30/04/2017

Une petite histoire

Je n'écris pas beaucoup pour le moment. Enfin... pas ici. 

Ce n'est pas que je n'aie plus rien à dire! Mais j'ai l'impression que, depuis un moment, je me répète, je ressasse, je râle sur les mêmes choses, et parfois je me sens un peu seule.

Pourtant, là, j'ai envie de raconter une petite histoire.

Il était une fois, un pays qui, après toute une série de crises (financière, morale, philosophique, d'image...), avait en tête qu'il voulait du changement. Les décideurs politiques "traditionnels", ceux dont le rôle avait été décidé dans leur dernière constitution, dans leur dernière République, avaient déçu tout le monde. A tort ou à raison, le peuple ne leur faisait plus confiance. C'est alors que vinrent les élections.

Au départ, la victoire n'était pas assurée. Le parti avait beaucoup d'opposants, bien que beaucoup de supporters. Beaucoup s'en méfiaient, à juste titre. Sauf que ces méfiants visionnaires n'ont jamais pu se mettre d'accord, et donc n'ont jamais pu opposer une véritable autre vision au parti sus-mentionné - qui gagna les élections.

Le chef de file de ce parti était une personne assez charismatique, connue pour ses talents d'orateur. Elle voulait redorer l'image de son pays, tant au niveau national que devant la communauté internationale. Elle voulait son pays d'abord, arguant que charité bien ordonnée commence par soi-même. Le reste, on verrait.

Elle avait pour son pays des idées grandioses. Au niveau économique, au niveau militaire, au niveau culturel. Et, gros avantage par rapport à la langue de bois des partis concurrents, cette personne osait identifier la cause des malheurs qui les frappaient depuis si longtemps. LES causes, devrais-je dire: une cause interne, inhérent à la population du pays, et une cause externe, une espèce de convention internationale signée par d'autres, et qui les emprisonnait.

Redonnons à notre pays sa grandeur, disait-elle. Rejetons le traité, disait-elle. Et elle fut écoutée.

Elle devint chancelier le 31 janvier 1933. Elle avait promis de redonner sa grandeur à l'Allemagne, Deutschland über alles. Elle avait promis de rejeter le traité de Versailles. Puis elle avait bien compris que tout ça était de la faute des Juifs. Ces problèmes ont tous été "solutionnés". On sait comment...

Peut-être que si les autres partis s'étaient unis, cela ne se serait pas passé. Peut-être que si tout le monde avait voté, sans abstention, cela ne se serait pas passé. Peut-être que si plus de gens s'étaient rendu compte que cette personne ne faisait que donner un visage "respectable" à la haine, au rejet de l'autre, à l'extrême repli sur soi, cela ne se serait pas passé.

En attendant, moi, de ma petite Belgique voisine, je deviendrais presque croyante pour pouvoir prier, je m'accroche aux lambeaux de foi en l'être humain qui me restent, en l'admiration que j'ai toujours pour les penseurs et la pensée française, je croise les doigts que la population comprenne que l'extrême droite n'est JAMAIS une solution, j'espère de toutes mes forces que l'histoire, cette histoire que j'enseigne à mes ados, l'Histoire joue son rôle salvateur de messager.

Et en attendant... je chie dans mon froc, pour le dire platement. 

 

14/01/2017

Où sont passés les journalistes?

Dans un pays où la liberté de la presse n'est pas vain mot, à une époque où l'information passe par de plus en plus de canaux, est-il encore possible d'exercer le métier de "journaliste", dans le sens noble du terme, à savoir, celui qui informe ses contemporains de manière réfléchie, objective et, si pas scientifique, au moins honnête? De plus en plus, j'en doute.

Quand je vois en effet la pauvreté du contenu des bulletins dits "d'information", quand j'entends des soi-disant journalistes pratiquement mettre les "bonnes" réponses dans la bouche des gens qu'ils interrogent, quand je prête attention au vocabulaire choisi - toujours pour susciter l'émotion, le scandale, le sensationnel, au détriment de la réflexion - je suis affligée.

J'admets qu'avec les réseaux sociaux, où tout petit morceau ressemblant vaguement de loin à une info est relayé, partagé sans prendre le temps d'être vérifié, à un moment où prime surtout l'audimat, les chiffres et la vitesse (surtout, être le premier à le dire, même si c'est une connerie monumentale, de toute façon les autres vont répéter bêtement sans réfléchir!), la tâche n'est pas devenue plus aisée. N'empêche, je continue à être une fervente défenseuse d'un service public de qualité... or, il me semble de plus en plus que les programmes, même ceux qui sont sensés nous informer, partent complètement en vrille - pour rester polie...

