24/05/2017

Débordée, dépassée??? J'ai un truc!!!!!!

Bon, déjà j'avais mis "trucs", avec S, malgré que je n'en ai que UN... ça veut déjà tout dire...

Comme chaque année, c'est fin mai - oui, j'ai remarqué que fin mai arrivait chaque année, z'avez vu?

Bref... toi aussi, fais-toi passer pour gâteuse précoce parce que tu ne maîtrises plus ta langue maternelle...

Ce que je voulais dire, un peu maladroitement, c'est que chaque année à cette époque, c'est la même histoire dans ma vie pro et perso: c'est FULL MEGA TOTAL PLEIN!

Entre la fête d'école de Mr 1 (qui est la mienne aussi), celle de Mr 2, celle de Mlle 3 (pourquoi faire simple, après tout, quand on peut se compliquer la vie - moi j'vous l'dis, inconsciemment j'ai peur de m'emmerder...)... Entre le spectacle sport de Mr 1 (càd conduire, rechercher, soutenir, encourager etc...), les tournois de foot de Mr 2 (càd conduire, rechercher etc...), le brevet de Mlle 3 (ben oui, ici aussi!)... Entre les piles de corrections pré-examens, les piles de corrections d'examens, puis un magnifique projet mais super "time-consuming"... Entre mon sport à moi ("brevet" de 10 kms: J-13!!!), les amis, la logistique familiale, les vingt milliards de choses à penser pour vingt milliards de catégories différentes... comment fait-on, bon sang de bois, pour ne pas terminer complètement chèvre, sous Prozac et/ou sous cocaïne avant la date fatidique du 30 juin?

La solution? En un mot? Qui, de plus, est, je pense, un véritable mot français? (enfin... je crois)

On compartimentalise!!! On voit la vie comme une page à remplir, avec différents blocs de construction, de zones de texte (oui, j'ai bouffé de la mise en page pendant 48 heures, ça se voit?), UN A LA FOIS. Une marche, une zone, une tâche...

C'est ce que je fais pour l'instant: je vis plus ou moins une heure à la fois. Certes, ça ne me rend pas forcément beaucoup plus efficace (on manque parfois un peu de vue d'ensemble)... mais au moins je reste zen face à ma petite marche (et donc je fais le boulot qu'est sur la marche), alors que si je devais regarder la montagne, je me dirais juste AAAAAAAAARRRRRGGGGGHHHHHH!

"En mai, fais ce qu'il te plaît", qu'ils disaient!!! La bonne blague... Moi c'est plutôt "en mai, fais comme tu peux"!

En attendant, ma pile de choses à corriger n'augmentera plus avant la fin de la semaine prochaine! Je pense pouvoir bientôt dire que la quantité de travail ne va plus (trop) augmenter. Puis viendra le jour où ça va carrément diminuer... allez, encore une année où je pense que je vais survivre... Ouaaaaaaais!

(attention, je n'ai jamais dit que j'allais survivre en bon état!!! avec le temps j'ai appris à diminuer mes ambitions...)

29/06/2016

Une de plus...

Voilà, je viens de terminer le dernier travail à donner au dernier élève.

Une année scolaire qui se termine. Une de plus. Purée, j'ai l'impression que c'était hier (enfin, le mois passé) que je vous racontais mon merveilleux concert de rentrée...

Une fois de plus, fin d'année marathon. Des conseils de classes à n'en plus finir (moyenne journalière: 9h). D'ailleurs les élèves qui, sentant sans doute le roussi des examens - et donc des questionnements parentaux - me font toujours bien rire (jaune) en me demandant autour du 15 mai "si je bosse sérieusement d'ici la fin de l'année, je passe, hein madame?"... Purée, si je pouvais te faire un conseil de classe de fin d'année expédié toute seule en 10 secondes, mon ami, tu penses vraiment que je passerais tout mon mois de juin (à peu de choses près) de ce bâtiment pourave? Au point que j'en viens à me demander qui sont ces gens qui m'accueillent (ou pas - il est parfois très tard!) dans la maison... ah oui, juste, j'ai aussi une famille!!!

Une fois de plus, une journée horrible qui combine la remise des bulletins (les larmes), la remise des diplômes (émotion et fierté - d'autres larmes parfois), puis enfin la réunion de parents (remise en question du prof, bien sûr - si ce n'était pas de ma faute, pourquoi chouchou aurait-il raté??? Je ne vais quand même pas demander à mon enfant-roi de se remettre en question?????).

