27/09/2016

J'ai testé pour vous: Les calmants et stimulants pour enfants

Oui, vous avez bien lu. Je m'avoue vaincue. Je renonce à mon approche intuitivo-naturelle basée sur (ce que je croyais être) le bon sens. J'écoute enfin ce qu'on me dit...

Pourtant au départ mes enfants abordaient la rentrée de manière assez zen, comme d'hab, quoi. C'est alors que j'ai eu la bête idée d'allumer la radio... Partout, sur toutes les chaînes, les journalistes n'avaient qu'un mot à la bouche: le stress. Ben oui, forcément, les enfants de parents intelligents savent ce qu'il se passe à l'extérieur de leurs murs rose bonbon, donc au lieu de bêtement faire confiance à l'avenir, les fées, le karma, ils regardent, ils observent... donc ils stressent. 

C'est ce qu'on nous a répété, en tout cas: à chaque bulletin d'information, j'entendais que les enfants avaient le coeur serré, l'estomac noué, les mains moites... je me suis donc dit que moi, j'avais dû louper quelque chose! Mes enfants à moi, j'avoue, ne stressaient pas du tout! Ils soupiraient, certes, de ne plus pouvoir glander au lit jusque pas d'heure, de redevoir aller dormir tôt, de recommencer à courir... mais c'était plus de la nostalgie anticipée que du vrai stress! Je leur ai donc parlé du monde qui nous entoure. Du fait que l'école ça fait peur. Que, bordel, y a pas de raison pour que la pression ne soit que sur notre tronche à nous, les adultes. Qu'à présent, ils sont respectivement en 2è et 6è primaire, et en secondaire pour le grand, donc que fini de rigoler, les petits cocos. Leur (manque d')avenir se joue maintenant, là, tout de suite, et ils n'ont pas droit à l'erreur!

Je leur ai parlé des mesures anti-jeunes du gouvernement, qui les mettrait dans la merde aussitôt sorti de chez nous - enfin, pour ceux qui y arrivent. Je leur ai parlé des mesures anti-vieux du gouvernement, pour leur annoncer dès à présent que si eux seront des Tanguy (forcément, si t'as droit à zéro revenu d'intégration dès l'âge de 24 ans et que tu ne trouves pas de boulot avant 28 ans - et attention, à 45 ans t'es vieux et plus baisable employable, tu vis où? Chez nous!), nous, entre pas de retraite, punis si au chômage mais pas engagés si déjà vieux, ben nous on comptera sur eux très, très vite pour prendre soin de nous!

Je leur ai aussi parlé du monde extérieur: montée des extrémismes de tous bords, qu'ils soient religieux ou politiques (car la réponse extrémiste marche du tonnerre, c'est bien connu!), repli sur soi à jouer à Pokémon Go, risques de guerre, risques de croisades, risques de bouffer du poulet au chlore, risques de ne plus pouvoir se soigner.

Je leur ai enfin parlé de tous les risques pour leur santé de notre style de vie moderne: ondes, perturbateurs endocriniens, légumes et fruits mortels si pas bio (manque de bol: quand t'as pas de boulot t'as pas de fric - donc tu meurs? La voilà la solution contre le chômage!!!), ils seront des adultes au mieux allergiques, sinon, stériles (autre processus de sélection "naturelle", peut-être?), et en tout cas, malheureux, fauchés, accros à plein de trucs et sans amis.

C'était dur, mais j'ai réussi: là, mes enfants sont enfin stressés comme il se doit. Donc j'ai pu leur donner des calmants - oui, mais pour enfants. Nous voilà (re?)devenus normaux. Nos enfants sont lobotomisés déstressés.

Il me restait cependant à les stimuler suffisamment, histoire de dire que j'aurais essayé de braver le destin. J'ai donc dû leur concocter un petit programme personnel à chacun, afin quand même d'en faire des gens un peu intéressants, et pas juste des bêtes gosses qui s'amusent avec un bout de bois, type hippie des années '70. Dorénavant, le mot d'ordre est "stimulation" et "professionnalisme". Cours de langues, cours de musique, 3 sports différents, au cas où ils seraient prodiges dans l'un des trois, c'est fini de s'amuser, les gars, il est temps de devenir rentables, parce que pour vos vieux, c'est quasi foutu! Moi j'ai l'âge d'être une vieille pour les employeurs, et votre père y est presque!