La crise des migrants, les centrales nucléaires, les "risques" de pénurie, et enfin les attentats de Bruxelles, tous ces sujets, une fois traités, m'ont laissé en bouche un bien mauvais goût. Bien souvent, je me suis demandé quelle était l'information qu'on avait voulu faire passer - et je n'ai pas trouvé de réponse. C'est parce que j'aurais dû poser la question autrement: était-ce un bulletin d'informations, ou une tentative de convaincre? Et, bien souvent, moi j'ai opté pour la deuxième solution. Convaincre de quoi, je ne suis toujours pas sûre. De cliquer, sans doute, puisque, de nos jours, un mensonge cliqué suffisamment de fois devient une quasi-vérité...

Mes élèves m'ont fait la réflexion pas plus tard que cette semaine: si eux bossaient leurs fiches d'actualité et leur travail de fin d'études comme certains journalistes semblent le faire (càd je sais ce que je veux dire et je récolte des "témoignages" - soigneusement mis en scène par des questions fermées - qui alimentent ma thèse de départ), personne ne sortirait de rhéto dans notre établissement. Pas en histoire, en tout cas. Ni en français. Ni en anglais. Ni... bref, ils ne sortiraient pas, quoi!

Cette semaine encore... alerte de neige sur la Belgique. Rien qu'à ce mot, on sent le frémissement d'aise de la presse et des médias: chouette, on va encore pouvoir envoyer des "infos" super dramatiques pour paralyser tout le pays, foutre la pétoche à tout le monde, sans jamais donner de véritable info! Et être payés comme si on avait vraiment bossé! Pire que des profs, quoi! (oui, je sais, c'est bas...)

Jeudi soir déjà à 19h, c'était la grande panique sur les ondes: il ne faut SURTOUT PAS sortir de chez soi, même pas pour aller faire pisser le chien, en voiture n'en parlons même pas, c'était suicide garanti avec les tonnes de neige et le blizzard qui allait s'abattre sur nos montagnes... (je parle de Liège, pour ceux qui ne suivent pas...) Moi (qui suis plutôt couillonne, en voiture, je l'admets), je devais rouler jusque dans la bourgade voisine (j'avais piscine). Quand on est sorties, ma fille et moi, un peu avant 21h, nous avons dû prendre une pelle pour creuser un tunnel dans la neige, afin d'arriver jusqu'à... non, je confonds avec le Minnesota. Nous avons remarqué... que la pluie était vachement froide. Ce qui n'est pas très agréable quand on sort de la piscine. Mais ce n'est tout de même pas dramatique!

Vendredi, j'avais une sortie prévue avec mes élèves. Pour une fois que j'organise quelque chose, déjà... Pendant toute la semaine, les collègues friands de média (surtout sur les p*** de réseaux asociaux) m'ont dit que je pouvais supprimer le truc, de toute façon y aurait pas d'élèves, pas de bus, plus d'électricité, qu'on allait tous mourir à moins de se ravitailler en sucre. (ça m'a toujours laissée rêveuse, d'ailleurs, ce penchant à bouffer du sucre en cas de mauvais temps chez mes compatriotes - moi j'aurais tendance à acheter des pâtes et des cubes de bouillon...)

Le matin fatidique, j'étais donc un peu nerveuse: je me voyais déjà marcher jusqu'au théâtre seule, à devoir payer la facture (pour 120 personnes, quand même) avec mes petits sous, à devoir faire du stop avec trois élèves... pffff, tout allait bien! (ou presque) Je répète, les montagnes de Liège sont assez peu connues, on vit dans une cuvette, purée, pas au sommet de l'Himalaya!!! Les bus roulaient presque tous, le nôtre, en tout cas, oui, et ok tous les élèves n'étaient pas là mais une majorité quand même, on a donc pu voir notre pièce et rentrer chez nous sains et saufs. Il y a bien eu quelques problèmes sur la route - causés surtout par tous ces crétins débiles pour qui adapter sa conduite aux éléments extérieurs est un truc de bonne femme en petite voiture pas chère - mais dans l'ensemble, oh zut, pas la paralysie générale annoncée. Ils doivent être déçus. Moi, je pense à nos amis canadiens, par exemple, qui doivent se foutre de notre gueule grave...

