17/12/2016

Lettre ouverte à mes enfants

Liège, 9 novembre 2016

Mes amours,

Rarement je n'ai été alerte aussi rapidement à 6h du matin. La nouvelle vient de tomber. "Il" a été élu... contrairement à ce que tout le monde espérait, contrairement aux prévisions des sondages... entre la grippe et le choléra, ils ont choisi le choléra...

Pour la première fois depuis que vous êtes là, et devant la direction que prend le monde, j'ai envie de revenir en arrière. 15 ans en arrière, pour être plus précise. Le moment où nous nous sommes décidés à nous lancer dans l'aventure parentale. 

Ne voyez pas ceci comme un reproche ou un regret en soi: vous êtes la plus belle chose qui m'est arrivée, vous êtes magnifiques, vous êtes de bonnes personnes... mais justement: vous méritez tellement mieux que le monde que nous vous léguons. Et quand je vois ce monde qui, pour moi, court à sa perte, pour la première fois de ma vie, je regrette. Je regrette de vous y avoir mis.

Si vous saviez ce qu'il m'en coûte d'écrire ces mots... pour moi c'est clairement un constat d'échec. L'échec, bien sûr, de tout un système! Je ne suis pas auto-flagellante au point de m'attribuer la responsabilité de TOUT ce qu'il se passe aujourd'hui! Mais, si je dois faire mon mea culpa, c'est aussi l'échec de notre politique d'autruche familiale: nous pensions, votre père et moi, bien naïvement, je m'en rends compte à présent, qu'en essayant de vous éduquer dans le respect des valeurs auxquelles nous croyons, nous faisions notre part. Nous pensions que, en essayant de faire de notre vie familiale un refuge - contre le monde de fous qui nous entoure, justement - nous pouvions vous protéger. Hé bien, nous nous sommes trompés.

Je ne vois pas de solution, à part celle de "prendre les armes". Mais je ne sais pas lesquelles. Et ça me frustre, parce que notre excuse de "c'est pas nous tout seuls qui changerons quoi que ce soit" me paraît tellement lâche, tellement idiote, aussi. Non, on ne changera rien à nous tout seuls. Mais n'avons-nous pas le devoir d'essayer? Ne sommes-nous pas coupables à l'avance de la pauvre vie qui semble s'annoncer pour vous, une vie entre peur et haine, entre égoïsme et indifférence, entre des choix impossibles, soit être malhonnête et profiter d'un système pourri, soit tenter de rester "pur" et se faire complètement broyer par ce même système?

J'ai peur, mes enfants, j'ai mal, je suis triste et je perds espoir. Pourquoi aujourd'hui plus que le 14 juillet, le 22 mars, le 13 novembre, le 7 janvier? Je n'arrive pas à le dire. Est-ce parce que, comme tout le monde, j'ai participé à la "vaste blague" de la candidature de l'autre perruqué, en trouvant ça juste "drôle"? Est-ce simplement l'accumulation des coups de canif dans ma foi en l'être humain? Toujours est-il que là, ça y est, je vois les élections présidentielles françaises avec Marine présidente, je vois l'Europe comme un continent éclaté... je vois les années '30 en Allemagne, quoi. Avec, en prime, notre petit Holocauste à nous (la Syrie), et la même indifférence morne et abrutie de gens qui en ont trop vu. La machine à empathie est cassée.

J'en suis à me dire que la seule réaction respectable serait d'aller combattre, moi aussi, physiquement... mais le pourrais-je? Le voudrais-je? Et le fait d'être une martyre pour une cause (oui mais laquelle?) réussirait-il à racheter ma faute, le péché originel d'être un être humain? Ou dois-je aller plus loin dans le désespoir et nous faire partir tous ensemble dans le néant, pour ne plus être forcés d'assister à une mort lente et progressive?

Il faudrait continuer à y croire... mais en ce 9 novembre 2016, je n'y arrive simplement plus. J'ai perdu la foi... et je ne peux vous dire à quel point ça fait mal. Je vous présente mes excuses, mes enfants. Pardon de vous avoir mis au monde. Si j'avais su, il y a 15 ans, ce soir-là, j'aurais eu la migraine...

