16/07/2016

Lettre ouverte à mes frères (in?)humains

Cher frère, chère sœur, (et non, je ne me prends pas pour St-Paul...)

J'ai été élevée avec l'idée que je suis sensée t'aimer "comme moi-même". T'aider. Te comprendre. Et surtout, ne pas te juger. Même si tes convictions sont différentes, même si ta manière de vivre est une insulte à la mienne, nân, que dalle, je suis sensée t'aimer. Et, bien qu'ayant rejeté une énorme partie des principes inculqués dans mon enfance (surtout ceux concernant certains rituels du dimanche matin et tout ce qui va autour), jusqu'à présent, cela me convenait. Après tout, avoir des gosses, puis s'occuper à (tenter de) instruire ceux des autres, ça demande une certaine dose d'affection pour l'humanité!

J'ai ce côté St-Bernard dont j'ai déjà parlé, ce côté optimiste, aussi, pour qui le verre est en général à moitié plein, une optimiste qui tente d'entendre la forêt qui pousse plutôt que l'arbre qui tombe, bref, sans absolument plus être pratiquante, je suis quand même tout à fait séduite par la doctrine des chrétiens de, en gros, "aime tous ceux que tu peux et en attendant, n'emmerde pas ton voisin non plus".

Mais putain, je dois dire que pour l'instant, c'est dur d'aimer son prochain. Parce que, trop souvent, mon prochain est un sacré con... Et je ne parle pas, malheureusement, que du connard qui a trouvé malin de rouler dans une foule avec son putain de camion. Je parle aussi, presque, surtout, des réactions sur les réseaux "asociaux" de gens qui veulent absolument faire goûter leur vomi aux autres... C'est là que je me souviens de pourquoi, en général, je les évite excepté pour les infos qu'on ne trouve que là... Que de propos nauséabonds...

Bien sûr, il y a eu des réactions racistes - fallait malheureusement s'y attendre. Un connard d'une nationalité, religion, "race", forcément, déteint sur tous ses congénères! C'est bien connu que tous les Belges sont pédophiles, que tous les Américains sont racistes et armés, que tous les Allemands sont des Nazis et que tous les Cambodgiens sont des tortureurs! Donc, forcément, tous les Tunisiens, tous les Musulmans, tous les Arabes sont des terroristes. Passons.

Mais y a les autres commentaires, aussi. Ceux qui ne comprennent pas "qu'on puisse fournir de bons avocats" à Abdeslam et consort - ouvrez un bouquin d'histoire, les gars: même justement les Nazis ont eu droit à un procès équitable où la présomption d'innocence se devait d'être respectée! ça s'appelle - comment, déjà?... ah oui, la victoire de la démocratie contre la barbarie, ça vous parle? Personne n'a dit que c'était simple d'ailleurs, puisqu'un énorme barbare belliqueux et poilu sommeille en chacun de nous! (oui, chez moi aussi, touche un peu à mes gosses pour faire sa connaissance...)

Autre suggestion: "yaka" bomber la Syrie - mais quelle bonne idée!!! Refaisons un Traité de Versailles où on fout tout le monde dans le même sac! Traité de quoi? Mais oui, vous savez, celui signé en 1920, qui a tenté de "corriger" les Allemands après la première guerre mondiale en leur faisant porter le chapeau pour la totalité du conflit? ça a été très efficace: ça a ruiné le pays complètement (bien fait pour leurs sales gu...), ça les a démoralisés (idem), et ça a permis à un sympathique petit Autrichien d'accéder à une chouette position de pouvoir, et de """""nettoyer""""" le permis de la """""racaille"""""! Voilà la solution!

Par contre, ce qui avait été mis en place après la deuxième guerre mondiale et le choc de l'Holocauste est aussi en train de partir en sucette (merci le Brexit), parce que, franchement, pourquoi on se bougerait le cul pour les autres, on ne peut pas sauver toute la misère du monde, nous on a notre nombril à contempler alors les autres, franchement, qu'ils se démerdent! De toute façon je sais que j'ai raison: j'ai eu plein de "like" après mon commentaire sur la page Facebook, ça veut dire quelque chose, non?