La semaine prochaine, même chose: on nous annonce "de probables pénuries d'électricité" parce qu'il va faire méga top froid. 2 degrés. Non, je blague: -7°C. Ok, fair enough... mais ch'ais pas, moi si je devais annoncer un truc pareil, j'aurais besoin, me semble-t-il, de réfléchir à comment éviter le possible problème! Genre: si vous voulez pouvoir vous chauffer, évitez de... Donner des infos aux gens sur ce qui consomme le plus. Dire de reporter le séchage de leur linge, ou le repassage, ou la soirée disco... Mais ça fait moins vendre, je suppose... Mieux vaut leur annoncer la cata, puis passer à la pub pour une app' qui leur permet de mesurer la consommation de chaque appareil.. sauf celle de leurs appareils "intelligents"...

Ceci dit, je comprends que de nos jours c'est pas évident de survivre pour la presse papier. Je comprends que si on pense qu'il y a une formule qui marche (le nombre de clicks versus la qualité de l'info), on soit tenté de la suivre. Mais ne serait-ce pas un formidable défi de prendre, pour une fois, le spectateur/lecteur/surfeur (internet) pour quelqu'un d'intelligent? Allez, les journaleux: votre défi pour 2017?

Merci d'avance.

17/12/2016

Lettre ouverte à mes enfants

Liège, 9 novembre 2016

Mes amours,

Rarement je n'ai été alerte aussi rapidement à 6h du matin. La nouvelle vient de tomber. "Il" a été élu... contrairement à ce que tout le monde espérait, contrairement aux prévisions des sondages... entre la grippe et le choléra, ils ont choisi le choléra...

Pour la première fois depuis que vous êtes là, et devant la direction que prend le monde, j'ai envie de revenir en arrière. 15 ans en arrière, pour être plus précise. Le moment où nous nous sommes décidés à nous lancer dans l'aventure parentale. 

Ne voyez pas ceci comme un reproche ou un regret en soi: vous êtes la plus belle chose qui m'est arrivée, vous êtes magnifiques, vous êtes de bonnes personnes... mais justement: vous méritez tellement mieux que le monde que nous vous léguons. Et quand je vois ce monde qui, pour moi, court à sa perte, pour la première fois de ma vie, je regrette. Je regrette de vous y avoir mis.

Si vous saviez ce qu'il m'en coûte d'écrire ces mots... pour moi c'est clairement un constat d'échec. L'échec, bien sûr, de tout un système! Je ne suis pas auto-flagellante au point de m'attribuer la responsabilité de TOUT ce qu'il se passe aujourd'hui! Mais, si je dois faire mon mea culpa, c'est aussi l'échec de notre politique d'autruche familiale: nous pensions, votre père et moi, bien naïvement, je m'en rends compte à présent, qu'en essayant de vous éduquer dans le respect des valeurs auxquelles nous croyons, nous faisions notre part. Nous pensions que, en essayant de faire de notre vie familiale un refuge - contre le monde de fous qui nous entoure, justement - nous pouvions vous protéger. Hé bien, nous nous sommes trompés.

Je ne vois pas de solution, à part celle de "prendre les armes". Mais je ne sais pas lesquelles. Et ça me frustre, parce que notre excuse de "c'est pas nous tout seuls qui changerons quoi que ce soit" me paraît tellement lâche, tellement idiote, aussi. Non, on ne changera rien à nous tout seuls. Mais n'avons-nous pas le devoir d'essayer? Ne sommes-nous pas coupables à l'avance de la pauvre vie qui semble s'annoncer pour vous, une vie entre peur et haine, entre égoïsme et indifférence, entre des choix impossibles, soit être malhonnête et profiter d'un système pourri, soit tenter de rester "pur" et se faire complètement broyer par ce même système?

J'ai peur, mes enfants, j'ai mal, je suis triste et je perds espoir. Pourquoi aujourd'hui plus que le 14 juillet, le 22 mars, le 13 novembre, le 7 janvier? Je n'arrive pas à le dire. Est-ce parce que, comme tout le monde, j'ai participé à la "vaste blague" de la candidature de l'autre perruqué, en trouvant ça juste "drôle"? Est-ce simplement l'accumulation des coups de canif dans ma foi en l'être humain? Toujours est-il que là, ça y est, je vois les élections présidentielles françaises avec Marine présidente, je vois l'Europe comme un continent éclaté... je vois les années '30 en Allemagne, quoi. Avec, en prime, notre petit Holocauste à nous (la Syrie), et la même indifférence morne et abrutie de gens qui en ont trop vu. La machine à empathie est cassée.