Je vous aime.

Maman

21/06/2015

J'ai testé pour vous: l'acupuncture pour prévenir le burn out

Depuis toujours, je sais que je suis sensible aux changements de saisons. L'automne me déprime, mais l'arrivée du printemps me bouleverse parfois aussi. De manière plus positive, certes, mais j'ai aussi parfois du mal à gérer émotionnellement le retour de la sève. Je le sais, j'essaie de m'y préparer... et pourtant, cette année, lorsqu'un gigantesque coup de mou m'est tombé dessus, j'ai pris peur.

C'est une chose, en effet, de déprimer un peu de novembre à janvier, d'attendre impatiemment le retour de la lumière, de fantasmer sur un système de sécurité sociale qui rembourserait les séjours au soleil pendant les mois d'hiver. C'en est une autre de se retrouver en vacances, au printemps (printemps lumineux, en plus de ça), à pleurer toute seule devant l'écran d'ordinateur. D'avoir des pensées morbides plusieurs fois par semaine. D'avoir l'impression, mi-avril, que je n'allais pas survivre jusqu'à la fin de l'année scolaire. De me sentir tellement épuisée que même la pensée de reprendre le chemin du boulot (après, je le rappelle, 2 semaines de pause) me donnait envie de me cacher sous la couette avec des somnifères. De me prendre à souhaiter avoir un truc vraiment très grave qui m'aurait permis de faire un long séjour à l'hôpital, afin de ne plus devoir m'occuper de rien. Tout ça ne me ressemble pas, et donc j'ai pris peur.

Depuis toujours, le mot "dépression" m'effraie, et le cortège de saloperies qu'on prend pour la traiter, encore plus. Sans être "contre", je me suis toujours dit que je préférais me soigner de la manière la plus naturelle possible, même en cas de problèmes plus "lourds". Je ne dis pas que je soignerais un cancer par la prière, mais tout ce qui est plus lié au psychisme, je préfère gérer moi-même. Orgueil mal placé? Peut-être. Mais je pense avoir un bon rapport avec mon corps, j'écoute ses signaux, et je sens au plus profond de moi-même que les trucs trop "chimiques", ce n'est pas pour moi. C'est donc pour ça que j'ai préféré ne pas consulter chez mon généraliste habituel, qui est très, très, trop médicaments. C'est alors que j'ai pris connaissance d'un article sur l'acupuncture pour soigner la dépression et le burn out.

J'ai décidé de tenter l'aventure avant de tomber trop bas. Et j'ai appelé le fameux Dr P.

Première séance. Il m'explique qu'il fonctionne en général par 10 séances, sauf pour les troubles vraiment très ciblés. Je lui explique mon "cas". Pas de problème: il pense qu'il peut m'aider. Même pour le moral? Bien sûr! Et on y va: il pique à des endroits variés, dos, crâne (centre des émotions), sternum (relâcher), doigts (énergie), mollets (sais plus)... puis il me laisse "mijoter" pendant un quart d'heure.

Le temps passe assez vite. Je suis couchée, relax, je sens très vite une onde de chaleur remonter le long de mes doigts, je m'endors un peu... dring, le temps est passé. Quand le docteur entre à nouveau dans la pièce, j'ai du mal à lui parler. Je suis tellement détendue que ma bouche même est toute molle, je parle comme si j'avais abusé du bon vin. Il prend à présent un bâton d'une sorte d'encens (du moxa, une espèce de cigare tiré de l'armoise) qu'il allume et approche de certaines zones qu'il a piquées. A chaque fois, je dois lui dire quand ça devient très chaud.

Au niveau du ventre, j'ai véritablement l'impression d'un rayon laser qui agit partout. C'est agréable.

La séance finie, je me rhabille. J'ai l'impression d'être sur un nuage, physiquement et mentalement. Je suis bien, détendue, molle mais de manière agréable (contrairement aux jours/semaines précédentes où la mollesse était synonyme de "niveau énergie moins mille"), j'ai même par moments un sourire un peu niais, je glousse toute seule dans la rue... serait-ce le moxa (dont j'ignorais le nom, à ce moment-là, et dont l'odeur me rappelle d'autres plantes moins légales et à l'effet similaire) qui m'enivre?