De plus en plus la bêtise et l'ignorance m'atterrent. De plus en plus la haine et la surdité profonde à tous ceux qui pensent un peu différemment me révoltent. Je ne me considère PAS comme bêtement tolérante à tout, même à l'intolérable. Si tu viens chez moi, ok, j'adapterai ma cuisine à ton régime alimentaire, qu'il soit hallal, kosher ou vegan. Mais si moi je bouffe une côte de porc devant ton nez, j'attends de toi le même respect. Si tu te convertis à une religion, c'est ton droit. Mais chez moi, tu respectes tout le monde, homme ou femme, adultes ou enfants, croyants ou mécréants. Et si ma laïcité pratiquante te choque, ne t'étonne pas si TA pratique religieuse me froisse. Et quand je dis "religion", j'entends ça au sens le plus large du terme! Pour moi, l'addiction au smart phone, aux réseaux sociaux et aux selfies est une sorte de religion - avec laquelle j'ai presque autant de mal que celle des intégristes de tout poil, même les intégristes laïcs (car il y en a, j'en connais!).

De plus en plus, les gens pensent qu'en gueulant fort, ils donnent l'impression qu'ils disent quelque chose d'intelligent et de profond. Ben non les gars, pas toujours.

De plus en plus, les gens pensent que les bouquins d'histoire ne servent qu'à leur faire passer des examens puis à être oubliés. Moi qui donne cours d'histoire, je vois que par moments les élèves, quand je fais des liens avec l'actualité, ne savent plus exactement si on est en Allemagne dans les années 1930 ou en Europe dans les années 2010... pédagogiquement, ça me fait plaisir. Humainement, ça me fout les jetons. Parce que souvent, trop souvent, moi-même je ne le sais plus...

Alors, cher frère, chère sœur, je ne dis pas forcément que je vais aller vivre en ermite dans une caverne. Je ne dis pas forcément que moi, je vais "bomber" tous ceux avec qui je ne suis pas d'accord (y aurait trop de boulot!!!). Mais purée... si on pouvait entendre quelque chose de positif, une réaction intelligente et nuancée, pour changer, j'aurais un peu moins de mal à envisager continuer ma "croisade" (VERY bad choice of words, sorry!), continuer à ajouter mon petit grain de sable... continuer à y croire, une fois de plus. Ici dans vos commentaires, peut-être? Pour me rassurer?... Merci d'avance? :/

Donc, cher frère, si tu pouvais arrêter là tout de suite ta crise d'adolescence à la con, sortir la gueule de ton nombril et commencer à utiliser ce qu'il y a entre tes deux oreilles pour autre chose que pour ta putain de page Facebook ou autre... franchement, ça m'arrangerait!

Désolée pour le langage, quand je suis fâchée j'ai tendance à devenir un peu grossière...

 

 

24/03/2016

Comme un immense besoin de fraternité

D'autres l'ont dit avec bien plus d'emphase, d'humour, d'émotion ou de talent. En ces moments si noirs - en ces moments si noir-jaune-rouge, sans aucune connotation de nationalisme bête - j'ai un immense besoin de fraternité. J'ai besoin d'amour, j'ai besoin d'être entourée de gens que j'aime, pas forcément pour parler de "ça", même pas pour pleurer, ça je préfère le faire chez moi sous la couette, mais pour être tristes, pour être en colère, ou tout simplement pour être. Mais ensemble, surtout, ENSEMBLE.

J'ai besoin d'être chez moi - pas parce que j'ai peur de sortir, mais parce que j'ai besoin de bienveillance. J'ai besoin de positif. J'ai besoin d'amour.