J'en suis à me dire que la seule réaction respectable serait d'aller combattre, moi aussi, physiquement... mais le pourrais-je? Le voudrais-je? Et le fait d'être une martyre pour une cause (oui mais laquelle?) réussirait-il à racheter ma faute, le péché originel d'être un être humain? Ou dois-je aller plus loin dans le désespoir et nous faire partir tous ensemble dans le néant, pour ne plus être forcés d'assister à une mort lente et progressive?

Il faudrait continuer à y croire... mais en ce 9 novembre 2016, je n'y arrive simplement plus. J'ai perdu la foi... et je ne peux vous dire à quel point ça fait mal. Je vous présente mes excuses, mes enfants. Pardon de vous avoir mis au monde. Si j'avais su, il y a 15 ans, ce soir-là, j'aurais eu la migraine...

Je vous aime.

Maman

27/09/2016

J'ai testé pour vous: Les calmants et stimulants pour enfants

Oui, vous avez bien lu. Je m'avoue vaincue. Je renonce à mon approche intuitivo-naturelle basée sur (ce que je croyais être) le bon sens. J'écoute enfin ce qu'on me dit...

Pourtant au départ mes enfants abordaient la rentrée de manière assez zen, comme d'hab, quoi. C'est alors que j'ai eu la bête idée d'allumer la radio... Partout, sur toutes les chaînes, les journalistes n'avaient qu'un mot à la bouche: le stress. Ben oui, forcément, les enfants de parents intelligents savent ce qu'il se passe à l'extérieur de leurs murs rose bonbon, donc au lieu de bêtement faire confiance à l'avenir, les fées, le karma, ils regardent, ils observent... donc ils stressent. 

C'est ce qu'on nous a répété, en tout cas: à chaque bulletin d'information, j'entendais que les enfants avaient le coeur serré, l'estomac noué, les mains moites... je me suis donc dit que moi, j'avais dû louper quelque chose! Mes enfants à moi, j'avoue, ne stressaient pas du tout! Ils soupiraient, certes, de ne plus pouvoir glander au lit jusque pas d'heure, de redevoir aller dormir tôt, de recommencer à courir... mais c'était plus de la nostalgie anticipée que du vrai stress! Je leur ai donc parlé du monde qui nous entoure. Du fait que l'école ça fait peur. Que, bordel, y a pas de raison pour que la pression ne soit que sur notre tronche à nous, les adultes. Qu'à présent, ils sont respectivement en 2è et 6è primaire, et en secondaire pour le grand, donc que fini de rigoler, les petits cocos. Leur (manque d')avenir se joue maintenant, là, tout de suite, et ils n'ont pas droit à l'erreur!

Je leur ai parlé des mesures anti-jeunes du gouvernement, qui les mettrait dans la merde aussitôt sorti de chez nous - enfin, pour ceux qui y arrivent. Je leur ai parlé des mesures anti-vieux du gouvernement, pour leur annoncer dès à présent que si eux seront des Tanguy (forcément, si t'as droit à zéro revenu d'intégration dès l'âge de 24 ans et que tu ne trouves pas de boulot avant 28 ans - et attention, à 45 ans t'es vieux et plus baisable employable, tu vis où? Chez nous!), nous, entre pas de retraite, punis si au chômage mais pas engagés si déjà vieux, ben nous on comptera sur eux très, très vite pour prendre soin de nous!

Je leur ai aussi parlé du monde extérieur: montée des extrémismes de tous bords, qu'ils soient religieux ou politiques (car la réponse extrémiste marche du tonnerre, c'est bien connu!), repli sur soi à jouer à Pokémon Go, risques de guerre, risques de croisades, risques de bouffer du poulet au chlore, risques de ne plus pouvoir se soigner.

