de reprendre leurs enfants directement après les cours: 15h30, c'est largement assez tard pour les gosses, mais pour un travailleur "normal", c'est à peine l'heure de sa pause-café de milieu d'après-midi. Nombreux sont les gens qui doivent rester jusque 17, voire 18h au boulot, et qui n'ont dès lors pas d'autre choix que de confier leurs enfants à d'autres.

Ces "autres", dont j'ai déjà parlé plusieurs fois ici, n'ont guère la vie facile: elles (souvent des femmes) voient en effet leurs effectifs se réduire comme peau de chagrin (on est passé de 20 gosses par adulte à parfois le double! Bonjour la sécurité!), elles ont trois francs six sous pour organiser des activités "constructives" pour canaliser l'énergie des têtes blondes (autrement dit, bien souvent, cela se termine par des après-midis télé), en cas de maladie elles ne sont pas remplacées, et enfin, c'est parfois à elle qu'incombe la responsabilité de faire respecter un règlement pas toujours adapté - à moins que l'idée ne soit d'étouffer nos enfants petit à petit (un exemple? Les gosses qui ne peuvent même plus chuchoter pendant leur temps de midi... et on s'étonne que certains pètent une case dès leur retour à la maison!).

Or, certaines écoles ont la chance (ou la bonne idée?) de se faire aider par des organismes indépendants, afin de pouvoir proposer de chouettes activités, pour un prix abordable, où les enfants s'amusent, socialisent, et pourquoi pas, apprennent. Ces asbl (l'asbl Pari, pour ne citer qu'elle) sont hébergées gratuitement par les écoles, ce qui leur permet de toucher leur public sans se soucier de la question du transport ni du coût que cela pourrait représenter pour les familles. Certes, les activités sont payantes, mais, je répète, abordables pour l'immense majorité.

Malheureusement, notre bonne ville de Liège n'a plus beaucoup de sous. Nous, citoyens, le voyons au coût toujours plus élevé des places de parking (toujours sympa si vous êtes obligés d'aller bosser en voiture, dans une école qui n'a pas son espace de stationnement: certains en sont à se demander si cela ne leur coûterait pas moins cher de rester à maison!), aux pensionnés qui ne sont pas remplacés, au budget scolaire qui fond comme neige au soleil. A présent, la nouvelle "brillante" idée de nos responsables communaux est de vouloir demander un "loyer" à ces organisations (j'ai entendu le chiffre de 7000 euros par an, quand même!), afin de combler certains trous de leur budget.

Oui mais... quid des valeurs de citoyenneté, de mixité sociale, d'école de l'ouverture, alors? Bien sûr, si ces organismes augmentent leur prix, il y aura toujours des gens qui auront les moyens de s'adapter. Mais les autres? Ceux qui n'ont pas d'autre choix que de laisser leurs enfants à l'école tous les jours jusque bien tard? Ceux qui sont seuls à les élever, avec 20 pelés jours de vacances par an? (ah oui, parce que pendant les congés scolaires, cette même asbl occupe les bâtiments pour des stages, selon le même principe: prix minimum pour un service maximum...) Ceux qui n'ont pas des grands-parents libres et/ou dévoués pour prendre en charge leur progéniture pendant tous ces jours de vacances?

Pourtant, ce n'est même pas pour ma propre pomme que je fais ça: moi j'ai la chance de pouvoir aller chercher mes enfants relativement tôt 3 jours par semaine, et ces asbl ne travaillent de toute façon pas dans leurs écoles. Mais j'ai beau n'y rien entendre en politique, il me semble que bien traiter la jeunesse et l'enfance, c'est investir pour l'avenir, non? Vous me direz que la plupart des politiciens ne voient généralement pas plus loin que leur mandat. C'est pour cela qu'il reste nous z'aut', les citoyens, les petites gens de rien du tout, pour dire les choses que ces messieurs-dames les "haut-placés" ne veulent pas toujours entendre.

C'est pour cela que je vous demande, vous que cela concerne ou émeut, de signer la pétition avant le 27 janvier.

https://13882.lapetition.be/

Merci pour eux!