Sur le trajet du retour avec les enfants, je suis à nouveau un peu plus "normale", mais toujours très détendue. Le train a un peu de retard? Pas grave. Je dois me précipiter sur lessive, rangement, préparation du repas dès notre arrivée à la maison? Pas grave non plus. J'ai les ressources physiques, je n'ai pas cette impression de vide énergétique total qui m'a pourri la vie les semaines précédentes. (pour utiliser une image, j'avais l'impression d'être une baignoire dont on a ôté le bouchon, et dont l'eau/l'énergie se vidait entièrement)

Une fois le soir, je suis (relativement) en forme: toujours très détendue, mais pas assommée. Souriante. Je dors comme un bébé. Je suis bien.

Me méfiant de ma nature confiante et de ma tendance, parfois, à me sentir mieux simplement parce que j'ai pris la décision de ne pas me laisser aller à être mal, j'attends, et je continue les séances. Au fur et à mesure, la sensation d'avoir fumé la moquette s'estompe, mais la sensation de bien-être, elle, reste fidèle au rendez-vous. Mon moral? Il va bien. Au début, je trouve même qu'il va presque "trop" bien, dans le sens que j'ai la tête pleine de bêtises, je lâche des blagues nulles, je rigole bêtement, j'ai le cerveau en vacances, clairement en mode "j'ai 16 ans et je fais la fête", ce qui m'inquiète presque (sauf que je suis trop zen pour vraiment m'en faire!) à quelques semaines des examens. Mais tout finit par se ré-équilibrer.

Physiquement, il n'y a pas de miracle non plus: puisque j'ai bossé 7 jours sur 7 pendant environ un mois et demi, je suis restée un peu fatiguée. Quand le réveil sonne à 6h, j'ai toujours envie de pleurer. Mais pour la première fois depuis que je suis à nouveau prof (donc 10 ans), j'ai tenu la "compétition" de fin d'année sans vitamines. Je reste debout. Je récupère même plus vite. Bref, sans m'avoir transformée en Super Woman sous cocaïne, ce traitement m'a permis de vivre bien, confortablement - alors qu'en avril, je craignais de devoir me mettre en congé pour un ou deux mois.

Je suis donc devenue une convaincue de l'acupuncture. Je ne dis pas que je vais y retourner dès que j'éternue deux fois. Mais bon, si ça me permet d'éviter coups de mou et coups de déprime, pourquoi pas?

J'ai fini le traitement pour l'instant. Mais, dans un esprit de prévention, je pense que je vais y retourner en octobre. On va voir si ça me permet de rester charmante (par opposition à "ours hargneux") en novembre et décembre. Ce sera, pour moi, le test ultime...

15/12/2014

Quand on a le nez dans le guidon

Fin novembre...

Comme chaque année à cette époque, j'ai du mal à gérer. Les jours raccourcissent horriblement, au même rythme que mon énergie, j'imagine. La grisaille tenace n'aide évidemment pas. C'est la fin de période, avec les montagnes de copies à corriger que cela sous-entend, ainsi que les réunions, conseils de classe et autres joyeusetés, tous les soirs parfois jusque 21h. Les journées sont longues, et cela se sent.

Quand j'ai le nez dans le guidon en fin de période comme ça, je ne vois plus que le super essentiel, ce qui nous concerne directement, le plus urgent, le plus direct. Ne me demandez plus de retenir les informations périphériques: réflexe de survie, sans doute, je les zappe ou les mets de côté pour plus tard. C'est parfois embêtant: souvent, le "plus tard" devient "trop tard", et il faut passer quelques moments à mendier un délai supplémentaire (oui, chers élèves, ça m'arrive aussi...).