Je leur ai enfin parlé de tous les risques pour leur santé de notre style de vie moderne: ondes, perturbateurs endocriniens, légumes et fruits mortels si pas bio (manque de bol: quand t'as pas de boulot t'as pas de fric - donc tu meurs? La voilà la solution contre le chômage!!!), ils seront des adultes au mieux allergiques, sinon, stériles (autre processus de sélection "naturelle", peut-être?), et en tout cas, malheureux, fauchés, accros à plein de trucs et sans amis.

C'était dur, mais j'ai réussi: là, mes enfants sont enfin stressés comme il se doit. Donc j'ai pu leur donner des calmants - oui, mais pour enfants. Nous voilà (re?)devenus normaux. Nos enfants sont lobotomisés déstressés.

Il me restait cependant à les stimuler suffisamment, histoire de dire que j'aurais essayé de braver le destin. J'ai donc dû leur concocter un petit programme personnel à chacun, afin quand même d'en faire des gens un peu intéressants, et pas juste des bêtes gosses qui s'amusent avec un bout de bois, type hippie des années '70. Dorénavant, le mot d'ordre est "stimulation" et "professionnalisme". Cours de langues, cours de musique, 3 sports différents, au cas où ils seraient prodiges dans l'un des trois, c'est fini de s'amuser, les gars, il est temps de devenir rentables, parce que pour vos vieux, c'est quasi foutu! Moi j'ai l'âge d'être une vieille pour les employeurs, et votre père y est presque!

Mais ces crétins d'enfants ont eu un peu de mal à suivre le rythme... ils croient quoi, eux? Qu'une fois adulte, une semaine de 40h suffira? Autant les préparer dès aujourd'hui, non? Une activité par jour (sauf le mardi, le jeudi et le samedi où y en a deux), ça me semble assez raisonnable, pour commencer, non? Mais comme ils avaient un peu tendance à devenir grognons et à piquer du nez dans leurs assiettes, on a tenté les stimulants. Et vous savez quoi? ça marche!!! Il FAUT alterner les deux, et ne SURTOUT PAS confondre l'un et l'autre (erreur de débutant, mais la nuit fut looooooongue à les calmer!!!). Pas dépasser la dose non plus, même si vous pensez que c'est nécessaire: trop de stimulants, ça leur fait péter une case, et trop de calmants, ben, ça les endort un peu, et parfois pour assez longtemps... reposant pour les parents (presqu'autant que la tablette/babysitter, mais sans le côté super pédagogique de la chose) mais si ça dure trop longtemps, un brin stressant aussi, quand t'arrives pas à les réveiller, les cons!

On a donc un peu tâtonné au début mais là, ça roule, ils se sont adaptés! Ils sont de bons citoyens devenus enfin un peu productifs - ou presque. Certes, ils ont un peu perdu de leur spontanéité, ils semblent parfois un peu absents, leurs yeux ont un peu changé... mais c'est pour leur bien, non? Et là, au moins, moi je me sens bien d'avoir écouté les bons conseils des médias, tous des spécialistes de l'enfance. Puis au moins, là, si mes enfants deviennent quand même des losers, des rêveurs, des idéalistes, bref, des gens inefficaces... moi, je n'aurai rien à me reprocher. Parce que, pour une fois, j'ai voulu, ET je me suis procuré, le meilleur pour mes enfants.

19/07/2016

Notre fils nous a tout dit

C'était hier soir. J'étais en train de préparer le repas, mon homme mettait la table, lorsque notre fils est venu nous trouver. Il avait l'air grave, effrayé, même. Il a dit qu'il avait quelque chose d'important à nous dire...

Nous nous sommes assis en face de lui. Mon cœur battait à du mille à l'heure - qu'avait-il fait pour avoir ce visage presque désespéré? Il a pris la parole. Pour dire qu'il nous aimait. Qu'il avait longuement réfléchi. Qu'il avait essayé. Mais qu'il ne pouvait plus taire ses véritables inclinations. Qu'il espérait qu'on réussisse à l'accepter tel qu'il est, que ça ne changeait rien au fait qu'il soit notre fils...

Ok, c'est vrai, tout ça, mais quand même...

 

 

Mon fils est hétéro...

Le ciel m'est un peu tombé sur la tête - même si je dois dire que dans un coin de mon cœur, je savais... J'ai essayé de fermer les yeux, de me dire mais non, que vas-tu imaginer, ou encore, "ça passera avec la puberté"... Ce n'est pas passé, mon fils est hétéro...

Que diront les gens? Que diront les voisins? Où a-t-il été attraper ça?