Je me dis souvent (enfin non, parfois, mais concentré en fin d'année donc là je suis toujours un peu la gueule dedans) que j'ai tort de prendre les choses tellement à cœur. De passer tellement de temps à essayer de remédier, de ré-inventer, d'invoquer ciel et terre pour trouver le moyen d'enfin motiver certaines personnes. Puis, grosse erreur de bleue, de prendre certains échecs d'élèves comme des échecs personnels...

J'en avais deux, cette année. Deux challenges. Deux personnes que j'aurais tellement voulu sauver... "C'est pas ton métier, Cath, tu n'es que prof". "Oui, je sais, mais j'ai toujours ce syndrome de St-Bernard frétillant du tonneau...". "C'est casse-gueule". "Oui, je sais". "Tu risques d'y perdre plus que de gagner". "Oui, je sais". "Alors, pourquoi tu continues?". "Parce que je suis une grosse conne"...

Ces deux personnes ont échoué lamentablement. Donc j'ai l'impression que c'est moi qui ai tout raté....

La fatigue n'aide évidemment pas. J'en viens à oublier (je tente de quitter l'émotionnel pour redevenir objective) les autres: ceux que j'ai su aider, "guider", accompagner. Celle qui a eu son diplôme en juin, malgré des difficultés grosses comme ça. L'autre, quasi même profil. La troisième, pour qui ça doit être l'année prochaine - mais c'est bien parti et on reste vigilant. Ceux qui m'ont dit s'être super bien amusés. Les projets réussis... Non, ça j'arrive pas à le voir cet après-midi. J'ai un goût amer de cette fin d'année. Ma dernière phrase "de prof" s'est arrêtée pour cause de gorge nouée et de larmes pas loin.

Demain je fête - pas tard, je n'ai plus de jus. Après-demain, je pourrai me dire que 1) je ne suis pas Atlas; 2) c'est une leçon d'humilité (non sollicitée - comme la plupart, d'ailleurs!!!) qui ne peut que faire du bien à mon karma; 3) qu'ils aillent tous se faire cuire un œuf jusqu'en septembre...

Après-demain, je pourrai commencer à prendre du recul.

Mais purée, j'arriverai quand, à pouvoir me dire: "cette fois, là, ça y est: j'arrive à gérer mon année"???

Soyons honnête: si "gérer" veut dire "se détacher"... sans doute jamais. Je suis, je reste une passionnée, donc aller bosser en classe comme on met des cachets sur des formulaires et attendre le salaire en fin de mois, je ne pourrais pas, je ne voudrais pas! Par contre... il serait peut-être temps que je relise ma phrase préférée:

Avoir la sérénité d'accepter ce que je ne peux pas changer (dont moi-même, sans doute!)

Avoir la force de changer ce qui peut l'être

Avoir la sagesse de les reconnaître...

Bon, promis, je commence... bientôt!

 

17:44 Écrit par Catherine dans Mes tartines à moi | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vie de prof |  Facebook |

19/11/2015

Leur en parler, mais comment?

Semaine morose. L'humanité a la gueule de bois.

Entre les échéances qui s'accumulent en cette fin de période, les tas de corrections et les journées de 12 heures, entre les différentes obligations professionnelles et personnelles, il y a le devoir de parole.

La ministre est bien claire: c'est aux enseignants de parler à leurs élèves, c'est à eux d'expliquer, de rassurer, de temporiser... ben oui, forcément, on sait comment, non? On a lu des bouquins, on a écouté des trucs intelligents, donc, forcément, on trouvera bien les mots justes...

Ou pas...

Moi j'avoue que depuis le début de la semaine, j'ai la bouche cadenassée. L'enseignante se tait, parce que l'humain, la maman prend toute la place dès que je pense à ces attentats.

J'ai tenté deux fois de prendre la parole devant mes élèves - deux fois, j'ai pu articuler deux phrases, puis les larmes me sont montées aux yeux et je me suis étranglée. Je n'arrive pas encore à gérer mes émotions. Je suis démunie.

J'admire les collègues qui arrivent à séparer leurs émotions et leurs réflexions. Moi pour l'instant je n'y arrive pas. Je ne suis pas quelqu'un de rapide, déjà au départ, intellectuellement. Je veux dire par là que je dois "percoler" les informations, surtout celles qui me touchent, avant de pouvoir sortir quelque chose d'intelligent et de réfléchi. Je ne suis pas comme un site internet d'informations, "updatée" toutes les 3 minutes. J'ai besoin de temps.