Mais ces crétins d'enfants ont eu un peu de mal à suivre le rythme... ils croient quoi, eux? Qu'une fois adulte, une semaine de 40h suffira? Autant les préparer dès aujourd'hui, non? Une activité par jour (sauf le mardi, le jeudi et le samedi où y en a deux), ça me semble assez raisonnable, pour commencer, non? Mais comme ils avaient un peu tendance à devenir grognons et à piquer du nez dans leurs assiettes, on a tenté les stimulants. Et vous savez quoi? ça marche!!! Il FAUT alterner les deux, et ne SURTOUT PAS confondre l'un et l'autre (erreur de débutant, mais la nuit fut looooooongue à les calmer!!!). Pas dépasser la dose non plus, même si vous pensez que c'est nécessaire: trop de stimulants, ça leur fait péter une case, et trop de calmants, ben, ça les endort un peu, et parfois pour assez longtemps... reposant pour les parents (presqu'autant que la tablette/babysitter, mais sans le côté super pédagogique de la chose) mais si ça dure trop longtemps, un brin stressant aussi, quand t'arrives pas à les réveiller, les cons!

On a donc un peu tâtonné au début mais là, ça roule, ils se sont adaptés! Ils sont de bons citoyens devenus enfin un peu productifs - ou presque. Certes, ils ont un peu perdu de leur spontanéité, ils semblent parfois un peu absents, leurs yeux ont un peu changé... mais c'est pour leur bien, non? Et là, au moins, moi je me sens bien d'avoir écouté les bons conseils des médias, tous des spécialistes de l'enfance. Puis au moins, là, si mes enfants deviennent quand même des losers, des rêveurs, des idéalistes, bref, des gens inefficaces... moi, je n'aurai rien à me reprocher. Parce que, pour une fois, j'ai voulu, ET je me suis procuré, le meilleur pour mes enfants.

04/05/2016

Faut-il mettre son enfant en immersion?

Tout autre sujet pour entamer cette journée qu'on nous promet ensoleillée et printanière... Aujourd'hui, je ne râle pas, je "recrute"!

A l'heure où l'on demande de plus en plus aux travailleurs (pour de moins en moins en retour, mais ça c'est un autre problème), être multilingue semble être devenu, si pas indispensable, pour le moins plutôt bien vu. Mais il semblerait que beaucoup de francophones aient certaines difficultés pour les langues dites "difficiles" - en gros les langues germaniques.

Malgré sa réputation de "laide langue dure et métallique" (hé les gars, écoutez un peu autre chose que les archives des discours d'Hitler, quoi! - je vous conseille le groupe "Element of Crime" pour essayer), moi j'ai toujours adoré l'allemand, depuis toute jeune. Était-ce une intuition que j'allais en avoir besoin pour communiquer avec ma belle-famille? Sans doute que non. Toujours est-il que, dès que j'ai pu, j'ai choisi les cours d'allemand.

A l'université, j'ai étudié les langues germaniques - anglais et allemand, donc. L'anglais, au retour d'une année aux USA, ça allait forcément pas mal. Par contre, en allemand... j'en ai franchement ch... Cours d'été, deuxième sess' systématiques, mon parcours ne fut pas tout rose. Mais, après de nombreux incidents, j'ai enfin pu dire ça y est, je suis bilingue...

Quand on cherche un emploi en Belgique francophone, il est vrai que le néerlandais est extrêmement demandé (ainsi que l'anglais). Mais... si vous parlez allemand, les quelques offres où il est indispensable sont pour vous! A un moment de crise économique importante, moi j'avais le choix entre plusieurs employeurs, juste parce que je parlais allemand vraiment couramment. Cela nous a d'ailleurs sauvés plusieurs fois, à un moment où le grain manquait un peu dans l'étable...

Forts de ces expériences, lorsque la Ville de Liège a décidé d'ouvrir une école d'immersion allemande, nous n'avons pas hésité: c'est là que notre fille ferait sa scolarité.

La plupart des parents, du moins ceux qui ne sont pas familiers avec l'immersion, tendent à hésiter, pour les raisons suivantes:

  • La peur que la langue maternelle ne soit pas suffisamment maîtrisée;
  • La peur que l'apprentissage de la lecture ne se fasse pas au rythme souhaité;
  • La peur que l'apprentissage d'une langue et les apprentissages de base ne "clashent";
  • La peur qu'ils n'aient pas le même niveau que les autres en fin de primaire.

Je suis enseignante en immersion, et me voici à présent maman en immersion, et je peux vous affirmer que ces craintes n'ont pas lieu d'être. Je vais les décomposer une par une.