Et de l'amour, j'en fabrique à revendre, pour l'instant. Un amour immense pour ces gens qui continuent à vivre la tête haute et le dos droit, pour toutes ces petites gens qui, sans la ramener, sans avoir leur nom dans les journaux, font des gestes de héros. Ceux qui ont donné leur sang. Ceux qui sont venus en aide aux blessés ou choqués. Ceux qui ont ouvert les portes de leur voiture, voire de leur maison, pour les gens qui ne seraient pas parvenus à rentrer. Tous ceux qui agissent et puis qui disent "mais c'est normal"...

Tous ceux qui ont repris le métro. Ceux qui disent qu'on doit rester unis. Ceux qui réussissent à nous faire rigoler, malgré tout, même si, entre deux rires, on essuie une larme. Merci, d'ailleurs, à Thomas Gunzig, à Jérôme de Warzée, à Gui Home, à Guillermo Guiz, puis à tous les autres. Vous nous montrez le chemin.

Merci à ceux qui bravent l'interdiction de se rassembler pour montrer leur solidarité, pour laisser des messages de paix, de tolérance, puis de colère, aussi. C'est bien quand on est en colère tous ensemble contre les mêmes conneries: ça tient chaud.

J'ai besoin d'être entourée de ma tribu. J'ai besoin qu'on se réconforte, qu'on se touche, qu'on s'entoure. J'ai besoin, comme tant d'autres, de dire à ceux que j'aime comme je les aime. On a besoin de ça.

Mais de plus en plus, depuis deux jours, le concept de tribu s'élargit.

Avant, ma tribu, c'était un homme merveilleux. Un ado-en-devenir (ben oui, "pré" ado, c'est derrière, on est dedans, ça y est, il m'a dépassée!!!) qui a besoin d'en parler comme un grand. Un grand petit garçon trop sensible et qui ne comprend pas. Qui a besoin de penser à autre chose. Qui s'accroche à son enfance parce que pour le moment, bordel, grandir fait peur. Une petite fille qui sait me rappeler que, malgré la laideur, les choses belles continuent à exister. Merci ma chérie de nous prêter tes yeux d'enfant, on en a vraiment besoin pour l'instant - moi j'avais même oublié que j'avais toujours les miens aussi!

Mais pour l'instant, ma tribu, ça devient tous ces anonymes qui vivent, pensent, ressentent la même chose que moi. Je n'ai plus l'impression d'être une extra-terrestre, pour l'instant. Je trouve tous ces gens magnifiques. Et moi aussi j'ai envie de leur ouvrir les bras. Il faut qu'on restent unis. Tous ensemble... comme après une victoire de nos Diables Rouges.

Puis, enfin, merci encore à Gui Home pour sa vidéo - je ne suis pas la première à la voir, on est presque 5 millions à l'avoir visionnée... mais putain que ça fait du bien. Quand on parvient à rire, même un rire qui fait mal, c'est que la vie reprend le dessus. La vie est plus forte que tout... mais là, j'ai vraiment besoin d'une vie pleine d'amour.

Bisounours malgré tout, envers et contre tout? Mais oui!!!! De temps en temps, merde, pourquoi pas? Et après de tels actes, n'Est-ce pas normal de se dire qu'il y a d'autres extrêmes? Après l'extrême de l'horreur, pourquoi ne pas essayer l'extrême de la gentillesse? La radicalisation de la tolérance? L'extrême-amour? L'extrême-rose bonbon? Les attaques de câlins et de mots doux? Moi j'y crois, au pouvoir de la bienveillance. Surtout si on est des millions à la pratiquer. Des millions de gens debout, faisant le signe de la paix d'une main... et le doigt d'honneur de l'autre.

Mes pensées sont décousues, je ne suis pas la seule, l'émotion reste à fleur de peau, d'yeux, de lèvres, chez tous, même ceux qui essaient de nous faire rire. Mais on reste là. "Still pissing"...