Or les enfants demandent des explications immédiates, des réactions... Je n'ai pas pu le faire. Oui, je leur ai donné l'occasion d'en parler. Mais j'ai besoin de temps de réflexion moi-même avant de pouvoir partager avec eux.

Parce que moi aussi, j'ai peur. Sans doute pas pour les mêmes raisons qu'eux: objectivement je ne me dis pas à chaque moment que je peux recevoir une balle dans le corps. Je n'ai pas non plus (pas encore?) peur pour leur sécurité physique. Par contre j'ai peur pour l'avenir du monde. Ce monde qui va si mal, et qu'on semble ne pas pouvoir aider. Je me sens inutile, impuissante, frustrée. Je ne regrette évidemment pas l'existence de mes enfants, mais je me prends à penser "je vous comprends" quand mes grands élèves me disent que eux n'en veulent pas. Qu'ils pensent de plus en plus que mettre des enfants au monde est une folie. Même si, d'un autre côté, c'est faire un pari pour l'avenir, un pari pour l'espoir. Je suis partagée - et ce n'est pas confortable.

J'ai également peur des réactions du monde politique. Des mesures - forcément sécuritaires et paranoïsantes (je fais des néologismes) qui sont en train d'être prises. J'ai peur de cet état d'urgence qui risque d'excuser tout manquement aux droits fondamentaux individuels, puisque "la sécurité avant tout". Je suis bien d'accord qu'il faut sans doute renforcer la surveillance pour l'instant... mais doit-on absolument prendre des mesures définitives maintenant, alors qu'on est en plein dans l'émotionnel?

Moi je me connais: je sais que c'est l'un ou l'autre, l'émotion ou la raison, mais rarement les deux en même temps. Mais suis-je vraiment la seule au monde? D'un autre côté, disposons-nous de ce temps de réflexion? Ce qui est valable pour moi, petit individu isolé, peut-il, doit-il être valable pour les dirigeants d'un pays?

Je n'ai pas de réponse... juste des questions.

J'ai donc pu, cette semaine, jouer (très mal, vu mon début de semaine de fou, 36h de boulot au compteur hier soir) mon rôle de maman, et tenter de rassurer un de mes enfants qui se sentait menacé. Je vais rester attentive et à l'écoute envers eux. Par contre, mon boulot d'enseignante "qui sait trouver les mots justes"... pas encore, Mme la Ministre. Mais y en a-t-il, des mots justes?

Je vais sans doute tenter de trouver de l'aide dans ce qui est publié par des gens dont c'est vraiment le métier. Des philosophes. Des "penseurs". Moi je ne suis que prof d'anglais... Mais il va me falloir du temps. Pour l'instant, je suis toujours "prisonnière" de mes tripes. Je suis toujours dans l'émotion.

 

Dix minutes après, je partage ceci avec vous:

http://cafe-sofia.com/des-textes-qui-ont-eclaires-nos-journees-et-cetait-pas-gagne/

Pas des philosophes professionnels, juste des gens comme vous et moi, mais qui m'ont fait du bien. Merci à eux. Vous m'avez rappelé que "un arbre qui tombe fait plus de bruit qu'une forêt qui pousse". J'en avais besoin. Merci.

07/10/2015

Merci Bologne!

La vie d'un prof est souvent jalonnée de tracasseries administratives. Pour commencer à enseigner (envoyer le même dossier par recommandé tous les ans à TOUS LES RESEAUX où l'on souhaite travailler). Pour pouvoir être payé (renvoyer le même dossier - sait-on jamais qu'on ait changé 4 fois de diplôme depuis), avec dans le meilleur des cas un mois de retard. Moralité, si t'as pas de mari/femme qui bosse et qui gagne bien sa vie, t'as pas les moyens d'être prof. Tant qu'on n'est pas nommé, il faut re-poser sa candidature tous les ans (toujours par recommandé). Et quand on est nommé, pour que cette nomination soit active, re-belote, à vous le gros dossier...

Je détestais Kafka quand j'étais jeune. A présent, je l'admire: il faut dire que, sans être des lectures hyper-drôles, ses livres ont l'art de représenter les méandres surréalistes d'une administration (souvent) pesante, (parfois) sourde et aveugle au bon sens, bref, dans tous les cas chiantes, et trop souvent cauchemardesque.