1) Maîtrise de la langue maternelle

En immersion précoce, les enfants commencent la langue immersive à 5 ans, en 3è maternelle. Pourquoi pas plus tôt? Justement, afin que cette langue maternelle, quelle qu'elle soit, soit bien fixée dans la tête de l'enfant. Bien sûr, cela veut dire qu'il faut continuer à parler à l'enfant, à lui lire des histoires dans la langue "de la maison". (ne pas mélanger: un endroit, une langue, c'est la règle - sauf si bien sûr vous parlez déjà allemand à la maison!!!)

Cela peut vouloir dire aussi que, pour un moment, l'enfant va peut-être mélanger les deux langues, notamment pour les nouveaux concepts appris en langue immersive. Mais vous serez surpris de voir à quel vitesse ils font eux-mêmes la transition, le "pont", si vous voulez. Je vais être complètement honnête: mes élèves d'anglais font parfois des fautes d'anglais en français (orthographe), genre language, comfort, charactéristique etc... (moi aussi, d'ailleurs!). Mais franchement, pour avoir sous les yeux des copies d'élèves de non immersion, ce ne sont pas eux les pires en orthographe!!! g vus des fôte a tombé partèr ché les autre!

2) L'apprentissage de la lecture

Là, je ris carrément... J'ai peut-être (sans doute) un enfant génial. Mais ma fille, qui est en train d'apprendre à lire en allemand, lit en français à un niveau que je trouve assez bluffant! Elle lit couramment les livres de son âge, à une vitesse de quasi conversation, en posant sa voix pour la ponctuation (= signe qu'elle comprend ce qu'elle lit), je ne sais pas où elle a appris ça! Enfin, si: elle tentait de lire, nous corrigions, et d'elle-même, elle "analysait" le son, la règle. Sans doute le fait de déjà faire des liens entre deux langues favorise-t-il une approche analytique - plus le fait évidemment qu'elle est le fruit de deux parents littéraires! L'immersion favorise, mais ne fait pas de miracle - pas plus que l'enseignement non immersif, d'ailleurs! M'enfin, en l'entendant, moi je dis "waouw"!!!

3) Clash entre langue et apprentissages

L'enseignement immersif, paradoxalement, ce n'est pas l'apprentissage d'une langue - enfin, pas que. C'est l'apprentissage du reste, par le biais d'une langue étrangère. La langue est donc le médium, pas le but. Et à l'âge de 5-6 ans, les enfants sont super réceptifs. Ils apprennent donc les concepts, les compétences, sans se rendre compte que la langue immersive "rentre" toute seule par la même occasion. Donc oui, ça leur arrive de raconter à la maison que "on a appris que les Pinguine savent très bien tauchen aber nicht fliegen", mais si on leur demande ce que ça veut dire en français, ils savent très bien ce qu'ils racontent.

4) Différences de niveaux

Vous trouverez toujours un enfant qui fait "mieux". Toujours. Mais, au vu des nombreux tests réalisés depuis des années, il semblerait qu'au CEB (certificat de fin d'études primaires), les enfants aient des résultats égaux ou supérieurs aux enfants de non immersion. Et le CEB se fait en français...

Dernière question: faut-il forcément connaître l'allemand (par exemple) pour mettre mes enfants en immersion?

Très honnêtement, ça peut aider - ou tranquilliser: comme ça vous avez vue sur ce que l'enfant fait - mais ce n'est pas indispensable. Au contraire: l'enfant apprend, en plus de tout le reste, l'autonomie, et puisqu'il doit vous expliquer ce qu'il a fait ou ce qu'il doit faire, il doit donc automatiquement faire des liens avec la langue de la maison! L'idéal pour les parents indignes comme moi, qui n'ont pas forcément le temps de passer mille heures aux devoirs!

Un tout petit "moins", peut-être, pour rester crédible: l'immersion, du moins au tout début, est peut-être un peu plus fatigante. Ou c'est moi qui ai une chochotte. Mais franchement, honnêtement, je ne regrette pas une seule seconde que nous ayons fait ce choix. Je continue à dire que l'immersion ne convient pas à tout le monde. Si vous avez un enfant qui est super "dys", ça peut augmenter la difficulté (même si certains de mes élèves le sont, et sont déjà en fin de parcours secondaire). Si votre enfant est matheux pur, càd qu'il n'a pas spécialement le sens de la phrase, du mot, de l'orthographe en français, vous verrez les mêmes difficultés ou faiblesses en langue immersive. Très souvent, d'ailleurs, le prof de français et moi-même avons la même vision de l'élève. Après tout, être francophone ne suffit pas pour pouvoir écrire des dissertations ou des romans! Ben c'est pareil en immersion...