On dira sûrement que c'est de notre faute: il y a certainement plein de choses qu'on aurait dû faire - ou pas faire. C'est souvent la relation avec la mère, tout ça (de toute façon, t'es mère, quoi qu'il arrive, c'est de ta faute!). Ou avec le père? C'est peut-être cette institutrice qui portait des mini-jupes? Ou les émissions débiles qu'il regarde, avec toutes ces danseuses à moitié à poil?

Ou alors c'est notre exemple qui l'a... comment dire? Contaminé? On nous avait bien dit de ne pas être aussi ouverts sur notre hétérosexualité à nous, que ça allait donner le mauvais exemple, qu'on allait influencer les gens autour de nous, une fois de plus on a choisi de faire les ado attardés et de n'en faire qu'à notre tête, et voilà le résultat!

Bien sûr je n'ai pas envie qu'il nous mente ou qu'il fasse semblant! Mais il semble déjà si sûr de son choix! Moi j'ai peur qu'il souffre!

En plus, il n'en a pas encore parlé à ses copains... J'ai très peur de leur réaction quand il va se confesser - pardon, se confier à eux. A mon avis nombre d'entre eux vont se détourner de lui, de peur que ça ne les contamine. Mon pauvre petit garçon...

Et moi, sa mère, dans tout ça? Je suis terrassée par la culpabilité - mais bon, comme j'ai déjà dit, comme mère, c'est assez facile. Mais le reste? Dois-je l'annoncer à la famille? De manière officielle, genre le toast à Noël? Lui laisser dire lui-même? N'Est-ce pas l'envoyer aux loups tout seul?

Dois-je le mentionner librement quand je parle avec lui, ou parler plutôt neutre, genre "tu es avec quelqu'un" ou "une personne"? Plus tordu encore: dois-je le laisser inviter - gloups - sa copine à la maison? N'Est-ce pas encore plus le pointer du doigt à tout le quartier comme le mecs qui sort avec des filles ouvertement en plein jour?

Pffft, ça en fait, des questions sans réponses! Je vais devoir aller me renseigner pour voir s'il n'y a pas de groupes de soutien aux parents d'enfants hétéros, ça doit exister de nos jours!

En attendant, je vais quand même lui prendre rendez-vous chez un bon psy: même s'il n'arrive pas à le guérir, au moins il se sera posé les bonnes questions. Parce que j'ai beau être large d'esprit, à l'âge qu'il a, on fait dans la provoc' et on fait tellement de mauvais choix rien que pour emmerder ses parents!

Et si c'est moi qui ai manqué quelque chose dans mon éducation, mon grand, je t'en demande pardon du fond du cœur. J'espère que ça va aller. Fais attention à toi, surtout!

16/07/2016

Lettre ouverte à mes frères (in?)humains

Cher frère, chère sœur, (et non, je ne me prends pas pour St-Paul...)

J'ai été élevée avec l'idée que je suis sensée t'aimer "comme moi-même". T'aider. Te comprendre. Et surtout, ne pas te juger. Même si tes convictions sont différentes, même si ta manière de vivre est une insulte à la mienne, nân, que dalle, je suis sensée t'aimer. Et, bien qu'ayant rejeté une énorme partie des principes inculqués dans mon enfance (surtout ceux concernant certains rituels du dimanche matin et tout ce qui va autour), jusqu'à présent, cela me convenait. Après tout, avoir des gosses, puis s'occuper à (tenter de) instruire ceux des autres, ça demande une certaine dose d'affection pour l'humanité!

J'ai ce côté St-Bernard dont j'ai déjà parlé, ce côté optimiste, aussi, pour qui le verre est en général à moitié plein, une optimiste qui tente d'entendre la forêt qui pousse plutôt que l'arbre qui tombe, bref, sans absolument plus être pratiquante, je suis quand même tout à fait séduite par la doctrine des chrétiens de, en gros, "aime tous ceux que tu peux et en attendant, n'emmerde pas ton voisin non plus".

Mais putain, je dois dire que pour l'instant, c'est dur d'aimer son prochain. Parce que, trop souvent, mon prochain est un sacré con... Et je ne parle pas, malheureusement, que du connard qui a trouvé malin de rouler dans une foule avec son putain de camion. Je parle aussi, presque, surtout, des réactions sur les réseaux "asociaux" de gens qui veulent absolument faire goûter leur vomi aux autres... C'est là que je me souviens de pourquoi, en général, je les évite excepté pour les infos qu'on ne trouve que là... Que de propos nauséabonds...

Bien sûr, il y a eu des réactions racistes - fallait malheureusement s'y attendre. Un connard d'une nationalité, religion, "race", forcément, déteint sur tous ses congénères! C'est bien connu que tous les Belges sont pédophiles, que tous les Américains sont racistes et armés, que tous les Allemands sont des Nazis et que tous les Cambodgiens sont des tortureurs! Donc, forcément, tous les Tunisiens, tous les Musulmans, tous les Arabes sont des terroristes. Passons.

Mais y a les autres commentaires, aussi. Ceux qui ne comprennent pas "qu'on puisse fournir de bons avocats" à Abdeslam et consort - ouvrez un bouquin d'histoire, les gars: même justement les Nazis ont eu droit à un procès équitable où la présomption d'innocence se devait d'être respectée! ça s'appelle - comment, déjà?... ah oui, la victoire de la démocratie contre la barbarie, ça vous parle? Personne n'a dit que c'était simple d'ailleurs, puisqu'un énorme barbare belliqueux et poilu sommeille en chacun de nous! (oui, chez moi aussi, touche un peu à mes gosses pour faire sa connaissance...)

Autre suggestion: "yaka" bomber la Syrie - mais quelle bonne idée!!! Refaisons un Traité de Versailles où on fout tout le monde dans le même sac! Traité de quoi? Mais oui, vous savez, celui signé en 1920, qui a tenté de "corriger" les Allemands après la première guerre mondiale en leur faisant porter le chapeau pour la totalité du conflit? ça a été très efficace: ça a ruiné le pays complètement (bien fait pour leurs sales gu...), ça les a démoralisés (idem), et ça a permis à un sympathique petit Autrichien d'accéder à une chouette position de pouvoir, et de """""nettoyer""""" le permis de la """""racaille"""""! Voilà la solution!

Par contre, ce qui avait été mis en place après la deuxième guerre mondiale et le choc de l'Holocauste est aussi en train de partir en sucette (merci le Brexit), parce que, franchement, pourquoi on se bougerait le cul pour les autres, on ne peut pas sauver toute la misère du monde, nous on a notre nombril à contempler alors les autres, franchement, qu'ils se démerdent! De toute façon je sais que j'ai raison: j'ai eu plein de "like" après mon commentaire sur la page Facebook, ça veut dire quelque chose, non?

De plus en plus la bêtise et l'ignorance m'atterrent. De plus en plus la haine et la surdité profonde à tous ceux qui pensent un peu différemment me révoltent. Je ne me considère PAS comme bêtement tolérante à tout, même à l'intolérable. Si tu viens chez moi, ok, j'adapterai ma cuisine à ton régime alimentaire, qu'il soit hallal, kosher ou vegan. Mais si moi je bouffe une côte de porc devant ton nez, j'attends de toi le même respect. Si tu te convertis à une religion, c'est ton droit. Mais chez moi, tu respectes tout le monde, homme ou femme, adultes ou enfants, croyants ou mécréants. Et si ma laïcité pratiquante te choque, ne t'étonne pas si TA pratique religieuse me froisse. Et quand je dis "religion", j'entends ça au sens le plus large du terme! Pour moi, l'addiction au smart phone, aux réseaux sociaux et aux selfies est une sorte de religion - avec laquelle j'ai presque autant de mal que celle des intégristes de tout poil, même les intégristes laïcs (car il y en a, j'en connais!).

De plus en plus, les gens pensent qu'en gueulant fort, ils donnent l'impression qu'ils disent quelque chose d'intelligent et de profond. Ben non les gars, pas toujours.

De plus en plus, les gens pensent que les bouquins d'histoire ne servent qu'à leur faire passer des examens puis à être oubliés. Moi qui donne cours d'histoire, je vois que par moments les élèves, quand je fais des liens avec l'actualité, ne savent plus exactement si on est en Allemagne dans les années 1930 ou en Europe dans les années 2010... pédagogiquement, ça me fait plaisir. Humainement, ça me fout les jetons. Parce que souvent, trop souvent, moi-même je ne le sais plus...

Alors, cher frère, chère sœur, je ne dis pas forcément que je vais aller vivre en ermite dans une caverne. Je ne dis pas forcément que moi, je vais "bomber" tous ceux avec qui je ne suis pas d'accord (y aurait trop de boulot!!!). Mais purée... si on pouvait entendre quelque chose de positif, une réaction intelligente et nuancée, pour changer, j'aurais un peu moins de mal à envisager continuer ma "croisade" (VERY bad choice of words, sorry!), continuer à ajouter mon petit grain de sable... continuer à y croire, une fois de plus. Ici dans vos commentaires, peut-être? Pour me rassurer?... Merci d'avance? :/

Donc, cher frère, si tu pouvais arrêter là tout de suite ta crise d'adolescence à la con, sortir la gueule de ton nombril et commencer à utiliser ce qu'il y a entre tes deux oreilles pour autre chose que pour ta putain de page Facebook ou autre... franchement, ça m'arrangerait!

Désolée pour le langage, quand je suis fâchée j'ai tendance à devenir un peu grossière...

 

 

01/05/2016

Les petits bonheurs en devenir

ça fait un moment que je n'ai plus rien écrit. Depuis, finalement, qu'une bande de trous du cul ont décidé de faire sonner la fin du printemps.

Triste printemps que celui de 2016: le temps, qui est resté bien moche pendant bien longtemps (paraît que "ça va aller mieux"... j'en caresse l'espoir!!!); l'angoisse qui prend à la gorge, soigneusement entretenue par les médias (objet d'un prochain billet, d'ailleurs); les mesures prises par notre gouvernement, qui vont dans le sens de notre "c'est todi les p'tits qu'on sprâtch" - autrement dit c'est tjs les petits qu'on écrase; le monde qui va toujours plus mal et dans lequel je me sens de moins en moins appartenir...

J'ai régulièrement des envies de coups de gueule, de révolte, de révolution, même - mais je ne me retrouve pas non plus dans la "lutte syndicale" actuelle, qui me semble plus des opérations sans réflexion d'une bande de barons trop bien assis depuis trop longtemps. J'ai l'impression que, de plus en plus, leur définition de "solidarité" est surtout "votez pour moi et ne m'emmerdez pas". Travailler pour les autres? Quels autres?...

J'ai régulièrement des envies de crier mon indignation, mon horreur, même, devant tant de moments de l'actualité. Un exemple parmi tant d'autres? Le type qui a donné l'alarme dans l'affaire du Luxleaks (des banques qui donnent des conditions avantageuses aux gens riches qui ne veulent pas payer de taxes chez eux), et qui risque des années de prison. Pas ceux qui fraudent l'état pour ajouter des millions à leurs millions, nooooooooon, ceux-là ont sans doute les bons copains! Comme l'a dit mon collègue, c'est un peu comme si t'entends un enfant crier parce qu'on le maltraite, tu entres dans la maison pour le sauver, et t'as un procès pour effraction... Allô le monde, quoi!

Tous ces moments qui me font douter de ma place, de l'humain, de tout ce qui me tient debout...

Et pourtant la nature s'est réveillée, les arbres sont en feuilles, à présent, c'est fini les petites branches minables et nues. Les fleurs explosent partout, du rose, du blanc, du jaune, c'est beau. Bientôt la ville va encore sentir partout les fleurs de marronniers, et j'aime trop ça!!!

Les jeunes gens que je fréquente au quotidien, même si eux aussi me frustrent souvent, quand on leur parle vraiment, on voit à quel point ils peuvent être mûrs, réfléchis, lucides et naïfs en même temps. Laissons-les s'indigner, laissons-les croire qu'ils peuvent changer le monde... Après tout, c'est eux, les adultes de demain, peut-être réussiront-ils là où nous, les vieux, on a échoué???

Peut-être... L'idée m'aide, en tout cas!

Autre bonheur en devenir: les vacances... On a réservé, ça y est, on va partir au soleil tous les 5, une fois de plus. Bien sûr, ces deux semaines de respiration ne peuvent pas être notre seul but, genre "on sera bien à ce moment-là", on doit y travailler au quotidien! Mais au moins, on sait que pendant ces quinze jours, on arrête de courir et qu'on prend juste le temps d'être bien ensemble.

Il y a du soleil. Et j'ai beau trouver ça pathétique d'en dépendre à ce point-là, moi, quand l'astre du jour ré-apparaît, j'ai l'impression que tout redevient possible. Et je repense à mes petits bonheurs en devenir...