Quand j'ai le nez dans le guidon, surtout entre la Toussaint et Noël, je râle. Je me lève en râlant, je déjeune en râlant, je vais bosser en râlant, et je râle jusqu'au soir jusqu'à ce que les enfants soient couchés. Je sais que c'est nul, de plus cela ne me ressemble pas de me lever de mauvais poil - pas de chance, m'en rendre compte n'améliore rien, au contraire, ça me fait râler encore plus d'avoir tellement envie de râler, vous voyez?

Quand j'ai le nez dans le guidon, je suis assez invivable avec les enfants, je le sais, ça m'attriste, d'autant plus qu'à ma râlerie contre le monde, la vie, les gens et tout l'univers s'ajoute le sentiment d'être totalement incomprise. Je pense qu'en fait je n'ai envie que d'une chose, qu'on me prenne dans les bras en me demandant "qu'Est-ce qui ne va pas, qu'Est-ce qu'on peut faire?". Pas de chance, en cette période de journées courtes et de nuits interminables, chacun ne voit sa réalité et on ne parvient pas à s'entendre ni s'aider. On se juge et on se tape sur les nerfs. Vivement les vacances qu'on puisse souffler, mais elles paraissent tellement loin encore!

Quand j'ai le nez dans le guidon et que je vais sur mes réserves pour gravir la dernière côte, le fait de me lever devient un exploit quotidien - et si vous vous demandez si ça illumine ou facilite ma journée, la réponse est évidemment "non".

Quand j'ai le nez dans le guidon, je n'arrive pas à me poser un petit instant pour prendre du recul. Ce n'est plus le nez mais la tronche entière que j'y écrase, et j'en viens à nouveau à ressembler au petit hamster qui court bêtement dans une roue qui lui fait mal aux pattes, mais qui n'imagine même pas que si lui arrête de courir, la roue s'arrête aussi. Il continue, et s'il a parfois la vision fugitive que ce sera jusqu'à sa mort, le fait de continuer à courir lui fait vite oublier qu'il court...

Quand j'ai le nez dans le guidon, je me transforme en ours (polaire et grognon), surtout en automne. Je n'ai plus envie de voir des gens, tout le monde me fait chier, je vois les invitations données ou reçues comme du stress et de la fatigue en plus, pas comme de la joie à partager. Bien sûr, ça me fait râler encore plus! Je me sens devenir un peu plus asociale à chaque minute... mais encore une fois, le savoir n'arrange rien.

Heureusement les plus longs voyages ont une fin, ne fût-ce que provisoire. La fin novembre est passée et j'ai survécu. J'ai vécu des trucs chouettes depuis, qui m'ont un peu réconciliée avec l'humanité et avec la vie. Je sais que dans 10 jours la lumière aura vaincu les ténèbres. Je sais que je peux commencer tout doucement à lever le pied... attention, pas trop vite, sous peine de me retrouver étendue par terre sans plus une seule bouffée d'énergie pour terminer ce qui doit l'être.

Je vais pouvoir sortir le nez du guidon... encore un automne passé. Il serait quand même temps que j'anticipe (nooooooooooon, pas encore!!!!) et que j'arrive à survivre à un mois de novembre sans (trop) grogner! Allez... mon challenge personnel pour 2015?

11:26 Écrit par Catherine dans Mes tartines à moi | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vie de prof, déprime, l'hiver, courir |  Facebook |

18/08/2014

ça reprend déjà???

Hier on est rentrés de vacances... Putain le choc après 3 semaines de bonheur!!!!

Quand je suis rentrée j'ai eu envie de repartir illico. Suite à une programmation différente des femmes et des hommes préhistoriques (histoire de cerveau reptilien, de mammouth à tuer et de caverne à décorer, tout ça...) je n'ai pas (vraiment) vu le travail de malade que mon homme a fait pendant mon absence. J'ai juste vu un truc: il fait crado. Je me suis fait ch... (même pas! une maison qui reluit en une heure et même pas mal, ça existe!!! Juste... pas chez moi!!!) à nettoyer la maison des vacances pour que ma copine se sente accueillie, va falloir que je recommence ici (mille fois plus de temps et mille fois plus à faire en même temps... c'était quand, déjà, mes vacances???).