"Ceux à qui vous faites peur, ils n'existent même pas". Allez voir la vidéo: ça fait du bien!

 http://www.lalibre.be/light/insolite/gui-home-fait-le-buzz-sur-les-attentats-de-bruxelles-56f2bf3e35708ea2d3d7d6c4

Merci à ce petit gars d'oser. Merci à tous les membres de "ma" tribu, la tribu de l'humanité et de la fraternité. J'ai l'impression que vous m'avez répondu.

vu sur http://cafe-sofia.com/top-10-des-dessins-en-reponse-aux-attentats-de-bruxelles-still-pissing/

 

22/03/2016

Dites-moi vite...

Voilà, c'est fait... Nous aussi on s'est fait avoir. Nous aussi, à présent, on pleure nos morts, on pleure ce viol insoutenable qu'est un attentat sur le sol de son pays, nous aussi...

Journée très bizarre... La peur, la tristesse, une énorme colère, mais aussi le sentiment d'être complètement assommée. J'étais contente de ne pas avoir cours cet après-midi: je n'aurais pas su parler.

ça va s'arrêter quand, bordel? Quand tout le monde sera converti à "leur" islam? celui de la peur, de l'intolérance, d'une absence totale, merde, de vraie foi, car la vraie foi ne tue pas, la vraie foi se transmet par l'exemple,  pas par la peur et la haine de l'autre. Quand tout le monde aura arrêté de rire, de boire, de sortir et de faire la fête? Quand toutes les villes seront détruites et occupées surtout par les militaires?

Dites-moi s'il vous plaît qu'il en reste encore, des rêveurs, des pacifistes, des tolérants, des artistes! Que l'humanité ne se résume pas à ceux qui posent des bombes et à ceux qui sont prêts à s'agenouiller devant la menace! Dites-moi que je n'ai pas fait une monstrueuse erreur en mettant au monde trois merveilleux enfants, dites-moi que leur avenir n'est pas foutu, dites-moi que ce que j'essaie de leur transmettre a encore un peu de sens!

Je n'ai toujours pas peur pour ma petite personne physique. (ok, si j'avais été dans le métro ce matin j'aurais clairement eu peur, jamais prétendu être une héroïne non plus) Mais j'ai peur pour mon humanité. Résistera-t-elle à ces coups répétés? Ne vais-je pas perdre ma foi, celle qui me tient debout, ma foi en l'Homme? Et si je n'ai plus aucun message d'espoir à donner, tant à mes élèves qu'à mes enfants, plus aucun message de paix, d'amour, de lutte... qu'Est-ce que je fous là, moi?

Dites-moi que vous aussi, vous vous posez ces questions... mais dites-moi encore plus que vous avez trouvé, ou que vous allez trouver une réponse lumineuse, pas la réponse noire de la haine et de la peur!

Et vous, les jeunes, les gosses, les adultes de demain, dites-moi que vous pouvez toujours rêver de beau, que vos copains s'appellent Manon, Ahmed, Félicité ou Mataï et que vous ne voyez VRAIMENT PAS où est le problème, que vous avez toujours envie de partager, d'embrasser la vie à bras-le-corps, que vos sentiments sont vastes, variés, colorés, et que votre vie, c'est maintenant, ici, chez nous, et pas dans un au-delà théorique, ou dans un autre pays, à combattre des gus en face, sans même vraiment savoir pourquoi!

Dites-moi vite que le printemps ne va pas s'arrêter aujourd'hui à jamais...

 

 

Dans le bus, au retour, tout le monde était plongé dans de bien moroses pensées, quand tout à coup ma fille a crié: "Mamaaaaan, regaaaaarde!!!!!". Je m'attendais à voir quelque chose de bien moche, de bien glauque, quelque chose qui correspondait à l'espace et aux couleurs dans ma tête.

En fait, c'était un arbre qui recommençait à fleurir.

Des fleurs roses...

Dites-moi vite que personne ne réussira à lui ôter ça. Jamais.