Mais au moins, vous pouvez être sûrs que votre enfant ne versera pas des larmes de sang pour apprendre l'allemand, ses déclinaisons, sa structure, comme moi j'ai dû le faire voici quelques années. Chez lui, ça se fait tout seul. De plus, les autres profs de langues remarquent souvent une plus grande "ouverture" aux autres langues étrangères chez les élèves d'immersion. Donc... une idée à creuser si vous avez des petits bouts en âge de rentrer en maternelle???

 

01/05/2016

Les petits bonheurs en devenir

ça fait un moment que je n'ai plus rien écrit. Depuis, finalement, qu'une bande de trous du cul ont décidé de faire sonner la fin du printemps.

Triste printemps que celui de 2016: le temps, qui est resté bien moche pendant bien longtemps (paraît que "ça va aller mieux"... j'en caresse l'espoir!!!); l'angoisse qui prend à la gorge, soigneusement entretenue par les médias (objet d'un prochain billet, d'ailleurs); les mesures prises par notre gouvernement, qui vont dans le sens de notre "c'est todi les p'tits qu'on sprâtch" - autrement dit c'est tjs les petits qu'on écrase; le monde qui va toujours plus mal et dans lequel je me sens de moins en moins appartenir...

J'ai régulièrement des envies de coups de gueule, de révolte, de révolution, même - mais je ne me retrouve pas non plus dans la "lutte syndicale" actuelle, qui me semble plus des opérations sans réflexion d'une bande de barons trop bien assis depuis trop longtemps. J'ai l'impression que, de plus en plus, leur définition de "solidarité" est surtout "votez pour moi et ne m'emmerdez pas". Travailler pour les autres? Quels autres?...

J'ai régulièrement des envies de crier mon indignation, mon horreur, même, devant tant de moments de l'actualité. Un exemple parmi tant d'autres? Le type qui a donné l'alarme dans l'affaire du Luxleaks (des banques qui donnent des conditions avantageuses aux gens riches qui ne veulent pas payer de taxes chez eux), et qui risque des années de prison. Pas ceux qui fraudent l'état pour ajouter des millions à leurs millions, nooooooooon, ceux-là ont sans doute les bons copains! Comme l'a dit mon collègue, c'est un peu comme si t'entends un enfant crier parce qu'on le maltraite, tu entres dans la maison pour le sauver, et t'as un procès pour effraction... Allô le monde, quoi!

Tous ces moments qui me font douter de ma place, de l'humain, de tout ce qui me tient debout...

Et pourtant la nature s'est réveillée, les arbres sont en feuilles, à présent, c'est fini les petites branches minables et nues. Les fleurs explosent partout, du rose, du blanc, du jaune, c'est beau. Bientôt la ville va encore sentir partout les fleurs de marronniers, et j'aime trop ça!!!

Les jeunes gens que je fréquente au quotidien, même si eux aussi me frustrent souvent, quand on leur parle vraiment, on voit à quel point ils peuvent être mûrs, réfléchis, lucides et naïfs en même temps. Laissons-les s'indigner, laissons-les croire qu'ils peuvent changer le monde... Après tout, c'est eux, les adultes de demain, peut-être réussiront-ils là où nous, les vieux, on a échoué???

Peut-être... L'idée m'aide, en tout cas!

Autre bonheur en devenir: les vacances... On a réservé, ça y est, on va partir au soleil tous les 5, une fois de plus. Bien sûr, ces deux semaines de respiration ne peuvent pas être notre seul but, genre "on sera bien à ce moment-là", on doit y travailler au quotidien! Mais au moins, on sait que pendant ces quinze jours, on arrête de courir et qu'on prend juste le temps d'être bien ensemble.

Il y a du soleil. Et j'ai beau trouver ça pathétique d'en dépendre à ce point-là, moi, quand l'astre du jour ré-apparaît, j'ai l'impression que tout redevient possible. Et je repense à mes petits bonheurs en devenir...

19/11/2015

Leur en parler, mais comment?

Semaine morose. L'humanité a la gueule de bois.

Entre les échéances qui s'accumulent en cette fin de période, les tas de corrections et les journées de 12 heures, entre les différentes obligations professionnelles et personnelles, il y a le devoir de parole.

La ministre est bien claire: c'est aux enseignants de parler à leurs élèves, c'est à eux d'expliquer, de rassurer, de temporiser... ben oui, forcément, on sait comment, non? On a lu des bouquins, on a écouté des trucs intelligents, donc, forcément, on trouvera bien les mots justes...

Ou pas...

Moi j'avoue que depuis le début de la semaine, j'ai la bouche cadenassée. L'enseignante se tait, parce que l'humain, la maman prend toute la place dès que je pense à ces attentats.