J'ai pensé factures à payer, mails à répondre, trucs à organiser, et j'ai eu envie de pleurer; de repartir en courant (950 bornes, vas-y grande sportive!); de me rendre à l'hôpital le plus proche pour une cure de sommeil/coma artificiel/dose massive de drogues qui font oublier; de me coucher dans le divan en mangeant de la glace au chocolat à même le carton (putain, va falloir que j'aille faire les courses en plus!).

Va falloir que je me remette au boulot. Va falloir que je planifie la rentrée. Va falloir que je réapprenne (enfin, apprenne, quoi!) à lâcher prise.

Va falloir que j'arrête de commencer toutes mes phrases par "va falloir"...

Purée, c'était bien, les vacances!!!!!

Allez... on n'attend pas la fin juillet 2015 avant de recommencer à sourire????

 

09:43 Écrit par Catherine dans Mes tartines à moi | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rentrée, déprime |  Facebook |

02/05/2014

La maladie du super-héros

J'ai toujours été un peu exaltée (= mot poli pour ne pas dire "dingue"?). Depuis toute petite, je veux faire "de grandes choses". Au départ, mes modèles avaient pour la plupart des ailes et une baguette magique. Puis il a bien fallu (mais pourquoiiiiiiiii????) grandir (enfin... ceux qui me connaissent se marrent, ici!) et évoluer (heu... un peu, quoi), en tout cas se rendre compte que NON, Peter Pan n'allait jamais t'envoyer une invitation pour son anniversaire (parce qu'il ne grandit plus, patate!), et que même si tu pars en Italie dans les montagnes, tu n'arriveras pas à fabriquer ta propre baguette magique en touchant une étoile à l'aide d'un bout de bois. Ce fut très dur, mais là j'ai compris: ok, y a pas de fées (ou elles se cachent), y a pas de magie (c'est vous qui êtes aveugles) et les gentils ne gagnent pas toujours à la fin (quoi??? Mais c'est scandaleux!!!).

C'est alors que j'ai décidé de devenir justicière (non masquée). J'avais organisé un jeu avec mes copines (qui n'avaient pas d'autres choix que de me suivre dans mes délires - comment je faisais?): nous parcourions la cour de récré à la recherche d'un(e) "malheureux(se)" que nous devions "venger". Soit en allant tancer vertement la personne qui lui avait fait de la peine, soit en l'incluant dans nos jeux, lui, le rejeté de la cour. Saint-Bernard, moi??? Ben oui, et ça vient de loin!

Avec l'adolescence, mes ambitions sont devenues plus modestes: j'ai simplement décidé que j'allais changer le monde. (ouais, je sais, mais j'avais 14 ans, quoi, allez!) Gardienne de prison, assistante sociale, les jeunes paumés, les enfants mal aimés, les cas sociaux et les délinquants, j'allais vous les remettre droit et leur donner de nouvelles bases, ici et ailleurs (car mon ambition s'étendait à toute la planète, pas bêtement à mon petit pays!).

Sauf que je n'avais pas encore compris que j'avais un (tout petit petit petit petit) petit cœur. Et que ce qui faisait, dans une certaine mesure, ma force dans mes rapports humains, càd ma capacité de me mettre à leur place et d'avoir mal là où ils ont mal, ben, au moment de ne plus côtoyer QUE de la misère, je risquais de me retrouver à pleurer avec eux, ce qui forcément vous coupe un peu les jambes au moment d'agir. Alors j'ai dû apprendre à me fabriquer une carapace. Et me ré-orienter dans ma tête.

Entre-temps, je suis devenue maman et je suis encore plus sensible (font chier, les gosses!). Mais je suis aussi bien entourée, par eux et par mon chéri, et ils arrivent à me recadrer quand je déconne et que je donne trop ailleurs. (c'est parce qu'ils me veulent toute à eux, bande de rapaces, je le sais!) Ma carapace, ils m'aident à l'entretenir. Sauf que là j'ai un gros trou qui ne veut pas (encore) partir. Ben non, c'est tout nouveau.