04/11/2008

Le jeu du merci

Il y a des jours où je me sens triste, découragée, portant le poids du monde sur mes épaules, et où mon surnom pourrait être Kaliméro. Sans raison particulière. Par contre, à d'autres moments, je me sens capable de porter à moi toute seule l'univers entier, et les mains dans les poches, encore! Par moments, j'ai peur d'être devenue cyclothermique (vous savez, ce nouveau mot à la mode qui définit tout simplement une personne à tendance lunatique?), hormonale à souhait (car oui, certains jours du mois, j'ai tendance à être plus nerveuse, irritable ou triste), ou tout simplement de devenir, en vieillissant, un schtroumpf grognon chronique. Mais je me demande de plus en plus si ce qui m'influence n'est pas 'bêtement' le climat, ou plus exactement la luminosité.

Ce n'est en effet pas la température qui module ces sautes d'humeur. Il peut faire -20°, s'il fait sec et lumineux, j'ai la pêche, je suis heureuse, je me sens bien. Par contre, un 15° humide, gris, maussade et venteux, et je me recroqueville sur moi-même, je peste contre l'univers entiers, je n'ai plus envie de voir personne, ça ne va plus. J'en déduis donc que, de plus en plus, je fais partie de ces personnes dites 'luminosensibles'. Pour certains, c'en est à un point qu'elles nécessitent un suivi médical. Ainsi, une de mes anciennes collègues a acheté des 'lunettes' spéciales, disponibles en pharmacie, qui diffusent des ondes lumineuses (je ne sais pas exactement comment) semblables à celles du soleil (sans la nocivité, évidemment, enfin, j'imagine!), et qui régénèrent la partie du cerveau qui est en manque. Résultat: cette collègue, qui avait l'impression d'être devenue dépressive, tellement elle se sentait accablée, sans énergie, fatiguée, molle, est redevenue elle-même. Depuis, elle ne jure plus que par la luminothérapie...

Comme vous l'avez remarqué, aujourd'hui, il faisait beau, lumineux, magnifique. Quel bonheur de pouvoir observer les couleurs automnales sous le soleil! D'ailleurs, tout à l'heure, si vous avez croisé une idiote regardant les feuilles avec un sourire niais, c'était probablement moi...

Je ne peux malheureusement pas vous garantir un soleil constant tout l'hiver (snif!), par contre, cette belle journée d'automne m'a donné envie de jouer avec celles et ceux qui le souhaitent au 'jeu du merci'... N'hésitez donc pas, dans vos commentaires ou sur votre blog, à écrire vos réponses et réactions!

Le jeu, très simple, consiste à énoncer 10 raisons que vous avez de dire 'merci'. Merci à la vie, au monde, à un être supérieur si vous y croyez, donc merci pour la chance que vous avez. Ainsi, quand les moments 'Kaliméro' reviendront, vous aurez, comme moi, qqch pour vous rappeler qu'après tout, tout n'est pas si noir. Une touche de rose dans un monde de brut, quoi!

Voici les miennes :

  1. J'ai 2 enfants parfaits, entendez par là (je touche du bois je touche du bois je touche du bois) en bonne santé, qui ont l'air (jusqu'à présent) bien dans leur peau, sans compter qu'ils sont magnifiquement magnifiques, puis intelligents, charmants... lâchez les pierres, j'arrête! ;-)
  2. J'ai un homme merveilleux, mon meilleur ami, qui est tjs là pour moi, quand ça ne va pas, mais aussi quand ça va, à l'écoute, il croit en moi, il me soutient, il m'aide dans la logistique, et en plus il est un père parfait!
  3. Je ne sais pas si ça peut compter pour une 3è raison, mais les 1 et 2 ensemble font que j'ai l'immense chance d'avoir un foyer qui en est un vrai, un havre de paix, de repos, qui me ressource, me retape, me régénère. Je ne pourrais d'ailleurs jamais avoir un boulot d'executive woman partie en voyage d'affaires 2 semaines sur 3, quel que soit le salaire proposé : j'ai simplement besoin de ma famille pour fonctionner.
  4. J'ai un boulot que j'adore, qui allie contact avec plein de jeunes intéressants, et avec des collègues sympas, un horaire qui change de jour en jour (j'aime bien), et qui, cerise sur le gâteau, permet une véritable vie de famille. De plus, quand les loustics me posent une colle, il y a tjs un 'spécialiste' en salle des profs qui peut m'éclairer...
  5. J'ai une famille (au sens parents-fratrie) qui est là pour moi, et où, la plupart du temps, on évite les grosses bagarres, même à Noël. Ce qui, d'après les témoignages que j'ai déjà entendus, relève presque de l'exploit.
  6. On a eu la chance d'avoir été 'virés' de la maison qu'on louait, sinon on n'aurait jamais bougé nos fesses pour acheter, et au prix actuel on n'aurait jamais les moyens... donc un grand 'malheur' est finalement devenu un coup de bol! A présent, on a notre nid et si on veut, on ne déménagera plus jamais!
  7. J'ai eu la chance de pouvoir voyager dans pas mal d'endroit, et de pouvoir apprendre les langues (enfin, j'en connais pas mille, hein! ), ce qui me permet à présent d'éviter de nombreux clichés sur 'les étrangers'. Moi aussi, j'ai été 'étrangère' plein de fois, ça ne m'a pas transformée en voleuse/menteuse/profiteuse/criminelle!
  8. J'ai des amis. Des gens chouettes, qui savent, même discrètement, me montrer qu'ils sont là et que je peux compter sur eux. Merci les gars!
  9. On est dans un pays au climat tempéré, au régime politique et social humain, où être une femme n'est pas un arrêt de mort, où être 'différent', que ce soit par ses opinions politiques, ses préférences sexuelles, sa religion ou son état de santé, n'est pas synonyme de rejet ou de marginalisation.
  10. Puis finalement... savoir reconnaître qu'on a de la chance, n'est-ce pas aussi une chance en soi?