Je le sais, je m'y suis résignée, je n'ai plus aussi souvent envie de faire sauter leurs bureaux (oups, menace terroriste? Non, façon de parler). Cependant, il reste un organe qui me fait encore m'arracher les cheveux, c'est la commission d'équivalence des diplômes.

De quoi s'agit-il? Si vous avez suivi une scolarité ailleurs qu'en Belgique, ce bureau est chargé d'examiner votre dossier, afin de voir si, en gros, l'année dans laquelle on vous a mis est bien celle qui correspond à votre niveau. Pas votre niveau réel, ouh là non, ça serait trop facile!!! Ici on parle uniquement du niveau sur papier... bien souvent en dépit du bon sens le plus élémentaire.

Cette commission travaille donc sur base des documents envoyés (ou pas - certaines situations sont plus compliquées que d'autres) par l'élève. Bulletins des 26 années précédentes. Liste de tous les cours suivis par l'élève et ses ancêtres depuis 3 générations. Autres papiers obscurs. Pour finalement arriver à une conclusion: l'élève Machin (pour)suivra sa scolarité dans l'année X.

Jusqu'il y a quelques années, je ne m'étais jamais posé la question de leur légitimité. Jusqu'au jour où est arrivée dans ma classe l'élève Y., qui avait suivi sa scolarité en Angleterre - càd, à ma connaissance, pas le bout du monde dit "civilisé". Y. avait été placée en 4è (notre 4è belge), ce qui correspondait à son âge. Mais très vite, nous avons constaté son excellence: elle brillait dans chaque cours, elle rendait des travaux à tomber à genoux, bref, elle aurait pu suivre haut la main les cours de 5è. Personne ne doutait que son dossier fût accepté... c'est alors que la nouvelle est tombée: Y. devait "redescendre" en 3è, ou alors redoubler sa 4è. Nous étions ébahis. Nous avons voulu envoyer un témoignage, nous les profs... mais, bizarrement, les enseignants n'ont rien à dire. C'est clair que des petites cases, ça donne une idée bien plus claire sur le niveau d'un élève que les enseignants qui le/la côtoient jour après jour!

Il restait cependant un recours à Y.: passer par le jury central, afin de passer les examens de 4è, et donc de continuer à suivre son groupe. Sauf que... le programme du jury central n'est pas le même que celui des cours dits "réguliers". Vous avez bien lu: ils donnent un diplôme équivalent, mais les cours et le programme n'ont rien à voir, c'est mille fois plus difficile!!! Malgré son intelligence et son travail (en plus des cours du jour), Y. a échoué en maths. Elle a donc changé d'école, et refait sa 4è...

Autre cas, qui a suivi peu après: l'élève B. nous arrive du Cameroun. Elle a fait l'immersion, on me la "refile" donc, car on me dit qu'elle ne comprend pas le français. Je la teste un peu: élève charmante, souriante... mais qui ne semble pas comprendre mon anglais non plus. J'essaie de lui parler, d'abord en anglais, puis en français: grand moment de solitude! A mes questions, elle répond par d'autres questions qui n'ont rien à voir. Quand je la presse de me répondre d'abord, elle me répond avec un charmant sourire: "oui Madame!"... B. était en 5è - toujours d'après son âge. La commission d'équivalence nous dit de la mettre plutôt en 3è - où, apparemment, elle ne comprend pas plus. B. y passe donc les 3/4 de son année scolaire... jusqu'au jour où la commission nous recontacte: changement, le dossier est à présent complet, il faut donc remettre B. en 5è! En plein mois de mai!

Inutile de dire que B. n'a pas fait long feu dans notre établissement, et qu'elle s'est bien sûr fait ramasser en fin d'année... merci pour l'année gâchée stupidement!

Donc moi j'ai envie de dire: c'est bien beau, les petites croix à mettre dans les cases, mais quand il s'agit de l'avenir d'un jeune, ça me donne envie de mordre. Je ne demande pas que l'avis des profs soit le seul critère, mais qu'on nous le demande quand même pour voir, bon sang! C'est facile d'écrire "super méga bon niveau" sur un papier, mais parfois la réalité est trèèèèès différente!

Il faut prendre en compte le jeune dans sa spécificité... mais également le type d'enseignement du pays où il vient! Ainsi, j'ai remarqué que les élèves venus directement d'Afrique (pratiquement de tous les pays, à part peut-être un ou deux) ont tous les mêmes difficultés: chez eux, on leur apprend l'étude par cœur, donc chez nous ils excellent souvent en mémorisation, par contre l'esprit critique, la synthétisation, rephraser des sources avec leurs mots, c'est plus compliqué. Or, la compétence "synthétisation" fait partie des compétences terminales, notamment en histoire (vous savez, l'épreuve externe balancée sur les réseaux sociaux l'année scolaire passée?). Que doit-on faire, alors, si on nous donne deux ans pour arriver au même résultat qu'en 6 ans avec "les nôtres"? Avec juste le droit de fermer notre gu...?