19/11/2015

Leur en parler, mais comment?

Semaine morose. L'humanité a la gueule de bois.

Entre les échéances qui s'accumulent en cette fin de période, les tas de corrections et les journées de 12 heures, entre les différentes obligations professionnelles et personnelles, il y a le devoir de parole.

La ministre est bien claire: c'est aux enseignants de parler à leurs élèves, c'est à eux d'expliquer, de rassurer, de temporiser... ben oui, forcément, on sait comment, non? On a lu des bouquins, on a écouté des trucs intelligents, donc, forcément, on trouvera bien les mots justes...

Ou pas...

Moi j'avoue que depuis le début de la semaine, j'ai la bouche cadenassée. L'enseignante se tait, parce que l'humain, la maman prend toute la place dès que je pense à ces attentats.

J'ai tenté deux fois de prendre la parole devant mes élèves - deux fois, j'ai pu articuler deux phrases, puis les larmes me sont montées aux yeux et je me suis étranglée. Je n'arrive pas encore à gérer mes émotions. Je suis démunie.

J'admire les collègues qui arrivent à séparer leurs émotions et leurs réflexions. Moi pour l'instant je n'y arrive pas. Je ne suis pas quelqu'un de rapide, déjà au départ, intellectuellement. Je veux dire par là que je dois "percoler" les informations, surtout celles qui me touchent, avant de pouvoir sortir quelque chose d'intelligent et de réfléchi. Je ne suis pas comme un site internet d'informations, "updatée" toutes les 3 minutes. J'ai besoin de temps.

Or les enfants demandent des explications immédiates, des réactions... Je n'ai pas pu le faire. Oui, je leur ai donné l'occasion d'en parler. Mais j'ai besoin de temps de réflexion moi-même avant de pouvoir partager avec eux.

Parce que moi aussi, j'ai peur. Sans doute pas pour les mêmes raisons qu'eux: objectivement je ne me dis pas à chaque moment que je peux recevoir une balle dans le corps. Je n'ai pas non plus (pas encore?) peur pour leur sécurité physique. Par contre j'ai peur pour l'avenir du monde. Ce monde qui va si mal, et qu'on semble ne pas pouvoir aider. Je me sens inutile, impuissante, frustrée. Je ne regrette évidemment pas l'existence de mes enfants, mais je me prends à penser "je vous comprends" quand mes grands élèves me disent que eux n'en veulent pas. Qu'ils pensent de plus en plus que mettre des enfants au monde est une folie. Même si, d'un autre côté, c'est faire un pari pour l'avenir, un pari pour l'espoir. Je suis partagée - et ce n'est pas confortable.

J'ai également peur des réactions du monde politique. Des mesures - forcément sécuritaires et paranoïsantes (je fais des néologismes) qui sont en train d'être prises. J'ai peur de cet état d'urgence qui risque d'excuser tout manquement aux droits fondamentaux individuels, puisque "la sécurité avant tout". Je suis bien d'accord qu'il faut sans doute renforcer la surveillance pour l'instant... mais doit-on absolument prendre des mesures définitives maintenant, alors qu'on est en plein dans l'émotionnel?

Moi je me connais: je sais que c'est l'un ou l'autre, l'émotion ou la raison, mais rarement les deux en même temps. Mais suis-je vraiment la seule au monde? D'un autre côté, disposons-nous de ce temps de réflexion? Ce qui est valable pour moi, petit individu isolé, peut-il, doit-il être valable pour les dirigeants d'un pays?

Je n'ai pas de réponse... juste des questions.

J'ai donc pu, cette semaine, jouer (très mal, vu mon début de semaine de fou, 36h de boulot au compteur hier soir) mon rôle de maman, et tenter de rassurer un de mes enfants qui se sentait menacé. Je vais rester attentive et à l'écoute envers eux. Par contre, mon boulot d'enseignante "qui sait trouver les mots justes"... pas encore, Mme la Ministre. Mais y en a-t-il, des mots justes?