J'ai tenté deux fois de prendre la parole devant mes élèves - deux fois, j'ai pu articuler deux phrases, puis les larmes me sont montées aux yeux et je me suis étranglée. Je n'arrive pas encore à gérer mes émotions. Je suis démunie.

J'admire les collègues qui arrivent à séparer leurs émotions et leurs réflexions. Moi pour l'instant je n'y arrive pas. Je ne suis pas quelqu'un de rapide, déjà au départ, intellectuellement. Je veux dire par là que je dois "percoler" les informations, surtout celles qui me touchent, avant de pouvoir sortir quelque chose d'intelligent et de réfléchi. Je ne suis pas comme un site internet d'informations, "updatée" toutes les 3 minutes. J'ai besoin de temps.

Or les enfants demandent des explications immédiates, des réactions... Je n'ai pas pu le faire. Oui, je leur ai donné l'occasion d'en parler. Mais j'ai besoin de temps de réflexion moi-même avant de pouvoir partager avec eux.

Parce que moi aussi, j'ai peur. Sans doute pas pour les mêmes raisons qu'eux: objectivement je ne me dis pas à chaque moment que je peux recevoir une balle dans le corps. Je n'ai pas non plus (pas encore?) peur pour leur sécurité physique. Par contre j'ai peur pour l'avenir du monde. Ce monde qui va si mal, et qu'on semble ne pas pouvoir aider. Je me sens inutile, impuissante, frustrée. Je ne regrette évidemment pas l'existence de mes enfants, mais je me prends à penser "je vous comprends" quand mes grands élèves me disent que eux n'en veulent pas. Qu'ils pensent de plus en plus que mettre des enfants au monde est une folie. Même si, d'un autre côté, c'est faire un pari pour l'avenir, un pari pour l'espoir. Je suis partagée - et ce n'est pas confortable.

J'ai également peur des réactions du monde politique. Des mesures - forcément sécuritaires et paranoïsantes (je fais des néologismes) qui sont en train d'être prises. J'ai peur de cet état d'urgence qui risque d'excuser tout manquement aux droits fondamentaux individuels, puisque "la sécurité avant tout". Je suis bien d'accord qu'il faut sans doute renforcer la surveillance pour l'instant... mais doit-on absolument prendre des mesures définitives maintenant, alors qu'on est en plein dans l'émotionnel?

Moi je me connais: je sais que c'est l'un ou l'autre, l'émotion ou la raison, mais rarement les deux en même temps. Mais suis-je vraiment la seule au monde? D'un autre côté, disposons-nous de ce temps de réflexion? Ce qui est valable pour moi, petit individu isolé, peut-il, doit-il être valable pour les dirigeants d'un pays?

Je n'ai pas de réponse... juste des questions.

J'ai donc pu, cette semaine, jouer (très mal, vu mon début de semaine de fou, 36h de boulot au compteur hier soir) mon rôle de maman, et tenter de rassurer un de mes enfants qui se sentait menacé. Je vais rester attentive et à l'écoute envers eux. Par contre, mon boulot d'enseignante "qui sait trouver les mots justes"... pas encore, Mme la Ministre. Mais y en a-t-il, des mots justes?

Je vais sans doute tenter de trouver de l'aide dans ce qui est publié par des gens dont c'est vraiment le métier. Des philosophes. Des "penseurs". Moi je ne suis que prof d'anglais... Mais il va me falloir du temps. Pour l'instant, je suis toujours "prisonnière" de mes tripes. Je suis toujours dans l'émotion.

 

Dix minutes après, je partage ceci avec vous:

http://cafe-sofia.com/des-textes-qui-ont-eclaires-nos-journees-et-cetait-pas-gagne/

Pas des philosophes professionnels, juste des gens comme vous et moi, mais qui m'ont fait du bien. Merci à eux. Vous m'avez rappelé que "un arbre qui tombe fait plus de bruit qu'une forêt qui pousse". J'en avais besoin. Merci.

15/11/2015

Continuer à y croire...

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Une fois de plus, l'horreur et la barbarie font parler d'elles. Une fois de plus, avoir foi en l'humanité est une gageure, voire carrément un signe de débilité profonde. Une fois de plus, ceux qui n'ont pas assez confiance en leur foi et leurs "valeurs" tentent de nous les imposer par la force. Sans se poser de questions. Fais-toi exploser, mec, t'iras au paradis après (big fucking deal, d'après moi, mais je fais partie des "mauvais", sans doute).