On vient de blesser une personne qui m'est super méga chère. Ma meilleure amie, ma sœur, celle que j'aurais demandé en mariage si j'aimais les nanas et elle aussi. Alors j'arrive (je pense) à être là pour elle, mais je n'arrive pas à être "efficace et professionnelle", forcément. J'empathise - et donc je souffre. D'ailleurs Est-ce un hasard si cette semaine je suis malade? Pas vraiment, pas fort, des petits trucs, un à la fois, jamais assez que pour voir un médecin et "sécher" les (mes!) cours mais assez pour m'assommer et me rendre flan.

Donc je vais reprendre des vitamines et du magnésium, histoire de fortifier au moins un peu le corps. L'âme, ma foi... ça va aller. J'ai mes chéris autour de moi (putain qu'Est-ce que j'ai de la chance, je n'oserais même pas écrire pourquoi, on ne me croirait pas!!!). J'ai l'écriture comme soupape de sécurité, même si je me fais ici un peu l'effet d'une petite fille gâtée ("au secours, mon amie souffre, plaignez-moi!"). Je vais reprendre du poil de la bête car je VEUX pouvoir continuer à être là pour elle. Puis, accessoirement, je DOIS être là pour mes élèves, surtout pour l'instant. Enfin (toujours après tout le reste, sorry mes amours) je veux aussi être à moitié là pour ma famille - même si pour l'instant, ça va plutôt dans l'autre sens.

Finalement, j'ai toujours envie de "changer le monde". Sauf qu'à présent, je me contente d'essayer de l'intérieur, par des petites choses (l'histoire du grain de sable qui, blablabla...). Puis surtout... j'essaie que le monde ne me change pas trop. Même si ça implique que, de temps en temps, le super-héros ait un peu cœur de bois.

24/07/2011

Hiverphobique... (ou Retour sur l'année 2010-2011)

ça a commencé fin septembre de l'année passée: quand j'ai vu les premiers camions envahir le Boulevard d'Avroy et son parking, j'ai eu un noeud dans l'estomac. (pour les non Liégeois, je parle des camions qui s'installent fin septembre et qui reste jusque fin novembre pour la fameuse foire d'automne de notre bonne ville). Je ne suis certes pas une grande fan de cette manifestation que je trouve bruyante, surpeuplée (avec l'accent sur "peuple": on dirait toujours que, sur les foires, kermesses et autres fêtes populaires sont relâchés exprès pour l'occasion des personnages, disons haut en couleurs pour être gentil, qu'on ne voit jamais ailleurs, à croire qu'on les garde dans des cages le restant de l'année...), crad', remplie d'attractions de plus en plus chères, et de nourriture plus que douteuse. Je comprends l'enthousiasme des enfants mais moi, franchement, je pourrais vivre sans!  Mais bon, je ne suis pas "foiriphobe" non plus.

Durant tout le mois d'octobre, je me suis réjouie que ce désordre touche à sa fin... pour me voir encore plus mal quand ce fut le cas. Moi qui suis d'habitude d'humeur relativement égale, souriante et positive, je m'étais transformée en une espèce de mégère hargneuse et légèrement hystérique, d'une agressivité constamment refoulée mais puissante, j'étais devenue quelqu'un d'envieux, de critique, d'amère, j'avais envie de casser la figure aux gens qui avaient la bêtise de ne pas penser comme moi... je me suis fait peur.

Pendant le mois de décembre, cette agressivité à fleur de peau est lentement retombée... pour faire place, le mois suivant, à une dégonflade totale. Dès la sonnerie du réveil ma première pensée consciente était "pffft, encore une journée de m*** qui m'attend". Ma deuxième pensée était généralement "je n'y vais pas, je suis malade". Puis je me levais en maugréant. Je me sentais dans une sorte de tunnel sans fin ni fond, je n'avais plus ni énergie, ni ressources, et, vers la fin de cet état semi-comateux, je n'avais plus de neurones non plus! J'ai même dû dire un jour à mes élèves en début de leçon (juste avant le congé, heureusement!): "Aujourd'hui les gars vous allez jouer et je vous regarde: JE NE SUIS PAS CAPABLE de vous donner cours! Au bout de 3 phrases de suite mon disque dur plante, là c'est la 2è donc je vais m'arrêter." Cela n'était jamais arrivé et cela ne s'est pas reproduit, mais j'ai eu peur.