ça me révolte que les lourdeurs administratives empiètent sur mon travail. Parce que je ne peux pas faire de miracle, moi: je m'arrache toujours les cheveux avec certains élèves, certes super méritants mais qui sont arrivés ici trop tard, et placé dans une année, souvent en dépit du bon sens. De plus, ces élèves, souvent, étaient considérés comme brillants chez eux... et voilà comment on les accueille:

Année 1: "Tu as 14 ans? pas grave, vas en 5è"

"Désolée, tu rates ta 5è, tu n'as pas le niveau".

Année 2: "Recommence ta 5è"

"Désolée, tu n'as toujours pas le niveau puisque tu aurais dû être placé en 2è ou 3è, et que donc tu as loupé 2 ou 3 ans de formations parce que ton dossier portait les bonnes croix... tu rates ta 2è cinquième!"

Année 3: "Tu peux... où es-tu? Ah, tu dois quitter l'école et apprendre un métier? Ben... désolée, et ravie de t'avoir connu!!!".

Certains s'en foutent. Ou font semblant de s'en foutre. Pour d'autres, c'est la claque (non méritée), le choc, le chagrin... et parfois toute la famille sur le dos. Et nous, on doit s'en laver les mains... et ça me révolte.

Alors, oublions un peu ce "pacte d'excellence" pour l'enseignement - ça veut dire quoi, d'abord? Et tentons de rendre notre enseignement un peu plus égalitaire. Parce que pour l'instant, si on veut un peu oublier la langue de bois, voilà ce que ça donne, l'enseignement en Wallonie:

T'es blanc, t'es riche, t'as des parents universitaires? Bienvenu, notre enseignement est fait pour toi, tu iras toi aussi jusqu'à l'unif (puisque chez nous y a des échelons et l'unif c'est le plus haut).

T'es blanc mais t'es pauvre avec des parents ouvriers? Pas de chance, tu survivras sans doute en primaire mais après, ne te fais pas d'illusion, tu iras forcément en technique (échelon plus bas).

T'es étranger, un peu ou beaucoup bronzé, tes parents ne sont pas ambassadeurs, ils ne sont même pas francophones (et ils comptent sur l'enseignement pour progresser socialement?)... désolééééééé... notre enseignement n'est décidément pas fait pour toi. Va ailleurs, ou prépare-toi à souffrir dès la maternelle, tu n'auras pas le CEB, tu seras la terreur de la cour de récré en 1-2 secondaire, puis t'iras en professionnel... pas parce que t'as un projet, de manière noble, noooooon, tu te crois en Allemagne? T'iras là parce qu'on ne veut plus de toi dans le général, et tu iras où finissent tous les autres rebuts (même si c'est là qu'y a du boulot, chercher l'erreur...)

Je ne pensais pas écrire une si longue tartine. Mais j'avais besoin de le dire...

Y a des solutions. Des chercheurs qui proposent depuis des décennies un autre système. Je continue d'y croire! En attendant... j'essaie parfois de réparer le Titanic avec des sparadraps... je fais ce que je peux, avec ce que j'ai... J'attends.

31/08/2015

Allez, j'essaie encore une fois!

En me relisant, je me rends compte que je radote un peu - ça doit être l'âge... Chaque année je fais des vœux extravagants de passer une année scolaire cool, zen, agréable, sans me laisser bouffer, sans me transformer en harpie dès que j'ai trop de boulot (càd dès le 2è jour), de rester souriante, positive... et chaque année je me plante lamentablement dès la 2è semaine d'automne. J'arrête ou je continue?

Je suis une optimiste: je retente le coup. Le secret de ma préparation cette année? Pas de préparation...

Ben oui, chaque année j'ai l'habitude de tout prévoir, tout acheter, tout remédier... et ça foire. Donc cette année, c'était pas "prévu" comme ça mais les choses ont fait que je suis vachement moins préparée... donc forcément (?!) plus zen - càd que je n'ai pas vraiment encore pensé à la rentrée: après tout, ce n'est que demain!