Je vais sans doute tenter de trouver de l'aide dans ce qui est publié par des gens dont c'est vraiment le métier. Des philosophes. Des "penseurs". Moi je ne suis que prof d'anglais... Mais il va me falloir du temps. Pour l'instant, je suis toujours "prisonnière" de mes tripes. Je suis toujours dans l'émotion.

 

Dix minutes après, je partage ceci avec vous:

http://cafe-sofia.com/des-textes-qui-ont-eclaires-nos-journees-et-cetait-pas-gagne/

Pas des philosophes professionnels, juste des gens comme vous et moi, mais qui m'ont fait du bien. Merci à eux. Vous m'avez rappelé que "un arbre qui tombe fait plus de bruit qu'une forêt qui pousse". J'en avais besoin. Merci.

15/11/2015

Continuer à y croire...

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Une fois de plus, l'horreur et la barbarie font parler d'elles. Une fois de plus, avoir foi en l'humanité est une gageure, voire carrément un signe de débilité profonde. Une fois de plus, ceux qui n'ont pas assez confiance en leur foi et leurs "valeurs" tentent de nous les imposer par la force. Sans se poser de questions. Fais-toi exploser, mec, t'iras au paradis après (big fucking deal, d'après moi, mais je fais partie des "mauvais", sans doute).

Une fois de plus, on a la tentation de ne plus y croire... et pourtant, jamais la foi en l'humanité n'aura été aussi importante, essentielle, une arme contre la connerie et l'horreur. C'est vrai que les humanistes et les pacifistes font moins de bruit, même à 100.000, qu'un seul crétin qui se fait exploser. C'est vrai qu'une poignée d'extrémistes peut, en apparence, réduire tout un peuple à la terreur. Mais en apparence seulement.

Amis parisiens, amis français, amis du monde, simplement, comme vous avez raison de clamer "on doit continuer à vivre". Respect, les gars...

Quant à moi, ici, qui suit devant mon petit écran, comme tout le monde, le défilé d'images atroces, les témoignages de gens perdus, désemparés, mais forts, mais dignes, comme vous, je décide de continuer à y croire. Malgré mes larmes. Malgré la boule au ventre. Malgré l'envie, moi aussi, de prendre une kalashnikov et de vous venger. C'est pas gagné, je ne suis pas sûre d'y arriver, mais je VEUX continuer à y croire!

Croire en quoi?

Croire que les braves gens sont plus nombreux que les autres. Croire que, si on se met TOUS ENSEMBLE, sans plus de distinction de fucking communautés, fucking "races", encore plus fucking religions, on gagnera contre les connards. Contre les barbares. Contre les ignorants.

J'ai des enfants - je n'ai pas le choix. Je n'ai pas envie de leur laisser la peur en héritage, la méfiance en héritage, le racisme et les amalgames faciles en héritage.

Je continue à soutenir que nous devons ouvrir nos portes aux réfugiés qui tentent, eux aussi, de fuir la barbarie. Je continue à clamer que, peut-être un jour, l'humanité entière sera éclairée, comme justement la France du 18è siècle. J'attends les Voltaire, les Diderot, les Montesquieu de l'autre côté, ceux qui, avec leurs mots, feront réfléchir et penser (ENFIN!) les crétins crédules. Je veux résister à l'appel de la haine de l'autre - quel qu'il soit.

Peut-être que je me plante. Peut-être que ce sont eux qui vont gagner. Quoique... tant qu'il y aura des gens qui oseront se lever pour crier "non", ils n'auront pas vaincu.

J'ai du mal à trouver des mots... peut-être parce qu'il n'y en a pas. J'envoie donc par les ondes un gros hug collectif à tout un peuple blessé. Très sincèrement.

Nous devons continuer à y croire... JE dois continuer à y croire.

Je suis Paris.