Une fois de plus, on a la tentation de ne plus y croire... et pourtant, jamais la foi en l'humanité n'aura été aussi importante, essentielle, une arme contre la connerie et l'horreur. C'est vrai que les humanistes et les pacifistes font moins de bruit, même à 100.000, qu'un seul crétin qui se fait exploser. C'est vrai qu'une poignée d'extrémistes peut, en apparence, réduire tout un peuple à la terreur. Mais en apparence seulement.

Amis parisiens, amis français, amis du monde, simplement, comme vous avez raison de clamer "on doit continuer à vivre". Respect, les gars...

Quant à moi, ici, qui suit devant mon petit écran, comme tout le monde, le défilé d'images atroces, les témoignages de gens perdus, désemparés, mais forts, mais dignes, comme vous, je décide de continuer à y croire. Malgré mes larmes. Malgré la boule au ventre. Malgré l'envie, moi aussi, de prendre une kalashnikov et de vous venger. C'est pas gagné, je ne suis pas sûre d'y arriver, mais je VEUX continuer à y croire!

Croire en quoi?

Croire que les braves gens sont plus nombreux que les autres. Croire que, si on se met TOUS ENSEMBLE, sans plus de distinction de fucking communautés, fucking "races", encore plus fucking religions, on gagnera contre les connards. Contre les barbares. Contre les ignorants.

J'ai des enfants - je n'ai pas le choix. Je n'ai pas envie de leur laisser la peur en héritage, la méfiance en héritage, le racisme et les amalgames faciles en héritage.

Je continue à soutenir que nous devons ouvrir nos portes aux réfugiés qui tentent, eux aussi, de fuir la barbarie. Je continue à clamer que, peut-être un jour, l'humanité entière sera éclairée, comme justement la France du 18è siècle. J'attends les Voltaire, les Diderot, les Montesquieu de l'autre côté, ceux qui, avec leurs mots, feront réfléchir et penser (ENFIN!) les crétins crédules. Je veux résister à l'appel de la haine de l'autre - quel qu'il soit.

Peut-être que je me plante. Peut-être que ce sont eux qui vont gagner. Quoique... tant qu'il y aura des gens qui oseront se lever pour crier "non", ils n'auront pas vaincu.

J'ai du mal à trouver des mots... peut-être parce qu'il n'y en a pas. J'envoie donc par les ondes un gros hug collectif à tout un peuple blessé. Très sincèrement.

Nous devons continuer à y croire... JE dois continuer à y croire.

Je suis Paris.

31/08/2015

Allez, j'essaie encore une fois!

En me relisant, je me rends compte que je radote un peu - ça doit être l'âge... Chaque année je fais des vœux extravagants de passer une année scolaire cool, zen, agréable, sans me laisser bouffer, sans me transformer en harpie dès que j'ai trop de boulot (càd dès le 2è jour), de rester souriante, positive... et chaque année je me plante lamentablement dès la 2è semaine d'automne. J'arrête ou je continue?

Je suis une optimiste: je retente le coup. Le secret de ma préparation cette année? Pas de préparation...

Ben oui, chaque année j'ai l'habitude de tout prévoir, tout acheter, tout remédier... et ça foire. Donc cette année, c'était pas "prévu" comme ça mais les choses ont fait que je suis vachement moins préparée... donc forcément (?!) plus zen - càd que je n'ai pas vraiment encore pensé à la rentrée: après tout, ce n'est que demain!

Je n'ai pas remis mes enfants progressivement à l'heure: quand j'entends certains parents qui ont pris tout le mois d'août pour "préparer" les leurs, moi j'ai pas eu envie de leur pourrir tout un mois de vacances à penser à la rentrée. Hier ils sont allés dormir tard - enfin, mon tard, qui doit être le crépuscule chez certains! On avait envie qu'ils profitent encore un peu. De toute façon le premier vendredi, quoi qu'on fasse, on est tous nases... donc autant se faire du bien le plus longtemps possible!

Mon sac n'est pas encore prêt - il le sera, mais cool, pas envie de m'embêter trop vite. Pareil: si je passe ma dernière journée de vacances à trop préparer, j'aurai l'impression qu'on me la vole un peu. J'ai envie d'encore me faire du bien -  même s'il faudra bien s'y mettre, j'ai déjà des corrections à faire pour demain...

Ma tête n'est pas encore prête: je pense plus au concert que je vais voir demain soir (un soir de rentrée, quelle décadence!!!) qu'à la semaine marathon qui m'attend.

C'est pas grave si tout n'est pas parfait aujourd'hui.

C'est pas grave si tout n'est pas parfait, jamais.

C'est pas grave si les syllabus que j'ai créés pendant tout le mois d'août ne sont pas imprimés à temps - j'improviserai en attendant.

C'est pas grave si je n'ai pas préparé mes leçons pour les 18 prochains mois: ça ira de toute façon mieux dès que j'aurai mon horaire et mes groupes.

C'est pas grave si dès demain j'ai l'impression qu'on veut me bouffer: à moi de ne pas me laisser faire.

C'est pas grave si l'automne arrive bientôt: cette année je teste l'acupuncture contre la déprime saisonnière, j'espère que ça va marcher - ça ne peut tjs pas faire de mal!

Le soleil brille dehors... à moi de faire en sorte qu'il brille aussi dedans.

Excellente rentrée à tous!

09/07/2015

La révolution des dinosaures

De plus en plus, dans ce monde qui bouge, qui bouge, qui court, qui court, qui accélère de plus en plus, je me sens mise à l'écart. Ma grand-mère, en fin de vie, a dû avoir un sentiment similaire devant notre langage qui évoluait, notre technologie de fin de 20è siècle, nos préoccupations tellement loin des siennes, puis nos mœurs, aussi: pilule, avortement, union libre... quel changement par rapport à sa vie de jeune fille née tout juste à l'aube de la Grande Guerre! Sauf que elle, elle avait 80 ans, en fin de vie. Moi, je suis à la moitié, et je suis déjà larguée.

Mais finalement, c'est quoi, la "branchitude"? Un tas de tics de langage, de gestes et de fringues, qui semblent cools à une poignée d'initiés, aujourd'hui, maintenant, ce soir, mais qui seront ringards et dépassés dès la semaine prochaine? Des modes "révolutionnaires" - et qui cessent de l'être tout aussi vite, puisque suivies et adoptées par les 3/4 de l'humanité? Donc finalement, avec ma lenteur de réaction (oui, je suis comme une machine à café ancien modèle, moi j'ai besoin de "percoler" les choses avant de passer à l'action!), avec mes idées, mes envies, mes désirs plutôt fixes, ne suis-je pas une espèce quasi révolutionnaire? L'idée m'amuse, et je trouve l'image plus positive que "espèce en voie d'extinction"! J'ai donc tenté de creuser un peu plus dans cette direction, pour voir si elle est viable.

Au niveau familial, déjà, ça se tient: non seulement j'ai trois enfants, mais je les ai eus tous les trois avec le même homme (quoi???), et je suis toujours avec. Et ça se passe pas trop mal, je l'aime assez bien, on se supporte, on recherche même carrément la compagnie l'un de l'autre! Pareil pour nos enfants: nous sommes une famille au fonctionnement assez fusionnel, on aime être tous les cinq, et on apprécie les journées où l'on ne doit pas forcément courir comme des fous pour les différentes activités de tous. L'ambition "être bien" dépasse l'ambition "devenir champion"... Y a 10 ans c'était ringard. Là, je trouve qu'on est effectivement quasi précurseurs: puisque de toute façon le nombre d'emplois va diminuer de plus en plus, le niveau de vie de la majorité aussi (hé non, on ne fait pas partie des 10%, nous!), pourquoi ne pas se recentrer sur les vraies valeurs (mais non, pas le nombre de like sur ses réseaux sociaux!!!!), celles que personnes ne peut nous dérober et qui tiennent chaud même en temps de crise?

Découlant directement de ceci, notre façon d'élever nos enfants est aussi un pari pour l'avenir - contrairement à l'éducation anti-autoritaire! Ne me dites pas qu'en en faisant des enfants-rois on pense au futur de l'humanité (sauf si vous pensez que votre chérubin est le futur empereur de l'univers, mais si c'est le cas je ne peux plus rien pour vous!). Déjà à l'échelle d'une classe, imaginez-vous devant une vingtaine de ces petits chéris, tous persuadés qu'ils sont l'unique solution contre la guerre, la tristesse et la cellulite, et que, bien sûr, ils ont toujours raison, tout le temps... alors si on multiplie par plusieurs milliards, au secours! Notre façon de faire - à savoir n'emmerde pas ton voisin et tu multiplies les chances qu'il ne t'emmerdera pas - me semble à la longue beaucoup plus sustainable. Bref, on révolutionne, là aussi! Pareil pour les valeurs qu'on essaie de leur inculquer: respect, dialogue, tolérance, empathie et même politesse... Ben oui, je reste persuadée qu'un bonjour-merci-pardon-au revoir non seulement n'arrache pas la bouche, mais qu'en plus ça améliore l'ambiance. Si on veut survivre à 10 milliards d'individus dans une cour où la règle est "celui qui gueule le plus fort est forcément celui qui a raison" - et où tout le monde est forcément persuadé d'avoir raison... bonne chance, l'humanité!

Autre chose importante pour nous: la notion qu'en grandissant, on est sensés perdre l'absolue nécessité de la satisfaction immédiate. Je vois un chocolat, je pique le chocolat; je vois une bagnole, je pique la bagnole; je vois la femme du voisin, je pique la femme du voisin. Ben quoi? j'en avais envie! Oui, mais comment te dire... et l'après? Ne vaut-il pas mieux travailler sur du solide, et se focaliser sur un projet, plutôt que de s'éparpiller entre toutes ses envies, quitte à avoir parfois la gueule de bois? On remarque déjà chez nous: nos enfants sont souvent beaucoup plus chiants en période dites de "fêtes", où ils reçoivent souvent à l'excès, malgré nos tentatives de cadrer, qu'aux moments où ils ne reçoivent "rien" (bon, ils ne sont pas tout nus dans une cave non plus, hein, je vous rassure!!!). En décembre, il semble que tout leur est dû. Le reste de l'année, ils vous remercient parfois pendant des heures de leur avoir offert un t-shirt. Cherchez l'erreur...

Au niveau plus personnel, pareil: contrairement à beaucoup de mes connaissances, je n'ai pas forcément un "avis" sur tout. Enfin, avis... càd un concentré de jus de média et de réseaux sociaux, pour la plupart: je l'ai vu sur plusieurs murs, donc c'est forcément analysé, pesé, vérifié et réfléchi! Merci, réseaux sociaux qui transforment tout le monde en experts du Moyen Orient, de la politique internationale et de la crise grecque! Moi, j'avoue, j'ai plutôt tendance à attendre un peu, puis de lire les analyses de sites genre BBC... mea culpa, une fois de plus. Mais si ça s'trouve, mes arrières-petits-enfants diront de moi que j'étais une précurseuse...

Je ne vais pas non plus m'étendre sur ma non-présence sur ces mêmes réseaux sociaux, j'en ai déjà parlé: Face Book m'ennuie, Twitter - je ne me sens pas assez intéressante (voyez déjà la fracture avec mon époque: je préfère parler quand j'ai l'impression d'avoir un truc à dire...), toutes les apps photos, Insta machin, j'ai pas la technologie (mon téléphone a coûté 35 euros... mais je l'ai depuis 4 ans et il va très bien, merci!) puis vu ma tronche sur les photos, heu, non. Je trouve que je cours déjà trop pour mon tempérament, donc quand je rentre chez moi, je préfère vivre plutôt que de montrer. J'ai un blog, et ça me convient, et ça me suffit. Je n'ai pas l'envie de devenir célèbre et/ou de passer à la télé. Je suis très contente de n'être "personne", ou du moins d'être invisible aux yeux du monde. Mais peut-être qu'un jour la retenue et la pudeur seront à nouveau in?

Avec l'âge, j'aime de moins en moins le bruit, et j'ai besoin de temps pour traiter les données. Je trouve le monde bien compliqué (haaaa, la simplicité de la Guerre Froide et d'un monde divisé entre DEUX pôles, les gentils Américains et les méchants Russes...), et même sans avoir l'ambition de tout comprendre parfaitement (trop bièsse et trop occupée), je me sens vraiment trop conne quand je parle d'un truc dont je n'ai aucune idée. 

Finalement, je continue à croire en des valeurs (j'espère!!!) intemporelles: l'honnêteté; l'éducation; la gentillesse et l'empathie; la famille; la tolérance, la vraie, celle qui fait qu'on tente de s'ouvrir à tous, et pas juste à ceux qui pensent comme nous - et à ne pas confondre avec le politiquement correct, qui m'emmerde de plus en plus; enfin, la solidarité - pareillement, qui n'est pas synonyme de "suivez-moi-moi-moi". J'essaie de les transmettre à mes enfants (challenge!!!). Je suis persuadée que l'avenir de l'humanité doit passer par là. Mais finalement je suis assez zen (pour l'instant, du moins... encore merci acupuncture?): si l'humanité, justement, refuse ces valeurs en bloc, elle est définitivement foutue. D'un autre côté, c'est qu'elle ne mérite pas de survivre. Tant pis.

Mais c'est les vacances, et je ne veux pas plomber l'ambiance! Après tout, je ne pense pas être la seule dino survivante! Contrairement à ceux de Jurassic, c'est peut-être de nous que viendra le salut...

En attendant, que l'été vous soit doux, que vous soyez dinosaure ringard ou jeune branché!