11/07/2017

Et pour vous, c'est quoi le pire?

J'ai entendu récemment une collègue se plaindre que, après la naissance de son petit, tout le monde lui disait de "profiter", car ça passait vraiment "trop vite". Elle, au contraire, trouvait cette fusion totale avec un môme braillard plutôt ennuyeuse - quand elle n'était pas carrément en pleine détresse, après 6 semaines de nuits interrompues, et donc, à juste titre, elle ne voyait pas ce que les autres voulaient dire.

A l'époque, moi non plus, je ne voyais pas. Mais à présent que le nombre de jeunes mâles hargneux, non communicatifs - et pourtant ô combien revendicateurs est passé de un à deux, je me prends à me demander si moi aussi, je ne viens pas de basculer de l'autre côté de la Force, je me demande si à mon tour je ne suis pas prête à répéter cette phrase énervante aux jeunes mamans en détresse... et pourtant, mes souvenirs "nouveaux-nés" sont toujours très loin du rose bonbon - bleu pastel! 

C'est pourquoi j'ai décidé de comparer. Je reste juste, ceci dit: pas question de comparer les mérites du nouveau-né versus l'enfant de deux ans ("je braille" ou "je dis que ma maman est la plus belle"), ni de l'enfant de 8-10 ans (période de calme où l'évolution semble aller vers le haut et vers l'avant) versus l'ado (heu... période de tsunami où l'évolution semble aller vers le "plus grand, plus biès", et où, s'ils devaient s'exprimer sur nous, ça ressemblerait plutôt à "ma daronne c'est la plus ringarde/chiante/injuste/pas stylée..."). 

J'ai décidé de comparer les deux (jusqu'à présent) plus horribles phases de la vie, j'ai dit: le nouveau-né versus l'ado... qu'est-ce qui est plus pénible, un bébé ou un "jeune"? Quelqu'un qui braille pour s'exprimer, ou quelqu'un qui borborygme (si possible de manière monosyllabique, même pour dire "anticonstitutionnellement"), et qui semble toujours trop comateux pour daigner répéter? Quelqu'un qui a des besoins d'attention constants, ou quelqu'un qui a des besoins de pognon constants? Voici donc le match de l'année - et n'hésitez pas à poster pour compléter ce à quoi je n'aurais pas pensé, dans ma petite expérience d'un de presque 15 et d'un de 12 qui y rentre... (j'avoue, je n'ai pas encore des angoisses de sorties ou de permis de conduire, encore moins des belles-filles qui vivent chez moi...)

1. Le corps après la venue du bébé / de l'ado

Là, on pourrait se dire que le match est gagné d'avance: heureusement pour nous, mamans, l'ado ne doit pas passer par notre vagin pour apparaître! Il se s'accroche pas à nos tétons, il ne provoque pas de bouleversement hormonal... alors, un point pour l'ado? Oui, peut-être... mais c'est sans compter les rides qu'on gagne à cause d'eux! Mais bon, aurions-nous échappé à ces dites rides si on avait eu la bonne idée le malheur de ne pas avoir d'enfants? Allez, j'accorde le point à l'ado. 0 - 1

2. Nos nuits avec le bébé / l'ado

Là encore, chez moi en tout cas, y a pas photo: le premier se réveillait toutes les deux heures (le bébé, je veux dire, pas l'ado!), le deuxième n'a passé ses nuits qu'à (gloups, pulsion de haine qui revient) 2 ans et demi... Je ne dois plus me réveiller pour des cauchemars, des biberons, des tétées... Je ne dois pas encore me réveiller pour aller chercher quelqu'un en boîte (ou parce qu'il n'est pas encore rentré malgré qu'il soit 4h et que j'avais bien dit 2h dernière limite... bref, je "profite", quoi!) Par contre j'ai dû une fois descendre parce qu'ils se disputaient... ben oui, les hormones, ça ne rend pas forcément plus malin! C'est vrai pour les gonzesses qui enfantent, ben c'est vrai aussi pour les enfants qui grandissent! Mais bon, une fois encore j'accorde le point à l'ado. 0 - 2

3. Les repas avec le bébé / l'ado

Oui, j'ai bien dit "avec" l'ado... parce que j'insiste quand même que le repas du soir soit pris en famille autour d'une table et sans télé. Avec des couverts et des assiettes. Et même des légumes (la plupart du temps, quoi! ce soir c'était pâtes aux lardons, j'avoue...). Evidemment, s'il pouvait, l'ado mangerait tous ses repas soit en ville avec sa tribu, soit seul devant son écran...

L'avantage majeur de l'ado, c'est qu'il mange tout seul comme un grand. Pas toujours proprement. Pas toujours droit à table (bizarre, cette tendance de la colonne vertébrale de l'ado à suivre une courbe parfaite). Pas toujours avec le sourire, parce que, honte sur moi, je ne m'inspire pas très souvent des Mc Do' et autres "crasses" pour mon menu, du coup, ben, ce que je propose, c'est bèrk. Mais au moins il manipule les couverts tout seul, et ne passe plus son temps à éternuer la bouche pleine de soupe aux carottes sur mon chemisier blanc. Il fout des coups de coude à ses voisins, voire des coups de pieds (ça grandit vite, ces petites bêtes), mais il mange seul. Et honnêtement, moi, donner la becquée ça m'emmerdait assez vite. Donc je tendrais vers le point une fois encore pour l'ado - sauf qu'il grogne, qu'il râle, qu'il soupire quand on l'exploite (= quand on lui demande de dresser la table), qu'il ne se contente pas des petits plats préparés avec amour, mais qu'il fait comme l'écureuil avant l'hiver: l'ado stocke dans sa tanière, des trucs gras et sucrés de préférence, et comme il oublie parfois à quoi sert ce truc en plastic à côté de son bureau (= sa poubelle), ben, disons que la tanière, parfois, embaume un peu tout l'étage. Un peu comme les langes de bébé, tient, à l'époque... 

En résumé, le bébé gazouille, sourit, éternue et ne mange pas seul. L'ado grogne, salit, râle, mais mange seul. Et ils puent tous les deux (voir plus loin). Allez... égalité? donc on en est à 1 - 3

4. La propreté du bébé / de l'ado

Tout comme les propriétaires de chien, les parents de bébés n'aiment pas ramasser les crottes - sauf qu'on n'a pas tellement le choix, les bébés étant généralement trop biès pour comprendre le concept de ch... sur le trottoir pour amuser les autres. C'est ZE désavantage majeur du bébé - et dès qu'il passe au solide, ça empire. Et quand il devient carnivore, je ne vous raconte pas... mon homme a déjà failli gerber en s'occupant du change du matin. L'ado a beau être un peu flairant lui aussi, on a rarement envie de vomir quand on lui dit bonjour. Quand on rentre dans sa chambre, c'est une autre histoire. Mais en le bisant, lui, ça va encore. Par contre, un bébé, une fois le derrière propre, ça sent généralement assez bon - ok, parfois le lait sûri, mais ce n'est pas une généralité. L'ado, lui, traverse parfois une phase hydrophobe qui peut être assez pénible pour ses proches. Il a l'air crad', mais bon, ça pourrait être fashion dans certains milieux, mais il oublie souvent que ces foutues hormones ont un effet direct sur certaines parties du corps. L'ado pue des pieds, par exemple. Mais ça ne le dérange pas: c'est SON odeur, dit-il d'un air angélique. Et si ça vous fait chier en plus, c'est bonus!

Sa chambre, son domaine privé, ben l'ado a ça en commun avec les chats, il doit marquer son territoire. Heureusement, il ne pisse pas contre les murs (enfin, pas ceux de sa chambre, sinon un seul conseil: le faire castrer au plus vite!), par contre il accumule des vivres (voir point 3), on ne sait jamais que sa mère ne décide de cuisiner des légumes TOUS LES JOURS, afin d'assurer ses réserves en gras et en conservateurs cancérigènes. Sauf qu'il entame de nombreux paquets, qu'il laisse ensuite péricliter - sans doute l'esprit curieux et ouvert de l'ado, qui décide de faire de chaque moment de sa vie une merveilleuse aventure scientifique, sans oublier qu'il vit avec d'autres...

Donc là, je dis clairement, le point va au bébé. 2 - 3

5. Les rapports humains

En début de vie, on se dit "vivement qu'ils parlent". Et pourtant, on oublie à quel point il est facile de communiquer avec un bébé. Attention, je n'ai pas dit qu'il était simple de les décrypter. Mais si vous observez les yeux d'un bébé à qui la mère parle, gazouille, chante, c'est magique: la moindre connerie que vous proférez a tout de suite l'air de le fasciner, de l'amuser, de le rendre HEU-REUX! Vous vous sentez la reine du monde, devant les yeux pleins d'amour de ce petit être qui vous répond, certes, avec des borborygmes, mais également avec tout son corps, qui semble dire "continue, parle-moi, je t'aime!"...

Et l'ado? Heu... le point commun, c'est l'articulation du langage, qui régresse à nouveau au stade du grognement (on ne PEUT pas décemment dire "gazouillis", même si j'aimerais bien!). Si on décrypte le reste... c'est là que ça se corse. Ses yeux vous évite, sa bouche tombe vers le sol, et tout son corps semble dire "mais qu'est-ce que tu m'emmeeeeeerdes!!!". Que faites-vous pour l'emmerder? Rien. Vous êtes là. Vous vous intéressez à lui. Vous osez lui poser plein de questions chiantes et indiscrètes (du genre "tu écoutes quoi en ce moment?" - KGB, les mères, c'est bien connu!). Il vous soupçonne sans cesse de vouloir l'espionner. Vous êtes comme une espèce de gros caillou géant qui se dresse entre lui et le plaisir: les potes, les écrans, le mutisme. Bref, vous faites chier. 

Ici aussi, je ne PEUX PAS ne pas donner le point au bébé. 3 - 3

6. Eux et l'univers autour d'eux

 

On pourrait dire qu'ici, le match est clairement inégal, si on prend en compte le développement du cerveau... et pourtant, quand on y regarde d'un peu plus près, non, pas tant que ça. Au contraire, quand je vois mes ados, je repense souvent à mes bébés...

En effet, ils ont des réactions un peu similaires: ils ne voient qu'eux, ne prennent en compte que leurs besoins, ils oublient qu'ils vivent avec d'autres personnes qui ne sont pas eux, et ils voient l'univers à travers le prisme de leur petit nombril... Leur univers, c'est l'Univers. Le reste, ils s'en foutent.

Autre point commun: leur allergie à toute forme de frustration. Le bébé, forcément, ne comprend pas qu'on puisse reporter la satisfaction de ses besoins primaires (= téter) d'une éternité (quelques minutes). L'ado... ben, c'est pareil: il ne comprend pas qu'on puisse reporter la satisfaction de ses besoins primaires (= consommer, que ce soit de la nourriture, des gadgets électroniques, des fringues ou notre précieux temps en trajets pour sa vie sociale trépidante) d'une éternité (à partir de quelques minutes également).

C'est le point qui m'énerve, me révolte, me frustre et m'attriste le plus chez mes ados... et pourtant, j'ai des souvenirs de réactions pareilles. Pas aussi virulentes (mes parents, je pense, m'auraient reclapée assez vite...), mais d'un égocentrisme tel qu'en y pensant, j'ai moi-même envie de me foutre des claques. Et comme je suis, je pense, devenue quelqu'un de relativement empathique et ouvert sur le monde, je garde espoir... Pas le choix!

Donc ici aussi, je donne un point à chacun. 4 - 4

L'image qu'ils nous donnent de nous

Autrement dit, peut-on se sentir une bonne mère avec l'un ou l'autre?

Le bébé a l'art de nous faire sentir comme les plus idiotes du monde, parce que, pensez-vous, c'est bête, il vient rarement avec un mode d'emploi. Tout ce qu'on dit aux mamans concerne la grossesse, après, c'est démerde-toi, toute façon que veux-tu savoir, c'est que du bonheur, puis on va te donner 180 milliards de conseils - contradictoires, bien sûr! Quand c'est un 2è ou un 3è, c'est pas grave. Quand c'est ton premier, que tu as eu un accouchement de merde, un début d'allaitement de merde, un moral de merde... ben c'est un peu dur. Tu te demandes ce qui t'a pris de le vouloir à ce point, ce môme. Tu as peur.

Ben, quand ils deviennent ados... c'est un peu la même chose. Sauf qu'on sait qu'à un moment, ça fonctionnait pas trop mal (entre les deux phases), donc que tout ne vient pas forcément de nous et de notre incapacité congénitale. C'est dur - parce que quitter une phase chouette pour une phase de merde, forcément, c'est plus difficile que l'inverse. Mais finalement, ma plus grande peur à moi était de ne pas savoir aimer mon bébé, au tout début. Quand ils sont ados, ces salauds, c'est trop tard, le mal est fait, on les aime à crever même quand ils nous en font voir de toutes les couleurs. ça doit être pour ça, d'ailleurs, qu'ils naissent bébés... 

Mais quand ils nous envoient chier, nous et toutes les valeurs, tous les trucs qui sont importants pour nous, en nous disant qu'on est à côté de la plaque, ce n'est pas forcément agréable non plus. A moins d'être un parangon de confiance en soi et en ses convictions (pas notre cas, malheureusement), ça déstabilise un peu. On se sent parfois (souvent? tout le temps?) un mauvais parent qui ne sait pas et qui n'a jamais su s'y prendre. C'est quoi le pire, monstre sans coeur ou biès qui n'a aucune idée? Franchement, j'hésite...Egalité encore? ça nous ferait un score de 5 - 5...

Conclusion

En commençant ce billet, inspiré, vous l'aurez compris, par l'exaspération à laquelle me mènent parfois mes deux grands, je pensais atteindre un score "stalinien" de 100% de succès pour le bébé... J'ai essayé d'être relativement objective, tant que faire se peut. J'ai également un peu forcé le trait - sinon c'est moins drôle, puis ça devient trop personnel. Ma conclusion verra un autre point commun entre les deux personnages, du moins en ce qui me concerne: pour ces deux stades (et pour les autres aussi, finalement), on passe par des moments de doute, de découragement, voire de désespoir à se dire qu'on a tout raté, et qu'on n'aurait jamais dû les mettre au monde, ces fichus mômes. Puis votre bébé vous sourit... et le soleil se lève et illumine tout autour de vous. Vous oubliez votre corps endolori, votre cerveau brouillé après mille nuits sans sommeil, vous êtes heureuse.

Quand l'ado vous entoure de ses grands bras osseux, même si aucun mot ne sort de sa bouche, parce que ça devient pudique, ces petites choses fragiles malgré tout, le même sentiment vous envahit. Et comme c'est plus rare, ces moments deviennent d'autant plus précieux. 

De temps en temps, de préférence ailleurs que devant vos yeux, on vous rapporte que votre ado a été poli, souriant, agréable et tourné vers les autres (et tout ça gratos!). Là aussi, vous vous dites "ok, il n'a pas TOUT jeté à la poubelle de ce que j'ai essayé de lui inculquer". Vous reprenez espoir.

Parfois, même, vous arrivez à avoir une vraie conversation avec eux, sans qu'ils ne se referment comme des huîtres hostiles. Faut choisir son moment (enfin, celui de l'ado) et SURTOUT ne pas basculer dans la "parentalité" (du style conseils ou reproches) sinon ça fout le camp, mais en attendant votre inévitable gaffe (consciente ou perçue comme telle par l'ado), ça aussi, c'est bon.

Enfin, il y a les vacances, où, forcément, on ne parle plus d'école, où on est plus disponible... là aussi, c'est l'occasion de les retrouver un peu comme du temps où ils étaient "les vôtres" uniquement.

C'est peut-être ça qui est dur, malgré tout ce qu'on nous avait prévenus: le bébé, il est à vous. L'ado... ben, il déploie ses ailes, quoi. Allez, faites-lui vite un câlin avant qu'il ne se casse pour de bon dans l'âge adulte! 

24/05/2017

Débordée, dépassée??? J'ai un truc!!!!!!

Bon, déjà j'avais mis "trucs", avec S, malgré que je n'en ai que UN... ça veut déjà tout dire...

Comme chaque année, c'est fin mai - oui, j'ai remarqué que fin mai arrivait chaque année, z'avez vu?

Bref... toi aussi, fais-toi passer pour gâteuse précoce parce que tu ne maîtrises plus ta langue maternelle...

Ce que je voulais dire, un peu maladroitement, c'est que chaque année à cette époque, c'est la même histoire dans ma vie pro et perso: c'est FULL MEGA TOTAL PLEIN!

Entre la fête d'école de Mr 1 (qui est la mienne aussi), celle de Mr 2, celle de Mlle 3 (pourquoi faire simple, après tout, quand on peut se compliquer la vie - moi j'vous l'dis, inconsciemment j'ai peur de m'emmerder...)... Entre le spectacle sport de Mr 1 (càd conduire, rechercher, soutenir, encourager etc...), les tournois de foot de Mr 2 (càd conduire, rechercher etc...), le brevet de Mlle 3 (ben oui, ici aussi!)... Entre les piles de corrections pré-examens, les piles de corrections d'examens, puis un magnifique projet mais super "time-consuming"... Entre mon sport à moi ("brevet" de 10 kms: J-13!!!), les amis, la logistique familiale, les vingt milliards de choses à penser pour vingt milliards de catégories différentes... comment fait-on, bon sang de bois, pour ne pas terminer complètement chèvre, sous Prozac et/ou sous cocaïne avant la date fatidique du 30 juin?

La solution? En un mot? Qui, de plus, est, je pense, un véritable mot français? (enfin... je crois)

On compartimentalise!!! On voit la vie comme une page à remplir, avec différents blocs de construction, de zones de texte (oui, j'ai bouffé de la mise en page pendant 48 heures, ça se voit?), UN A LA FOIS. Une marche, une zone, une tâche...

C'est ce que je fais pour l'instant: je vis plus ou moins une heure à la fois. Certes, ça ne me rend pas forcément beaucoup plus efficace (on manque parfois un peu de vue d'ensemble)... mais au moins je reste zen face à ma petite marche (et donc je fais le boulot qu'est sur la marche), alors que si je devais regarder la montagne, je me dirais juste AAAAAAAAARRRRRGGGGGHHHHHH!

"En mai, fais ce qu'il te plaît", qu'ils disaient!!! La bonne blague... Moi c'est plutôt "en mai, fais comme tu peux"!

En attendant, ma pile de choses à corriger n'augmentera plus avant la fin de la semaine prochaine! Je pense pouvoir bientôt dire que la quantité de travail ne va plus (trop) augmenter. Puis viendra le jour où ça va carrément diminuer... allez, encore une année où je pense que je vais survivre... Ouaaaaaaais!

(attention, je n'ai jamais dit que j'allais survivre en bon état!!! avec le temps j'ai appris à diminuer mes ambitions...)

27/09/2016

J'ai testé pour vous: Les calmants et stimulants pour enfants

Oui, vous avez bien lu. Je m'avoue vaincue. Je renonce à mon approche intuitivo-naturelle basée sur (ce que je croyais être) le bon sens. J'écoute enfin ce qu'on me dit...

Pourtant au départ mes enfants abordaient la rentrée de manière assez zen, comme d'hab, quoi. C'est alors que j'ai eu la bête idée d'allumer la radio... Partout, sur toutes les chaînes, les journalistes n'avaient qu'un mot à la bouche: le stress. Ben oui, forcément, les enfants de parents intelligents savent ce qu'il se passe à l'extérieur de leurs murs rose bonbon, donc au lieu de bêtement faire confiance à l'avenir, les fées, le karma, ils regardent, ils observent... donc ils stressent. 

C'est ce qu'on nous a répété, en tout cas: à chaque bulletin d'information, j'entendais que les enfants avaient le coeur serré, l'estomac noué, les mains moites... je me suis donc dit que moi, j'avais dû louper quelque chose! Mes enfants à moi, j'avoue, ne stressaient pas du tout! Ils soupiraient, certes, de ne plus pouvoir glander au lit jusque pas d'heure, de redevoir aller dormir tôt, de recommencer à courir... mais c'était plus de la nostalgie anticipée que du vrai stress! Je leur ai donc parlé du monde qui nous entoure. Du fait que l'école ça fait peur. Que, bordel, y a pas de raison pour que la pression ne soit que sur notre tronche à nous, les adultes. Qu'à présent, ils sont respectivement en 2è et 6è primaire, et en secondaire pour le grand, donc que fini de rigoler, les petits cocos. Leur (manque d')avenir se joue maintenant, là, tout de suite, et ils n'ont pas droit à l'erreur!

Je leur ai parlé des mesures anti-jeunes du gouvernement, qui les mettrait dans la merde aussitôt sorti de chez nous - enfin, pour ceux qui y arrivent. Je leur ai parlé des mesures anti-vieux du gouvernement, pour leur annoncer dès à présent que si eux seront des Tanguy (forcément, si t'as droit à zéro revenu d'intégration dès l'âge de 24 ans et que tu ne trouves pas de boulot avant 28 ans - et attention, à 45 ans t'es vieux et plus baisable employable, tu vis où? Chez nous!), nous, entre pas de retraite, punis si au chômage mais pas engagés si déjà vieux, ben nous on comptera sur eux très, très vite pour prendre soin de nous!

Je leur ai aussi parlé du monde extérieur: montée des extrémismes de tous bords, qu'ils soient religieux ou politiques (car la réponse extrémiste marche du tonnerre, c'est bien connu!), repli sur soi à jouer à Pokémon Go, risques de guerre, risques de croisades, risques de bouffer du poulet au chlore, risques de ne plus pouvoir se soigner.

Je leur ai enfin parlé de tous les risques pour leur santé de notre style de vie moderne: ondes, perturbateurs endocriniens, légumes et fruits mortels si pas bio (manque de bol: quand t'as pas de boulot t'as pas de fric - donc tu meurs? La voilà la solution contre le chômage!!!), ils seront des adultes au mieux allergiques, sinon, stériles (autre processus de sélection "naturelle", peut-être?), et en tout cas, malheureux, fauchés, accros à plein de trucs et sans amis.

C'était dur, mais j'ai réussi: là, mes enfants sont enfin stressés comme il se doit. Donc j'ai pu leur donner des calmants - oui, mais pour enfants. Nous voilà (re?)devenus normaux. Nos enfants sont lobotomisés déstressés.

Il me restait cependant à les stimuler suffisamment, histoire de dire que j'aurais essayé de braver le destin. J'ai donc dû leur concocter un petit programme personnel à chacun, afin quand même d'en faire des gens un peu intéressants, et pas juste des bêtes gosses qui s'amusent avec un bout de bois, type hippie des années '70. Dorénavant, le mot d'ordre est "stimulation" et "professionnalisme". Cours de langues, cours de musique, 3 sports différents, au cas où ils seraient prodiges dans l'un des trois, c'est fini de s'amuser, les gars, il est temps de devenir rentables, parce que pour vos vieux, c'est quasi foutu! Moi j'ai l'âge d'être une vieille pour les employeurs, et votre père y est presque!

Mais ces crétins d'enfants ont eu un peu de mal à suivre le rythme... ils croient quoi, eux? Qu'une fois adulte, une semaine de 40h suffira? Autant les préparer dès aujourd'hui, non? Une activité par jour (sauf le mardi, le jeudi et le samedi où y en a deux), ça me semble assez raisonnable, pour commencer, non? Mais comme ils avaient un peu tendance à devenir grognons et à piquer du nez dans leurs assiettes, on a tenté les stimulants. Et vous savez quoi? ça marche!!! Il FAUT alterner les deux, et ne SURTOUT PAS confondre l'un et l'autre (erreur de débutant, mais la nuit fut looooooongue à les calmer!!!). Pas dépasser la dose non plus, même si vous pensez que c'est nécessaire: trop de stimulants, ça leur fait péter une case, et trop de calmants, ben, ça les endort un peu, et parfois pour assez longtemps... reposant pour les parents (presqu'autant que la tablette/babysitter, mais sans le côté super pédagogique de la chose) mais si ça dure trop longtemps, un brin stressant aussi, quand t'arrives pas à les réveiller, les cons!

On a donc un peu tâtonné au début mais là, ça roule, ils se sont adaptés! Ils sont de bons citoyens devenus enfin un peu productifs - ou presque. Certes, ils ont un peu perdu de leur spontanéité, ils semblent parfois un peu absents, leurs yeux ont un peu changé... mais c'est pour leur bien, non? Et là, au moins, moi je me sens bien d'avoir écouté les bons conseils des médias, tous des spécialistes de l'enfance. Puis au moins, là, si mes enfants deviennent quand même des losers, des rêveurs, des idéalistes, bref, des gens inefficaces... moi, je n'aurai rien à me reprocher. Parce que, pour une fois, j'ai voulu, ET je me suis procuré, le meilleur pour mes enfants.

16/09/2016

J'avais dit "Pas d'animaux"...

Ou "Comment apprendre à ne jamais dire jamais"...

Pourtant, j'en avais, de bonnes raisons de ne pas ajouter ENCORE un être vivant qui serait à notre (ma) charge! On part toute la journée, il serait malheureux, pas question de ramasser des crottes, qui réparerait les meubles abîmés par les griffes, qui irait le conduire chez le véto, qui...

J'avais dit aussi que j'en avais bien assez sur les bras avec mes trois monstres, que même un poisson rouge serait de trop, qu'un petit morceau de responsabilité de plus me foutrait par terre.

Puis notre fille nous a annoncé d'un air angélique que pour son anniversaire, elle souhaitait un animal de compagnie. Oh, elle avait bien préparé ses arguments, la bougresse! (elle vient d'avoir 7 ans, je le rappelle... ça promet!!!) Elle savait que je ne voulais ni ramasser des crottes, ni nettoyer des poils. Que mon nez sensible n'aimait pas les odeurs fortes (enfin, quand je peux l'éviter! Les chaussettes d'ado, je n'ai pas trop le choix, mais c'est très dur!). Que j'étais déjà presque noyée. Et que donc, ayant bien réfléchi, elle voulait un poisson rouge. Et bien sûr, on a craqué. Spot et Turbo font à présent partie de notre famille, depuis une semaine déjà.

Je pense que je m'attendris (à certains niveaux) avec l'âge. Parce que, purée, je me suis déjà fait des cheveux blancs au sujet de ces p*** de poissons! Quand il y en a un qui ne mange pas; quand la lumière semble les stresser; quand ils ont l'air de s'ennuyer... c'est peut-être le début, mais je nous revois presque quand on a pris la voiture pour la 1ère fois avec un nouveau-né! Heureusement que j'avais dit non à des trucs à poils et au sang chaud! Si je m'en fais déjà pour des poissons, animaux peu connus pour leur résistance et leur longévité, que serait-ce avec un chaton ou un chiot qui vous regarde avec des yeux plein d'amour???

Et donc, dans la même veine, gaga pour gaga, nous avons également accordé à notre fils de pouvoir faire du foot... Là aussi, j'avais dit non. Pas (uniquement) parce que je suis une méchante qui aime les frustrer (oui mais c'est pour leur bien!!!), mais surtout à cause du côté extrêmement chronophage de la chose! Car qui dit foot dit deux entraînements par semaine, pis les matches aussi, chaque samedi! Etant occupée à bosser au moins un jour par week-end, cela me semblait impossible!

Sauf que... cette année, je n'ai plus envie d'être occupée un (voire deux) jour(s) par week-end. Je n'ai plus envie de faire passer le "reste" (càd quand même ma famille!!!) au 2è plan à cause d'un boulot, quoi qu'en disent les esprits chagrins, qui me demande un investissement énorme. Je n'ai plus envie d'arriver fin d'année sur les rotules, prête à pleurer pour un oui, pour un non, à chercher ailleurs chaque début juillet tellement je suis dégoûtée. Puis faut dire que pour l'instant, mon horaire me permet de faire ce plaisir à mon grand petit... je croise les doigts pour qu'il ne change pas trop! Toute façon c'est trop tard il est inscrit et j'ai promis...

Cette année, je n'ai pas pris de bonnes résolutions de type "faudrait que". Je m'aperçois que mes décisions sont plutôt rythmées par des "j'ai envie", "je veux", "j'ai besoin"... Et je trouve ça formidable. Je me sens bien. Je sais que ça peut, ça va sans doute changer, que j'aurai encore des moments débordés - mais j'ai envie aussi de faire un peu autre chose. Même si cet "autre chose" voudra dire faire le taxi, un peu plus que d'habitude (et pourtant par rapport au nombre d'enfants pour l'instant ça va encore), après les vacances une fois de plus sublimes et épanouissantes qu'on a passées, j'ai BESOIN de moments de famille. Je ne veux pas attendre juillet prochain avant d'être bien à nouveau. (je force un peu le trait, là...)

D'ailleurs je l'annonce publiquement à mes 3 lecteurs: depuis des années, j'y pense, cette année, je le fais: je vais m'inscrire à "je cours pour ma forme". Pourquoi c'est pas encore fait? Parce que ça commence samedi de la semaine prochaine. Car ça aussi, c'est un besoin que je ressens profondément: bouger plus, me défouler plus, faire du sport. Si on m'avait dit ça, je ne l'aurais pas cru: pendant des années j'ai cru être incapable de courir plus de 20m à la fois. Or, les quelques fois que je m'y suis mise, le souffle ça allait! (forcément, je nage depuis 5 ans, ça aide!) Ce sont plutôt les jambes qui souffrent un peu - mais j'ai "envie" de "souffrir", comprenez, de me dépasser un peu physiquement, après m'être dépassée nerveusement pendant des années. J'ai envie de prendre la vie plus à la légère (un challenge, parfois!), de regarder autour de moi et de voir le verre à moitié plein - puis, avouons-le, quand même un peu de "retarder des ans l'inévitable outrage"...

Ce ne sont pas de bonnes résolutions dictées par la raison. Ce sont des envies profondes que je ressens au plus profond de moi. Et j'ai remarqué une chose: quand c'est moi qui décide, enfin, quand ce sont MES choix, pas ceux des autres, j'assure beaucoup mieux, et j'assuMe aussi beaucoup mieux quand ça va moins bien. Je n'ai pas envie de projeter trop, cette année: trop d'inconnues, notamment par rapport à ma résistance physique à toutes ces courses! (et je ne parle pas de la course à pied, mais plutôt les autres, celles des mères multi-tâches). Mais j'ai envie de faire un peu de résistance. On va voir ce que ça va donner.

Et vous, la rentrée, ça se passe bien?

04/05/2016

Faut-il mettre son enfant en immersion?

Tout autre sujet pour entamer cette journée qu'on nous promet ensoleillée et printanière... Aujourd'hui, je ne râle pas, je "recrute"!

A l'heure où l'on demande de plus en plus aux travailleurs (pour de moins en moins en retour, mais ça c'est un autre problème), être multilingue semble être devenu, si pas indispensable, pour le moins plutôt bien vu. Mais il semblerait que beaucoup de francophones aient certaines difficultés pour les langues dites "difficiles" - en gros les langues germaniques.

Malgré sa réputation de "laide langue dure et métallique" (hé les gars, écoutez un peu autre chose que les archives des discours d'Hitler, quoi! - je vous conseille le groupe "Element of Crime" pour essayer), moi j'ai toujours adoré l'allemand, depuis toute jeune. Était-ce une intuition que j'allais en avoir besoin pour communiquer avec ma belle-famille? Sans doute que non. Toujours est-il que, dès que j'ai pu, j'ai choisi les cours d'allemand.

A l'université, j'ai étudié les langues germaniques - anglais et allemand, donc. L'anglais, au retour d'une année aux USA, ça allait forcément pas mal. Par contre, en allemand... j'en ai franchement ch... Cours d'été, deuxième sess' systématiques, mon parcours ne fut pas tout rose. Mais, après de nombreux incidents, j'ai enfin pu dire ça y est, je suis bilingue...

Quand on cherche un emploi en Belgique francophone, il est vrai que le néerlandais est extrêmement demandé (ainsi que l'anglais). Mais... si vous parlez allemand, les quelques offres où il est indispensable sont pour vous! A un moment de crise économique importante, moi j'avais le choix entre plusieurs employeurs, juste parce que je parlais allemand vraiment couramment. Cela nous a d'ailleurs sauvés plusieurs fois, à un moment où le grain manquait un peu dans l'étable...

Forts de ces expériences, lorsque la Ville de Liège a décidé d'ouvrir une école d'immersion allemande, nous n'avons pas hésité: c'est là que notre fille ferait sa scolarité.

La plupart des parents, du moins ceux qui ne sont pas familiers avec l'immersion, tendent à hésiter, pour les raisons suivantes:

  • La peur que la langue maternelle ne soit pas suffisamment maîtrisée;
  • La peur que l'apprentissage de la lecture ne se fasse pas au rythme souhaité;
  • La peur que l'apprentissage d'une langue et les apprentissages de base ne "clashent";
  • La peur qu'ils n'aient pas le même niveau que les autres en fin de primaire.

Je suis enseignante en immersion, et me voici à présent maman en immersion, et je peux vous affirmer que ces craintes n'ont pas lieu d'être. Je vais les décomposer une par une.

1) Maîtrise de la langue maternelle

En immersion précoce, les enfants commencent la langue immersive à 5 ans, en 3è maternelle. Pourquoi pas plus tôt? Justement, afin que cette langue maternelle, quelle qu'elle soit, soit bien fixée dans la tête de l'enfant. Bien sûr, cela veut dire qu'il faut continuer à parler à l'enfant, à lui lire des histoires dans la langue "de la maison". (ne pas mélanger: un endroit, une langue, c'est la règle - sauf si bien sûr vous parlez déjà allemand à la maison!!!)

Cela peut vouloir dire aussi que, pour un moment, l'enfant va peut-être mélanger les deux langues, notamment pour les nouveaux concepts appris en langue immersive. Mais vous serez surpris de voir à quel vitesse ils font eux-mêmes la transition, le "pont", si vous voulez. Je vais être complètement honnête: mes élèves d'anglais font parfois des fautes d'anglais en français (orthographe), genre language, comfort, charactéristique etc... (moi aussi, d'ailleurs!). Mais franchement, pour avoir sous les yeux des copies d'élèves de non immersion, ce ne sont pas eux les pires en orthographe!!! g vus des fôte a tombé partèr ché les autre!

2) L'apprentissage de la lecture

Là, je ris carrément... J'ai peut-être (sans doute) un enfant génial. Mais ma fille, qui est en train d'apprendre à lire en allemand, lit en français à un niveau que je trouve assez bluffant! Elle lit couramment les livres de son âge, à une vitesse de quasi conversation, en posant sa voix pour la ponctuation (= signe qu'elle comprend ce qu'elle lit), je ne sais pas où elle a appris ça! Enfin, si: elle tentait de lire, nous corrigions, et d'elle-même, elle "analysait" le son, la règle. Sans doute le fait de déjà faire des liens entre deux langues favorise-t-il une approche analytique - plus le fait évidemment qu'elle est le fruit de deux parents littéraires! L'immersion favorise, mais ne fait pas de miracle - pas plus que l'enseignement non immersif, d'ailleurs! M'enfin, en l'entendant, moi je dis "waouw"!!!

3) Clash entre langue et apprentissages

L'enseignement immersif, paradoxalement, ce n'est pas l'apprentissage d'une langue - enfin, pas que. C'est l'apprentissage du reste, par le biais d'une langue étrangère. La langue est donc le médium, pas le but. Et à l'âge de 5-6 ans, les enfants sont super réceptifs. Ils apprennent donc les concepts, les compétences, sans se rendre compte que la langue immersive "rentre" toute seule par la même occasion. Donc oui, ça leur arrive de raconter à la maison que "on a appris que les Pinguine savent très bien tauchen aber nicht fliegen", mais si on leur demande ce que ça veut dire en français, ils savent très bien ce qu'ils racontent.

4) Différences de niveaux

Vous trouverez toujours un enfant qui fait "mieux". Toujours. Mais, au vu des nombreux tests réalisés depuis des années, il semblerait qu'au CEB (certificat de fin d'études primaires), les enfants aient des résultats égaux ou supérieurs aux enfants de non immersion. Et le CEB se fait en français...

Dernière question: faut-il forcément connaître l'allemand (par exemple) pour mettre mes enfants en immersion?

Très honnêtement, ça peut aider - ou tranquilliser: comme ça vous avez vue sur ce que l'enfant fait - mais ce n'est pas indispensable. Au contraire: l'enfant apprend, en plus de tout le reste, l'autonomie, et puisqu'il doit vous expliquer ce qu'il a fait ou ce qu'il doit faire, il doit donc automatiquement faire des liens avec la langue de la maison! L'idéal pour les parents indignes comme moi, qui n'ont pas forcément le temps de passer mille heures aux devoirs!

Un tout petit "moins", peut-être, pour rester crédible: l'immersion, du moins au tout début, est peut-être un peu plus fatigante. Ou c'est moi qui ai une chochotte. Mais franchement, honnêtement, je ne regrette pas une seule seconde que nous ayons fait ce choix. Je continue à dire que l'immersion ne convient pas à tout le monde. Si vous avez un enfant qui est super "dys", ça peut augmenter la difficulté (même si certains de mes élèves le sont, et sont déjà en fin de parcours secondaire). Si votre enfant est matheux pur, càd qu'il n'a pas spécialement le sens de la phrase, du mot, de l'orthographe en français, vous verrez les mêmes difficultés ou faiblesses en langue immersive. Très souvent, d'ailleurs, le prof de français et moi-même avons la même vision de l'élève. Après tout, être francophone ne suffit pas pour pouvoir écrire des dissertations ou des romans! Ben c'est pareil en immersion...

Mais au moins, vous pouvez être sûrs que votre enfant ne versera pas des larmes de sang pour apprendre l'allemand, ses déclinaisons, sa structure, comme moi j'ai dû le faire voici quelques années. Chez lui, ça se fait tout seul. De plus, les autres profs de langues remarquent souvent une plus grande "ouverture" aux autres langues étrangères chez les élèves d'immersion. Donc... une idée à creuser si vous avez des petits bouts en âge de rentrer en maternelle???

 

24/05/2015

Comme chaque année ce jour-là

Comme chaque année ce jour-là, j'ai fait la bête.

"Noooon, ma chérie, je n'ai rien vu de ce que tu as rapporté de l'école vendredi passé (même si c'est moi qui ai vidé ton sac, je l'ai fait en fermant les yeux c'est juré!)."

"Que complotez-vous là tous ensemble? Non, je n'ai rien entendu... je n'ai aucune idée de ce qu'il se passe!"

Comme chaque année ce jour-là, j'ai fait l'innocente.

"Commeeeeent, des cadeaux????? ça alooooooors, quelle surpriiiiiise!".

Comme chaque année, j'ai pris la résolution d'être contente, quoi qu'il arrive, quitte à faire semblant. Inutile: contente, je l'étais vraiment.

Comme chaque année, je me suis juré de rester digne. Même quand ma fille m'a récité un petit compliment en allemand - encore un peu hésitant, mais de moins en moins. Même quand mon grand - qui ne fait plus de bricolage à l'école - est allé me chercher une rose, de son propre chef et avec SES sous, simplement parce qu'il avait envie de me faire plaisir. Même quand mon "milieu" m'a expliqué qu'il avait choisi pour décorer son porte-bics uniquement des motifs et des couleurs que j'aimais. Même quand il m'a fait lire un poème de sa composition.

Et comme chaque année, je n'ai PAS tenu cette dernière résolution. Comme chaque année, à la vue de leurs efforts, de leurs petits visages pleins d'espoir et d'attentes, à leurs sourires éclatants en voyant ma joie, j'ai - forcément - versé ma petite larme.

Ben oui, j'ai beau avoir une grande gu..., j'ai aussi un petit cœur d'artichaut.

N'empêche... encore merci, mes amours, pour vos beaux cadeaux, et encore plus, merci d'être ce que vous êtes: des belles personnes, des enfants formidables, ceux qui ont fait de moi (une partie de) ce que je suis: une maman.

Je vous aime "jusqu'à l'infini".

14:23 Écrit par Catherine dans Mes amours et moi | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : être parent, fête des mères |  Facebook |

27/05/2014

Garder la vie pour plus tard

Dimanche dernier, en plus d'aller voter, nous étions "de spectacle".

Certains parents voient ça comme l'ultime corvée, tous ces matchs, spectacles et autres représentations de fin d'année scolaire. Mon propre père en fait partie: il ne s'est jamais déplacé pour voir ni mes spectacles de danse, ni les matchs de volley ou de football de mes frères. Ceci dit, il est cohérent: il nous a toujours dit que pour qu'il se déplace, il lui fallait du "vrai" spectacle, autrement dit, un niveau frisant le professionnel. Et nous, ma foi, nous n'étions pas tout à fait des prodiges... (ok, j'étais carrément nulle!).

D'autres sont proches de la caricature inverse: à chaque prout que l'enfant fait sur quelque chose qui ressemble vaguement de loin à une scène ou à un terrain de sports, on est tenu d'y amener TOUTE LA FAMILLE, des grands-parents aux oncles, tantes, parrains, marraines et amis proches. Même quand c'est le mini-show de l'école du village, c'est "ils sont venus, ils sont tous là". Même quand c'est piscine toutes les semaines, y en a qui viennent toujours en masse, pour regarder Choupinette faire le kangourou dans l'eau et (surtout) pour boire des coups à la buvette.

Moi, je me situe plutôt entre les deux: je me dis que j'ai trois enfants, donc que je n'ai pas envie d'imposer à mes frères et aux autres membres de la famille chaque activité qu'ils ont. Par ailleurs... mes parents, ça les emmerde toujours autant. Ma mère s'est dévouée pour mes spectacles de danse, mais là, elle a donné: elle a assisté au premier spectacle de notre aîné, a fait semblant d'avoir envie de participer au deuxième, avant de dire que, heu... finalement non, donc pour le 3è, nous n'avons même pas demandé. Mais moi, les spectacles de danse, même quand mes enfants ne sont pas sur scène, rien à faire: j'adore! C'est peut-être dû à mes propres souvenirs, mon propre goût pour cet univers féérique (ben oui, même nulle, on peut apprécier!), mais moi, je ne m'ennuie pas une seconde quand je vois des gens danser.

Quand l'un de mes enfants est sur scène, en général, j'ai deux options: soit je me transforme en fontaine larmoyante (l'effet magique "être parents"), soit je me métamorphose en fan hystérique, genre "Patriiiiiiiiiiiick" dans les années '90. Je tape dans les mains, je crie, j'applaudis... c'est un peu la honte pour eux (enfin... pour LUI!) mais tant pis: je préfère pécher par excès d'enthousiasme que par excès de tiédeur!

Quelque chose qui m'a frappée une fois de plus, en observant autour de moi la foule hétéroclite des autres parents (à part le réflex qui nous vient des USA qu'il faut ABSOLUMENT quelque chose à bouffer chaque fois qu'on met son cul sur une chaise pour regarder un truc - au secours!!!), c'est le fait que de plus en plus de personnes ne regardent plus ces manifestations qu'au travers d'un écran quelconque.

Non, je ne suis pas technophobe. Oui, j'aime prendre des photos. Non, je n'ai ni tablette ni caméra ni smart phone (pour ce que j'en fais, honnêtement, je n'en vois vraiment pas l'utilité - comment? Rien à voir avec l'utilité? Ben si, moi je persiste à acheter ce dont j'ai besoin, mais je m'égare une fois de plus...). Par contre, cette habitude de ne plus regarder la vie que derrière un gadget électronique me surprend. Parce que la plupart des gens ne prennent pas des scènes intéressantes pour pouvoir faire un mini-montage de 3 minutes (3h de boulot) à montrer sans tuer les gens d'ennui! Non, non, non: eux filment LA TOTALITE du spectacle, afin de pouvoir le regarder tranquillement chez eux! Vous voyez la logique? Oui? Ben vous avez de la chance! Moi j'ai encore un peu du mal.

J'ai du mal parce que je persiste à me dire que l'important, dans la vie, c'est d'en profiter au moment même. C'est de goûter, de sentir, de voir, d'entendre... d'applaudir, aussi (délicat avec une tablette dans les mains). De profiter, quoi. Parce que le souvenir, oui, c'est bien... mais le souvenir n'est beau que si le moment l'a été, non? Ou suis-je vraiment tellement en décalage avec mon époque?

J'ai l'impression qu'aujourd'hui, une expérience de vie en soi n'est plus assez: il faut la filmer, puis la "partager" sur les réseaux sociaux, il faut espérer que les autres "likent" (oui, je sais, pas besoin de guillemets, j'arrive pas, désolée, ch'uis prof), puis alors on peut se dire que "finalement c'était bien". Les autres ont fait des commentaires, donc ça va, on peut apprécier... rétrospectivement. Mais quid du moment présent, alors? Carpe Diem, "cueillez dès aujourd'hui...", c'est vraiment mort et enterré?

Finalement, c'est le même questionnement que j'ai par rapport à fesse-bouc: si on passe 8h par jour à poster des photos et des commentaires sur sa propre vie, à regarder celles et ceux des autres, à commenter leurs vies et leurs photos... il reste combien de temps pour VIVRE sa vie? Vivre au sens où moi je l'entends, avec les sensations et les émotions en temps réel, pas la version qu'on prépare pour montrer aux autres!

Certes, je fais (un peu) la même chose avec mon blog: combien de fois, en observant, en écoutant, en ressentant, n'ai-je pas commencé la rédaction mentale d'un billet, afin de pouvoir partager ici? Mais penser et ressentir, je peux le faire en même temps. Appelez-moi boulet, mais photographier, filmer, poster, commenter ET penser et ressentir, ça moi j'y arrive pas. Donc soit les autres sont des mutants, soit je suis ringarde (NO COMMENT!!!)... soit ils n'y arrivent pas non plus, et ils ont juste posé un autre choix que moi. Je respecte... mais je ne suis pas.

Finalement, je n'aurais pas dû regarder Wall-E (et c'est la première fois que je fais le lien: Wall = mur, E = électronique, hé hé hé, subtil, les amis Pixar!!!) avec les enfants: à chaque fois que je me fais cette réflexion, je revois la scène dans le vaisseau spatial emportant les terriens (horribles mutants gras dégoulinants avec vertèbres et dents en moins puisque pas bouger et ne bouffer que du mou... ça vous rappelle des choses? Moi aussi!!!!), où un homme et une femme commencent à communiquer ensemble par écran interposé... pour se rendre compte avec grande surprise qu'ils sont côte à côte, et que communiquer SANS écran, ben... ça va aussi. A l'époque j'avais trouvé ça mignon et drôle... à présent je me dis que c'était presque prophétique!!! (oui, j'exagère sans doute un tantinet...)

Moi je vais continuer à regarder la vie au présent. Et si je n'ai pas de "souvenirs" ou de "témoins" à monter aux autres, ce n'est pas si grave. Mes souvenirs à moi, ils sont stockés dans mon "disque dur" intérieur (mon cerveau, quoi!), et je trouve qu'ils tiennent plus chaud là-dedans que s'ils étaient sur n'importe quel autre support électronique.

... donc je n'ai pas de photo du spectacle. Par contre, dans ma tête, j'ai un petit montage son-lumière-odeurs-sensations, je ne vous dis que ça! Franchement, moi je "like" à mort!