Et j'oubliais... (ok, ça fait 11, je triche, mais c'est MON blog, après tout!) j'ai la chance d'avoir pu créer ce blog, même si c'est loin d'être devenu ze must de la blogosphère (et ce n'est VRAIMENT PAS mon but!), car après tout, écrire sur internet, c'est un peu comme lancer plein de petites bouteilles à la mer, et d'attendre qu'elles nous reviennent! Et à vos commentaires, je vois que certaines reviennent très joliment. Donc merci à vous aussi! (j'me la pète, on dirait un présentateur télé, à quand une émission 'les tartines de catherine' sur TF1? Rassurez-vous, je blâââk!)

Allez, je me tais... à vous à présent!

17:31 Écrit par Catherine dans La tartine partagée | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

06/07/2008

Appel aux lecteurs et -trices

Bonjour à tous,

A la veille des départs en vacances, j'aimerais vous donner la parole sur un sujet qui m'est cher : la lecture. Je vais évidemment partir avec une valise de bouquins, mais ce n'est pas tjs facile de trancher. De plus, dès la rentrée, je vais demander à mes élèves de choisir 3 livres à partir d'une liste imposée. Comme je n'ai pas la prétention d'être une grande connaisseuse de livres pour ados, si vous avez des tuyaux, merci de les partager! Attention : comme il s'agit d'un cours d'anglais fort (immersion), je donne ma préférence à des auteurs anglophones - et en tout cas pas des francophones, puisqu'ils sont sensés les lire en VO. Merci également de dire à votre avis l'âge approximatif du lecteur! (mes élèves sont âgés de 12 à 18 ans).

J'ouvre le bal en vous soumettant qqs trouvailles:

  1. David Grossman, 'Quelqu'un avec qui courir' : Assaf, 15 ans, travaille à la mairie de Jérusalem quand on lui donne l'ordre de retrouver le propriétaire d'un chien errant. Et les voilà partis dans les rues de Jérusalem, où Dinka (le chien) va mener Assaf progressivement, au fil des rencontres, vers sa maîtresse, Tamar, qui semble occupée à une mystérieuse mission de sauvetage... Génial, j'ai adoré, roman d'initiation, d'amours (car différentes sortes d'amour, dont l'indispensable amour de soi), de découverte de soi et de l'autre, je l'ai lu deux fois de suite. Age : 15-17 ans.
  2. Melvin Burgess: (connais pas le titre français) : The baby and Fly Pie : pas super optimiste, touchant, dur, l'histoire de mômes qui vivent du commerce des déchets des autres, jusqu'au jour où ils 'trouvent' un bébé que des malfaiteurs ont kidnappé contre une rançon. A la mort du dernier malfrat, ils décident de prendre le bébé et de le rendre à ses parents. Age: 12-14 ans.
  3. Burgess m'a mis l'eau à la bouche et je m'en vais acquérir ses romans pour ados plus âgés : Lady, Junk et Doing it, pour voir ce que ça vaut.
  4. ... A vous!

16:34 Écrit par Catherine dans La tartine partagée | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |