17/12/2016

Lettre ouverte à mes enfants

Liège, 9 novembre 2016

Mes amours,

Rarement je n'ai été alerte aussi rapidement à 6h du matin. La nouvelle vient de tomber. "Il" a été élu... contrairement à ce que tout le monde espérait, contrairement aux prévisions des sondages... entre la grippe et le choléra, ils ont choisi le choléra...

Pour la première fois depuis que vous êtes là, et devant la direction que prend le monde, j'ai envie de revenir en arrière. 15 ans en arrière, pour être plus précise. Le moment où nous nous sommes décidés à nous lancer dans l'aventure parentale. 

Ne voyez pas ceci comme un reproche ou un regret en soi: vous êtes la plus belle chose qui m'est arrivée, vous êtes magnifiques, vous êtes de bonnes personnes... mais justement: vous méritez tellement mieux que le monde que nous vous léguons. Et quand je vois ce monde qui, pour moi, court à sa perte, pour la première fois de ma vie, je regrette. Je regrette de vous y avoir mis.

Si vous saviez ce qu'il m'en coûte d'écrire ces mots... pour moi c'est clairement un constat d'échec. L'échec, bien sûr, de tout un système! Je ne suis pas auto-flagellante au point de m'attribuer la responsabilité de TOUT ce qu'il se passe aujourd'hui! Mais, si je dois faire mon mea culpa, c'est aussi l'échec de notre politique d'autruche familiale: nous pensions, votre père et moi, bien naïvement, je m'en rends compte à présent, qu'en essayant de vous éduquer dans le respect des valeurs auxquelles nous croyons, nous faisions notre part. Nous pensions que, en essayant de faire de notre vie familiale un refuge - contre le monde de fous qui nous entoure, justement - nous pouvions vous protéger. Hé bien, nous nous sommes trompés.

Je ne vois pas de solution, à part celle de "prendre les armes". Mais je ne sais pas lesquelles. Et ça me frustre, parce que notre excuse de "c'est pas nous tout seuls qui changerons quoi que ce soit" me paraît tellement lâche, tellement idiote, aussi. Non, on ne changera rien à nous tout seuls. Mais n'avons-nous pas le devoir d'essayer? Ne sommes-nous pas coupables à l'avance de la pauvre vie qui semble s'annoncer pour vous, une vie entre peur et haine, entre égoïsme et indifférence, entre des choix impossibles, soit être malhonnête et profiter d'un système pourri, soit tenter de rester "pur" et se faire complètement broyer par ce même système?

J'ai peur, mes enfants, j'ai mal, je suis triste et je perds espoir. Pourquoi aujourd'hui plus que le 14 juillet, le 22 mars, le 13 novembre, le 7 janvier? Je n'arrive pas à le dire. Est-ce parce que, comme tout le monde, j'ai participé à la "vaste blague" de la candidature de l'autre perruqué, en trouvant ça juste "drôle"? Est-ce simplement l'accumulation des coups de canif dans ma foi en l'être humain? Toujours est-il que là, ça y est, je vois les élections présidentielles françaises avec Marine présidente, je vois l'Europe comme un continent éclaté... je vois les années '30 en Allemagne, quoi. Avec, en prime, notre petit Holocauste à nous (la Syrie), et la même indifférence morne et abrutie de gens qui en ont trop vu. La machine à empathie est cassée.

J'en suis à me dire que la seule réaction respectable serait d'aller combattre, moi aussi, physiquement... mais le pourrais-je? Le voudrais-je? Et le fait d'être une martyre pour une cause (oui mais laquelle?) réussirait-il à racheter ma faute, le péché originel d'être un être humain? Ou dois-je aller plus loin dans le désespoir et nous faire partir tous ensemble dans le néant, pour ne plus être forcés d'assister à une mort lente et progressive?

Il faudrait continuer à y croire... mais en ce 9 novembre 2016, je n'y arrive simplement plus. J'ai perdu la foi... et je ne peux vous dire à quel point ça fait mal. Je vous présente mes excuses, mes enfants. Pardon de vous avoir mis au monde. Si j'avais su, il y a 15 ans, ce soir-là, j'aurais eu la migraine...

Je vous aime.

Maman

16/07/2016

Lettre ouverte à mes frères (in?)humains

Cher frère, chère sœur, (et non, je ne me prends pas pour St-Paul...)

J'ai été élevée avec l'idée que je suis sensée t'aimer "comme moi-même". T'aider. Te comprendre. Et surtout, ne pas te juger. Même si tes convictions sont différentes, même si ta manière de vivre est une insulte à la mienne, nân, que dalle, je suis sensée t'aimer. Et, bien qu'ayant rejeté une énorme partie des principes inculqués dans mon enfance (surtout ceux concernant certains rituels du dimanche matin et tout ce qui va autour), jusqu'à présent, cela me convenait. Après tout, avoir des gosses, puis s'occuper à (tenter de) instruire ceux des autres, ça demande une certaine dose d'affection pour l'humanité!

J'ai ce côté St-Bernard dont j'ai déjà parlé, ce côté optimiste, aussi, pour qui le verre est en général à moitié plein, une optimiste qui tente d'entendre la forêt qui pousse plutôt que l'arbre qui tombe, bref, sans absolument plus être pratiquante, je suis quand même tout à fait séduite par la doctrine des chrétiens de, en gros, "aime tous ceux que tu peux et en attendant, n'emmerde pas ton voisin non plus".

Mais putain, je dois dire que pour l'instant, c'est dur d'aimer son prochain. Parce que, trop souvent, mon prochain est un sacré con... Et je ne parle pas, malheureusement, que du connard qui a trouvé malin de rouler dans une foule avec son putain de camion. Je parle aussi, presque, surtout, des réactions sur les réseaux "asociaux" de gens qui veulent absolument faire goûter leur vomi aux autres... C'est là que je me souviens de pourquoi, en général, je les évite excepté pour les infos qu'on ne trouve que là... Que de propos nauséabonds...

Bien sûr, il y a eu des réactions racistes - fallait malheureusement s'y attendre. Un connard d'une nationalité, religion, "race", forcément, déteint sur tous ses congénères! C'est bien connu que tous les Belges sont pédophiles, que tous les Américains sont racistes et armés, que tous les Allemands sont des Nazis et que tous les Cambodgiens sont des tortureurs! Donc, forcément, tous les Tunisiens, tous les Musulmans, tous les Arabes sont des terroristes. Passons.

Mais y a les autres commentaires, aussi. Ceux qui ne comprennent pas "qu'on puisse fournir de bons avocats" à Abdeslam et consort - ouvrez un bouquin d'histoire, les gars: même justement les Nazis ont eu droit à un procès équitable où la présomption d'innocence se devait d'être respectée! ça s'appelle - comment, déjà?... ah oui, la victoire de la démocratie contre la barbarie, ça vous parle? Personne n'a dit que c'était simple d'ailleurs, puisqu'un énorme barbare belliqueux et poilu sommeille en chacun de nous! (oui, chez moi aussi, touche un peu à mes gosses pour faire sa connaissance...)

Autre suggestion: "yaka" bomber la Syrie - mais quelle bonne idée!!! Refaisons un Traité de Versailles où on fout tout le monde dans le même sac! Traité de quoi? Mais oui, vous savez, celui signé en 1920, qui a tenté de "corriger" les Allemands après la première guerre mondiale en leur faisant porter le chapeau pour la totalité du conflit? ça a été très efficace: ça a ruiné le pays complètement (bien fait pour leurs sales gu...), ça les a démoralisés (idem), et ça a permis à un sympathique petit Autrichien d'accéder à une chouette position de pouvoir, et de """""nettoyer""""" le permis de la """""racaille"""""! Voilà la solution!

Par contre, ce qui avait été mis en place après la deuxième guerre mondiale et le choc de l'Holocauste est aussi en train de partir en sucette (merci le Brexit), parce que, franchement, pourquoi on se bougerait le cul pour les autres, on ne peut pas sauver toute la misère du monde, nous on a notre nombril à contempler alors les autres, franchement, qu'ils se démerdent! De toute façon je sais que j'ai raison: j'ai eu plein de "like" après mon commentaire sur la page Facebook, ça veut dire quelque chose, non?

De plus en plus la bêtise et l'ignorance m'atterrent. De plus en plus la haine et la surdité profonde à tous ceux qui pensent un peu différemment me révoltent. Je ne me considère PAS comme bêtement tolérante à tout, même à l'intolérable. Si tu viens chez moi, ok, j'adapterai ma cuisine à ton régime alimentaire, qu'il soit hallal, kosher ou vegan. Mais si moi je bouffe une côte de porc devant ton nez, j'attends de toi le même respect. Si tu te convertis à une religion, c'est ton droit. Mais chez moi, tu respectes tout le monde, homme ou femme, adultes ou enfants, croyants ou mécréants. Et si ma laïcité pratiquante te choque, ne t'étonne pas si TA pratique religieuse me froisse. Et quand je dis "religion", j'entends ça au sens le plus large du terme! Pour moi, l'addiction au smart phone, aux réseaux sociaux et aux selfies est une sorte de religion - avec laquelle j'ai presque autant de mal que celle des intégristes de tout poil, même les intégristes laïcs (car il y en a, j'en connais!).

De plus en plus, les gens pensent qu'en gueulant fort, ils donnent l'impression qu'ils disent quelque chose d'intelligent et de profond. Ben non les gars, pas toujours.

De plus en plus, les gens pensent que les bouquins d'histoire ne servent qu'à leur faire passer des examens puis à être oubliés. Moi qui donne cours d'histoire, je vois que par moments les élèves, quand je fais des liens avec l'actualité, ne savent plus exactement si on est en Allemagne dans les années 1930 ou en Europe dans les années 2010... pédagogiquement, ça me fait plaisir. Humainement, ça me fout les jetons. Parce que souvent, trop souvent, moi-même je ne le sais plus...

Alors, cher frère, chère sœur, je ne dis pas forcément que je vais aller vivre en ermite dans une caverne. Je ne dis pas forcément que moi, je vais "bomber" tous ceux avec qui je ne suis pas d'accord (y aurait trop de boulot!!!). Mais purée... si on pouvait entendre quelque chose de positif, une réaction intelligente et nuancée, pour changer, j'aurais un peu moins de mal à envisager continuer ma "croisade" (VERY bad choice of words, sorry!), continuer à ajouter mon petit grain de sable... continuer à y croire, une fois de plus. Ici dans vos commentaires, peut-être? Pour me rassurer?... Merci d'avance? :/

Donc, cher frère, si tu pouvais arrêter là tout de suite ta crise d'adolescence à la con, sortir la gueule de ton nombril et commencer à utiliser ce qu'il y a entre tes deux oreilles pour autre chose que pour ta putain de page Facebook ou autre... franchement, ça m'arrangerait!

Désolée pour le langage, quand je suis fâchée j'ai tendance à devenir un peu grossière...

 

 

24/03/2016

Comme un immense besoin de fraternité

D'autres l'ont dit avec bien plus d'emphase, d'humour, d'émotion ou de talent. En ces moments si noirs - en ces moments si noir-jaune-rouge, sans aucune connotation de nationalisme bête - j'ai un immense besoin de fraternité. J'ai besoin d'amour, j'ai besoin d'être entourée de gens que j'aime, pas forcément pour parler de "ça", même pas pour pleurer, ça je préfère le faire chez moi sous la couette, mais pour être tristes, pour être en colère, ou tout simplement pour être. Mais ensemble, surtout, ENSEMBLE.

J'ai besoin d'être chez moi - pas parce que j'ai peur de sortir, mais parce que j'ai besoin de bienveillance. J'ai besoin de positif. J'ai besoin d'amour.

Et de l'amour, j'en fabrique à revendre, pour l'instant. Un amour immense pour ces gens qui continuent à vivre la tête haute et le dos droit, pour toutes ces petites gens qui, sans la ramener, sans avoir leur nom dans les journaux, font des gestes de héros. Ceux qui ont donné leur sang. Ceux qui sont venus en aide aux blessés ou choqués. Ceux qui ont ouvert les portes de leur voiture, voire de leur maison, pour les gens qui ne seraient pas parvenus à rentrer. Tous ceux qui agissent et puis qui disent "mais c'est normal"...

Tous ceux qui ont repris le métro. Ceux qui disent qu'on doit rester unis. Ceux qui réussissent à nous faire rigoler, malgré tout, même si, entre deux rires, on essuie une larme. Merci, d'ailleurs, à Thomas Gunzig, à Jérôme de Warzée, à Gui Home, à Guillermo Guiz, puis à tous les autres. Vous nous montrez le chemin.

Merci à ceux qui bravent l'interdiction de se rassembler pour montrer leur solidarité, pour laisser des messages de paix, de tolérance, puis de colère, aussi. C'est bien quand on est en colère tous ensemble contre les mêmes conneries: ça tient chaud.

J'ai besoin d'être entourée de ma tribu. J'ai besoin qu'on se réconforte, qu'on se touche, qu'on s'entoure. J'ai besoin, comme tant d'autres, de dire à ceux que j'aime comme je les aime. On a besoin de ça.

Mais de plus en plus, depuis deux jours, le concept de tribu s'élargit.

Avant, ma tribu, c'était un homme merveilleux. Un ado-en-devenir (ben oui, "pré" ado, c'est derrière, on est dedans, ça y est, il m'a dépassée!!!) qui a besoin d'en parler comme un grand. Un grand petit garçon trop sensible et qui ne comprend pas. Qui a besoin de penser à autre chose. Qui s'accroche à son enfance parce que pour le moment, bordel, grandir fait peur. Une petite fille qui sait me rappeler que, malgré la laideur, les choses belles continuent à exister. Merci ma chérie de nous prêter tes yeux d'enfant, on en a vraiment besoin pour l'instant - moi j'avais même oublié que j'avais toujours les miens aussi!

Mais pour l'instant, ma tribu, ça devient tous ces anonymes qui vivent, pensent, ressentent la même chose que moi. Je n'ai plus l'impression d'être une extra-terrestre, pour l'instant. Je trouve tous ces gens magnifiques. Et moi aussi j'ai envie de leur ouvrir les bras. Il faut qu'on restent unis. Tous ensemble... comme après une victoire de nos Diables Rouges.

Puis, enfin, merci encore à Gui Home pour sa vidéo - je ne suis pas la première à la voir, on est presque 5 millions à l'avoir visionnée... mais putain que ça fait du bien. Quand on parvient à rire, même un rire qui fait mal, c'est que la vie reprend le dessus. La vie est plus forte que tout... mais là, j'ai vraiment besoin d'une vie pleine d'amour.

Bisounours malgré tout, envers et contre tout? Mais oui!!!! De temps en temps, merde, pourquoi pas? Et après de tels actes, n'Est-ce pas normal de se dire qu'il y a d'autres extrêmes? Après l'extrême de l'horreur, pourquoi ne pas essayer l'extrême de la gentillesse? La radicalisation de la tolérance? L'extrême-amour? L'extrême-rose bonbon? Les attaques de câlins et de mots doux? Moi j'y crois, au pouvoir de la bienveillance. Surtout si on est des millions à la pratiquer. Des millions de gens debout, faisant le signe de la paix d'une main... et le doigt d'honneur de l'autre.

Mes pensées sont décousues, je ne suis pas la seule, l'émotion reste à fleur de peau, d'yeux, de lèvres, chez tous, même ceux qui essaient de nous faire rire. Mais on reste là. "Still pissing"...

"Ceux à qui vous faites peur, ils n'existent même pas". Allez voir la vidéo: ça fait du bien!

 http://www.lalibre.be/light/insolite/gui-home-fait-le-buzz-sur-les-attentats-de-bruxelles-56f2bf3e35708ea2d3d7d6c4

Merci à ce petit gars d'oser. Merci à tous les membres de "ma" tribu, la tribu de l'humanité et de la fraternité. J'ai l'impression que vous m'avez répondu.

vu sur http://cafe-sofia.com/top-10-des-dessins-en-reponse-aux-attentats-de-bruxelles-still-pissing/

 

22/03/2016

Dites-moi vite...

Voilà, c'est fait... Nous aussi on s'est fait avoir. Nous aussi, à présent, on pleure nos morts, on pleure ce viol insoutenable qu'est un attentat sur le sol de son pays, nous aussi...

Journée très bizarre... La peur, la tristesse, une énorme colère, mais aussi le sentiment d'être complètement assommée. J'étais contente de ne pas avoir cours cet après-midi: je n'aurais pas su parler.

ça va s'arrêter quand, bordel? Quand tout le monde sera converti à "leur" islam? celui de la peur, de l'intolérance, d'une absence totale, merde, de vraie foi, car la vraie foi ne tue pas, la vraie foi se transmet par l'exemple,  pas par la peur et la haine de l'autre. Quand tout le monde aura arrêté de rire, de boire, de sortir et de faire la fête? Quand toutes les villes seront détruites et occupées surtout par les militaires?

Dites-moi s'il vous plaît qu'il en reste encore, des rêveurs, des pacifistes, des tolérants, des artistes! Que l'humanité ne se résume pas à ceux qui posent des bombes et à ceux qui sont prêts à s'agenouiller devant la menace! Dites-moi que je n'ai pas fait une monstrueuse erreur en mettant au monde trois merveilleux enfants, dites-moi que leur avenir n'est pas foutu, dites-moi que ce que j'essaie de leur transmettre a encore un peu de sens!

Je n'ai toujours pas peur pour ma petite personne physique. (ok, si j'avais été dans le métro ce matin j'aurais clairement eu peur, jamais prétendu être une héroïne non plus) Mais j'ai peur pour mon humanité. Résistera-t-elle à ces coups répétés? Ne vais-je pas perdre ma foi, celle qui me tient debout, ma foi en l'Homme? Et si je n'ai plus aucun message d'espoir à donner, tant à mes élèves qu'à mes enfants, plus aucun message de paix, d'amour, de lutte... qu'Est-ce que je fous là, moi?

Dites-moi que vous aussi, vous vous posez ces questions... mais dites-moi encore plus que vous avez trouvé, ou que vous allez trouver une réponse lumineuse, pas la réponse noire de la haine et de la peur!

Et vous, les jeunes, les gosses, les adultes de demain, dites-moi que vous pouvez toujours rêver de beau, que vos copains s'appellent Manon, Ahmed, Félicité ou Mataï et que vous ne voyez VRAIMENT PAS où est le problème, que vous avez toujours envie de partager, d'embrasser la vie à bras-le-corps, que vos sentiments sont vastes, variés, colorés, et que votre vie, c'est maintenant, ici, chez nous, et pas dans un au-delà théorique, ou dans un autre pays, à combattre des gus en face, sans même vraiment savoir pourquoi!

Dites-moi vite que le printemps ne va pas s'arrêter aujourd'hui à jamais...

 

 

Dans le bus, au retour, tout le monde était plongé dans de bien moroses pensées, quand tout à coup ma fille a crié: "Mamaaaaan, regaaaaarde!!!!!". Je m'attendais à voir quelque chose de bien moche, de bien glauque, quelque chose qui correspondait à l'espace et aux couleurs dans ma tête.

En fait, c'était un arbre qui recommençait à fleurir.

Des fleurs roses...

Dites-moi vite que personne ne réussira à lui ôter ça. Jamais.

15/11/2015

Continuer à y croire...

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Une fois de plus, l'horreur et la barbarie font parler d'elles. Une fois de plus, avoir foi en l'humanité est une gageure, voire carrément un signe de débilité profonde. Une fois de plus, ceux qui n'ont pas assez confiance en leur foi et leurs "valeurs" tentent de nous les imposer par la force. Sans se poser de questions. Fais-toi exploser, mec, t'iras au paradis après (big fucking deal, d'après moi, mais je fais partie des "mauvais", sans doute).

Une fois de plus, on a la tentation de ne plus y croire... et pourtant, jamais la foi en l'humanité n'aura été aussi importante, essentielle, une arme contre la connerie et l'horreur. C'est vrai que les humanistes et les pacifistes font moins de bruit, même à 100.000, qu'un seul crétin qui se fait exploser. C'est vrai qu'une poignée d'extrémistes peut, en apparence, réduire tout un peuple à la terreur. Mais en apparence seulement.

Amis parisiens, amis français, amis du monde, simplement, comme vous avez raison de clamer "on doit continuer à vivre". Respect, les gars...

Quant à moi, ici, qui suit devant mon petit écran, comme tout le monde, le défilé d'images atroces, les témoignages de gens perdus, désemparés, mais forts, mais dignes, comme vous, je décide de continuer à y croire. Malgré mes larmes. Malgré la boule au ventre. Malgré l'envie, moi aussi, de prendre une kalashnikov et de vous venger. C'est pas gagné, je ne suis pas sûre d'y arriver, mais je VEUX continuer à y croire!

Croire en quoi?

Croire que les braves gens sont plus nombreux que les autres. Croire que, si on se met TOUS ENSEMBLE, sans plus de distinction de fucking communautés, fucking "races", encore plus fucking religions, on gagnera contre les connards. Contre les barbares. Contre les ignorants.

J'ai des enfants - je n'ai pas le choix. Je n'ai pas envie de leur laisser la peur en héritage, la méfiance en héritage, le racisme et les amalgames faciles en héritage.

Je continue à soutenir que nous devons ouvrir nos portes aux réfugiés qui tentent, eux aussi, de fuir la barbarie. Je continue à clamer que, peut-être un jour, l'humanité entière sera éclairée, comme justement la France du 18è siècle. J'attends les Voltaire, les Diderot, les Montesquieu de l'autre côté, ceux qui, avec leurs mots, feront réfléchir et penser (ENFIN!) les crétins crédules. Je veux résister à l'appel de la haine de l'autre - quel qu'il soit.

Peut-être que je me plante. Peut-être que ce sont eux qui vont gagner. Quoique... tant qu'il y aura des gens qui oseront se lever pour crier "non", ils n'auront pas vaincu.

J'ai du mal à trouver des mots... peut-être parce qu'il n'y en a pas. J'envoie donc par les ondes un gros hug collectif à tout un peuple blessé. Très sincèrement.

Nous devons continuer à y croire... JE dois continuer à y croire.

Je suis Paris.

07/10/2015

Merci Bologne!

La vie d'un prof est souvent jalonnée de tracasseries administratives. Pour commencer à enseigner (envoyer le même dossier par recommandé tous les ans à TOUS LES RESEAUX où l'on souhaite travailler). Pour pouvoir être payé (renvoyer le même dossier - sait-on jamais qu'on ait changé 4 fois de diplôme depuis), avec dans le meilleur des cas un mois de retard. Moralité, si t'as pas de mari/femme qui bosse et qui gagne bien sa vie, t'as pas les moyens d'être prof. Tant qu'on n'est pas nommé, il faut re-poser sa candidature tous les ans (toujours par recommandé). Et quand on est nommé, pour que cette nomination soit active, re-belote, à vous le gros dossier...

Je détestais Kafka quand j'étais jeune. A présent, je l'admire: il faut dire que, sans être des lectures hyper-drôles, ses livres ont l'art de représenter les méandres surréalistes d'une administration (souvent) pesante, (parfois) sourde et aveugle au bon sens, bref, dans tous les cas chiantes, et trop souvent cauchemardesque.

Je le sais, je m'y suis résignée, je n'ai plus aussi souvent envie de faire sauter leurs bureaux (oups, menace terroriste? Non, façon de parler). Cependant, il reste un organe qui me fait encore m'arracher les cheveux, c'est la commission d'équivalence des diplômes.

De quoi s'agit-il? Si vous avez suivi une scolarité ailleurs qu'en Belgique, ce bureau est chargé d'examiner votre dossier, afin de voir si, en gros, l'année dans laquelle on vous a mis est bien celle qui correspond à votre niveau. Pas votre niveau réel, ouh là non, ça serait trop facile!!! Ici on parle uniquement du niveau sur papier... bien souvent en dépit du bon sens le plus élémentaire.

Cette commission travaille donc sur base des documents envoyés (ou pas - certaines situations sont plus compliquées que d'autres) par l'élève. Bulletins des 26 années précédentes. Liste de tous les cours suivis par l'élève et ses ancêtres depuis 3 générations. Autres papiers obscurs. Pour finalement arriver à une conclusion: l'élève Machin (pour)suivra sa scolarité dans l'année X.

Jusqu'il y a quelques années, je ne m'étais jamais posé la question de leur légitimité. Jusqu'au jour où est arrivée dans ma classe l'élève Y., qui avait suivi sa scolarité en Angleterre - càd, à ma connaissance, pas le bout du monde dit "civilisé". Y. avait été placée en 4è (notre 4è belge), ce qui correspondait à son âge. Mais très vite, nous avons constaté son excellence: elle brillait dans chaque cours, elle rendait des travaux à tomber à genoux, bref, elle aurait pu suivre haut la main les cours de 5è. Personne ne doutait que son dossier fût accepté... c'est alors que la nouvelle est tombée: Y. devait "redescendre" en 3è, ou alors redoubler sa 4è. Nous étions ébahis. Nous avons voulu envoyer un témoignage, nous les profs... mais, bizarrement, les enseignants n'ont rien à dire. C'est clair que des petites cases, ça donne une idée bien plus claire sur le niveau d'un élève que les enseignants qui le/la côtoient jour après jour!

Il restait cependant un recours à Y.: passer par le jury central, afin de passer les examens de 4è, et donc de continuer à suivre son groupe. Sauf que... le programme du jury central n'est pas le même que celui des cours dits "réguliers". Vous avez bien lu: ils donnent un diplôme équivalent, mais les cours et le programme n'ont rien à voir, c'est mille fois plus difficile!!! Malgré son intelligence et son travail (en plus des cours du jour), Y. a échoué en maths. Elle a donc changé d'école, et refait sa 4è...

Autre cas, qui a suivi peu après: l'élève B. nous arrive du Cameroun. Elle a fait l'immersion, on me la "refile" donc, car on me dit qu'elle ne comprend pas le français. Je la teste un peu: élève charmante, souriante... mais qui ne semble pas comprendre mon anglais non plus. J'essaie de lui parler, d'abord en anglais, puis en français: grand moment de solitude! A mes questions, elle répond par d'autres questions qui n'ont rien à voir. Quand je la presse de me répondre d'abord, elle me répond avec un charmant sourire: "oui Madame!"... B. était en 5è - toujours d'après son âge. La commission d'équivalence nous dit de la mettre plutôt en 3è - où, apparemment, elle ne comprend pas plus. B. y passe donc les 3/4 de son année scolaire... jusqu'au jour où la commission nous recontacte: changement, le dossier est à présent complet, il faut donc remettre B. en 5è! En plein mois de mai!

Inutile de dire que B. n'a pas fait long feu dans notre établissement, et qu'elle s'est bien sûr fait ramasser en fin d'année... merci pour l'année gâchée stupidement!

Donc moi j'ai envie de dire: c'est bien beau, les petites croix à mettre dans les cases, mais quand il s'agit de l'avenir d'un jeune, ça me donne envie de mordre. Je ne demande pas que l'avis des profs soit le seul critère, mais qu'on nous le demande quand même pour voir, bon sang! C'est facile d'écrire "super méga bon niveau" sur un papier, mais parfois la réalité est trèèèèès différente!

Il faut prendre en compte le jeune dans sa spécificité... mais également le type d'enseignement du pays où il vient! Ainsi, j'ai remarqué que les élèves venus directement d'Afrique (pratiquement de tous les pays, à part peut-être un ou deux) ont tous les mêmes difficultés: chez eux, on leur apprend l'étude par cœur, donc chez nous ils excellent souvent en mémorisation, par contre l'esprit critique, la synthétisation, rephraser des sources avec leurs mots, c'est plus compliqué. Or, la compétence "synthétisation" fait partie des compétences terminales, notamment en histoire (vous savez, l'épreuve externe balancée sur les réseaux sociaux l'année scolaire passée?). Que doit-on faire, alors, si on nous donne deux ans pour arriver au même résultat qu'en 6 ans avec "les nôtres"? Avec juste le droit de fermer notre gu...?

ça me révolte que les lourdeurs administratives empiètent sur mon travail. Parce que je ne peux pas faire de miracle, moi: je m'arrache toujours les cheveux avec certains élèves, certes super méritants mais qui sont arrivés ici trop tard, et placé dans une année, souvent en dépit du bon sens. De plus, ces élèves, souvent, étaient considérés comme brillants chez eux... et voilà comment on les accueille:

Année 1: "Tu as 14 ans? pas grave, vas en 5è"

"Désolée, tu rates ta 5è, tu n'as pas le niveau".

Année 2: "Recommence ta 5è"

"Désolée, tu n'as toujours pas le niveau puisque tu aurais dû être placé en 2è ou 3è, et que donc tu as loupé 2 ou 3 ans de formations parce que ton dossier portait les bonnes croix... tu rates ta 2è cinquième!"

Année 3: "Tu peux... où es-tu? Ah, tu dois quitter l'école et apprendre un métier? Ben... désolée, et ravie de t'avoir connu!!!".

Certains s'en foutent. Ou font semblant de s'en foutre. Pour d'autres, c'est la claque (non méritée), le choc, le chagrin... et parfois toute la famille sur le dos. Et nous, on doit s'en laver les mains... et ça me révolte.

Alors, oublions un peu ce "pacte d'excellence" pour l'enseignement - ça veut dire quoi, d'abord? Et tentons de rendre notre enseignement un peu plus égalitaire. Parce que pour l'instant, si on veut un peu oublier la langue de bois, voilà ce que ça donne, l'enseignement en Wallonie:

T'es blanc, t'es riche, t'as des parents universitaires? Bienvenu, notre enseignement est fait pour toi, tu iras toi aussi jusqu'à l'unif (puisque chez nous y a des échelons et l'unif c'est le plus haut).

T'es blanc mais t'es pauvre avec des parents ouvriers? Pas de chance, tu survivras sans doute en primaire mais après, ne te fais pas d'illusion, tu iras forcément en technique (échelon plus bas).

T'es étranger, un peu ou beaucoup bronzé, tes parents ne sont pas ambassadeurs, ils ne sont même pas francophones (et ils comptent sur l'enseignement pour progresser socialement?)... désolééééééé... notre enseignement n'est décidément pas fait pour toi. Va ailleurs, ou prépare-toi à souffrir dès la maternelle, tu n'auras pas le CEB, tu seras la terreur de la cour de récré en 1-2 secondaire, puis t'iras en professionnel... pas parce que t'as un projet, de manière noble, noooooon, tu te crois en Allemagne? T'iras là parce qu'on ne veut plus de toi dans le général, et tu iras où finissent tous les autres rebuts (même si c'est là qu'y a du boulot, chercher l'erreur...)

Je ne pensais pas écrire une si longue tartine. Mais j'avais besoin de le dire...

Y a des solutions. Des chercheurs qui proposent depuis des décennies un autre système. Je continue d'y croire! En attendant... j'essaie parfois de réparer le Titanic avec des sparadraps... je fais ce que je peux, avec ce que j'ai... J'attends.

25/08/2015

Sommes-nous tous coupables de crime contre l'humanité?

Sans vouloir plomber l'ambiance...

Au cours d'histoire, en rhéto, je vois l'Holocauste avec mes jeunes. Chaque année, ils me posent la même question: comment l'humanité a-t-elle pu laisser faire ça? Et chaque année, je n'ai pas de réponse. Lâcheté, égoïsme, chacun vaque à ses petites occupations, s'occupe de ses petits problèmes, on oublie si vite ce qui ne nous touche pas directement!

Puis à l'époque, cela semblait tellement inimaginable! (aujourd'hui aussi, d'ailleurs... je n'ai toujours pas capté comment des humains - soi-disant l'espèce la plus "évoluée", entre parenthèses - pouvaient affliger ça à d'autres humains, mais bon, ça doit être moi qui suis obtuse...) C'était loin, aussi, pour les citoyens des années '40, qui n'avaient pas, comme nous, le bout du monde au pas de leur porte!