Une visite chez le médecin m'a laissé entendre que, je cite, "mon visage portait des traces visibles d'un grand épuisement" (traduction: "vous avez vraiment une sale gu***, madame!" - je ne pouvais qu'approuver, il avait raison). J'ai eu droit à quelques jours de repos, à une cure de vitamines... puis le printemps est arrivé.

Je n'avais encore jamais goûté chaque brin d'herbe, chaque bourgeon, aussi fort que cette année. J'avais l'impression d'être une vieille fleur en pot qu'on avait oubliée dans le fond d'une cave et qu'on venait de remettre à la lumière et à l'eau: littéralement, je revivais. Mes cernes se sont atténués, mon sourire est revenu, la pêche aussi, j'ai arrêté de grommeler sans arrêt, j'ai enfin pu reconnaître la personne que je voyais dans le miroir. J'étais à nouveau moi-même, je pouvais oublier ce long hiver... enfin, c'est ce que je croyais.

C'est aux alentours du 24 juin que l'hiver m'est revenu d'un coup de batte en pleine figure. Je me suis surprise à penser "oh non, ça va être la St-Jean, la journée la plus longue, ça veut dire que les jours vont raccourcir à nouveau, qu'on aura de moins en moins de lumière, donc c'est déjà à nouveau bientôt l'hiver!!!". A cette pensée mon estomac s'est transformé en poing fermé et mes poumons se sont recroquevillés comme un insecte peureux... c'est là que je me suis dit que j'allais devoir faire quelque chose...

Je n'emploie pas souvent (du moins, pas sérieusement) le terme phobique. Ici encore, je trouve qu'il n'a pas vraiment lieu d'être. Je me sais luminosensible depuis des années: à l'adolescence, déjà, j'avais du mal à supporter le mois de novembre et je poussais toujours un soupir de soulagement une fois Noël arrivé: enfin, on gagnait à nouveau des minutes de clarté plutôt que d'en perdre! Avec l'âge, je guette l'arrivée du printemps avec de plus en plus d'impatience, et mon homme et moi rêvons d'aller finir nos jours dans un endroit plus ensoleillé qu'ici. Mais cette quasi transformation qui a eu lieu cet hiver m'a fait peur. Je me suis dit que si je devenais invivable 6 mois sur l'année (en gros d'octobre à mars) et que ça empirait constamment, mes chéris n'allaient pas pouvoir me supporter encore 20 ans. J'ai donc décidé de faire quelque chose.

Je n'ai pas encore défini ce "quelque chose", mais je vais me renseigner sur la lumino- ou photothérapie et les cures de vitamine D. Voir ce qui aide vraiment, et ce qui n'est que bullshit commercial. Ce qui est sûr, c'est que je ne vais pas laisser la météo gâcher ma vie encore longtemps. Evidemment, comme tout le monde, je préfère le soleil à la pluie, un ciel bleu et lumineux à l'espèce de coupole grisouillarde qui nous couvre quasi sans arrêt depuis que nous sommes rentrés de vacances. Je préfère baigner dans 25 degrés - brise légère plutôt que de frissonner sous un vent du nord et 12 degrés comme ce matin sur la batte! Mais ce qui m'est arrivé cette année était plus qu'une simple préférence climatique! Je préfèrerais aussi avoir, de ma chambre, vue sur la mer, le sable blanc et les cocotiers plutôt que sur les murs du voisin, mais je n'ai envie de tuer personne quand je vois les dits murs!

A ceux qui sont déjà dans l'action par rapport à cet ennuyeux problème (problème de luxe, ok, mais quand même: pourquoi se faire ch*** quand on peut être bien, non?), si vous avez des suggestions... Puis si vous voulez m'envoyer passer l'hiver en République Dominicaine ou aux Seychelles, contactez-moi pour un numéro de compte: vos dons seront les bienvenus, et si vous le souhaitez je vous garantis des remerciements nominatifs et publics ici même! ;)

Malgré tout ça... bon été quand même!