Par contre, pour nos enfants, pour nos petits-enfants, ce sera quoi, NOTRE excuse? Comment pourrons-nous justifier ce qui est en train d'arriver aujourd'hui à des milliers de réfugiés syriens? (et encore, ceux-là ce sont les "chanceux", ceux que la mer et les bombardements n'ont pas - encore - eus!!!) Comment pourrons-nous regarder ces gosses dans les yeux et leur donner de "bonnes" raisons pour justifier notre silence, notre inaction, notre passivité... voire, parfois, trop souvent, notre refus actif de tendre la main, quand ce n'est pas notre poing tendu, armé, pour être sûrs qu'ils n'envahissent pas notre petite vie confortable? Moi, des bonnes raisons, je n'en ai pas.

J'ai vu les gosses arriver sur l'île de Kos. J'ai vu ces mamans désespérées, sauvées, oui, mais pour combien de temps? J'ai vu ces jeunes qui préfèrent se faire happer par des trains, plutôt que de crever sur place en étant considérés comme des parasites. J'ai vu ces bateaux remplis de corps, ces bateaux vides parce que tous les occupants s'étaient noyés. Comment en est-on arrivés là? Comment l'humanité (qui porte si mal son nom dans ce cas précis) a-t-elle pu laisser faire ça?

J'ai entendu les commentaires des "braves gens": y a qu'à foutre des clôtures électriques avec des chiens, y a qu'à électrifier le dessus des trains, y a qu'à les renvoyer dans le même bateau, y a qu'à... Ou encore: on ne peut pas sauver toute la misère du monde. On ne fait pas assez pour les Belges, on ne va quand même pas accueillir des gens et leur donner un abri et des soins médicaux! (ben... si c'est pour les laisser crever comme des chiens, c'est pas les accueillir, si?) Toute façon ils ne sont pas si pauvres: ils ont un smart phone... (La meilleure, celle-là! c'est vrai qu'on smart phone nourrit et soigne très bien un enfant, ça protège bien des bombes et des attaques terroristes, ça console tout de suite une femme violée ou veuve!)

J'avoue que je ne fais pas de politique. Trop bièsse, trop entière, trop naïve. Je ne suis pas économiste non plus. Alors oui, peut-être qu'une arrivée massive de réfugiés syriens poserait quelques problèmes économiques, pour un petit moment. Peut-être. Suis même pas sûre. Mais le plus urgent, l'essentiel pour l'instant n'est-il pas de se conduire en êtres humains, pas en portefeuilles? Ne serait-il pas bon, en cas de crise humanitaire majeure, d'apprendre une fois pour toute à partager un peu? Et vous, gens bien-pensants, dites-moi: si vous viviez là-bas, entre un dictateur et des terroristes, si chaque jour vous aviez peur de perdre la vie - la vôtre, ou celle d'un de vos proches? Si la survie la plus élémentaire de base était compromise, menacée, pouvez-vous me jurer que vous resteriez sur place "pour ne pas aller profiter des gentils occidentaux qui n'ont jamais fait de mal à personne et qui ne vont quand même pas se priver de vacances ou d'une nouvelle Audi pour me venir en aide"? Parce que moi, c'est clair: je vis en Syrie avec mes gosses... je me casse et je viens ici: quitte à perdre la vie, autant le faire dans l'action plutôt que d'attendre la bombe qui aura raison de moi.

Nondidjû, si on parlait d'un refuge pour putains de chiens et de chats, tu vas voir qu'on trouverait des milliers de gens pour s'indigner, pour écrire des pétitions, pour envoyer des dons, pour réclamer la tête des responsables qui laissent faire de pareilles horreurs. Alors oui, la bien-traitance des animaux, c'est important. Mais, pour citer un responsable de la Ligue des Familles, "l'être humain aussi, c'est important".

Je ne dis pas que je suis moi-même pour l'instant en Syrie à essayer de renverser Bachar Al-Assad ou l'IS. Je ne bosse pas dans un camp de réfugiés. Je n'accueille personne chez moi. Je serais prête à le faire pour quelques semaines. Mais ici je fais appel aux idées: que peut-on faire? Que va-t-on faire? Je n'ai pas l'envergure de fonder moi-même un projet. Mais je serais ravie de prêter main (super) forte à quelqu'un qui est plus malin que moi. Normalement ça devrait venir d'en haut. Mais pendant que ça discute et que ça compromet, là-haut... n'est-il pas grand temps que nous, petites gens d'en bas, nous prenions aussi nos responsabilités d'êtres humains? Après tout, pouvoir continuer à se regarder dans la glace et pouvoir dire à nos petits-enfants qui étudieront ça en classe: j'étais là, et j'ai fait quelque chose... pour moi, ça n'a pas de prix. 

Le prochain billet sera plus léger, promis... mais là, fallait que ça sorte!