Je n'ai pas remis mes enfants progressivement à l'heure: quand j'entends certains parents qui ont pris tout le mois d'août pour "préparer" les leurs, moi j'ai pas eu envie de leur pourrir tout un mois de vacances à penser à la rentrée. Hier ils sont allés dormir tard - enfin, mon tard, qui doit être le crépuscule chez certains! On avait envie qu'ils profitent encore un peu. De toute façon le premier vendredi, quoi qu'on fasse, on est tous nases... donc autant se faire du bien le plus longtemps possible!

Mon sac n'est pas encore prêt - il le sera, mais cool, pas envie de m'embêter trop vite. Pareil: si je passe ma dernière journée de vacances à trop préparer, j'aurai l'impression qu'on me la vole un peu. J'ai envie d'encore me faire du bien -  même s'il faudra bien s'y mettre, j'ai déjà des corrections à faire pour demain...

Ma tête n'est pas encore prête: je pense plus au concert que je vais voir demain soir (un soir de rentrée, quelle décadence!!!) qu'à la semaine marathon qui m'attend.

C'est pas grave si tout n'est pas parfait aujourd'hui.

C'est pas grave si tout n'est pas parfait, jamais.

C'est pas grave si les syllabus que j'ai créés pendant tout le mois d'août ne sont pas imprimés à temps - j'improviserai en attendant.

C'est pas grave si je n'ai pas préparé mes leçons pour les 18 prochains mois: ça ira de toute façon mieux dès que j'aurai mon horaire et mes groupes.

C'est pas grave si dès demain j'ai l'impression qu'on veut me bouffer: à moi de ne pas me laisser faire.

C'est pas grave si l'automne arrive bientôt: cette année je teste l'acupuncture contre la déprime saisonnière, j'espère que ça va marcher - ça ne peut tjs pas faire de mal!

Le soleil brille dehors... à moi de faire en sorte qu'il brille aussi dedans.

Excellente rentrée à tous!

19/06/2015

Merci "X"?

Belgique francophone, période d'examens.

Comme chaque année depuis quelque temps, les dernières semaines du cours d'histoire de Mme Tartines sont consacrées à la préparation du CESS, une espèce d'équivalent du bac français, qui apparemment sert à vérifier que les élèves ont atteint un niveau "correct", puisque l'avis des professeurs est, paraît-il, "trop subjectif". (je les enverrais volontiers ch... en leur disant d'aller se faire voir dans une école privée, b..., puisque nous travaillons à ce point comme des m..., si je n'y étais pas intrinsèquement autant opposée - aux écoles privées -, mais soit.)

La tâche est un peu dure: d'abord, le sujet à voir n'est pas dans le programme (dans le genre "pourquoi faire simple..."). Du coup, j'ai dû sauter 2 chapitres obligatoires pour pouvoir inclure cet autre machin obligatoire dans mon timing très serré. Ensuite, cet examen, le même pour tous, se déroule en français. Or, le cours se donne en anglais. Ce qui rend le passage de l'examen illégal, puisqu'on ne peut pas enseigner dans une langue et interroger dans une autre langue. Oui mais c'est la même instance qui a établi les deux règles, donc ça va. Ok - ou "le strabisme psychologique, mode d'emploi". Troisième difficulté, il y a souvent des implications belges dans les recherches. Or, moi, en classe, je suis sensée parler anglais, tout le temps, tjs, en toute circonstance. Sauf que préparer dans une langue une épreuve basée sur des questions et des textes dans une autre langue, c'est un peu, comment dire, perturbant. J'ai donc dû, en classe, pour la première fois en 6 ans, parler français à mes élèves. Et nous nous sommes tous sentis schizophrènes...

Mais tout ça n'est que détail par rapport aux grandes idées derrière ces épreuves certificatives! D'abord, il faut les comprendre: l'immersion n'existe après tout que depuis 25 ans, on comprend donc qu'ils n'ont pas encore eu le temps d'envisager d'en tenir compte! Même dans les examens de langue de fin de 2è année! Même si cela veut dire concrètement que si l'élève d'immersion réussit cet examen (et les seuls qui ne le réussissent pas sont ceux qui ne savent pas encore lire - ne me demandez pas comment ils ont réussi leur CEB, mais c'est un autre problème), il aura beau avoir glandé sévère pendant 2 ans, il aura beau ne pas pouvoir aligner une phrase correcte dans la langue-cible (ils doivent là aussi répondre en français - donc les seuls qui ratent sont les étrangers... Est-ce un hasard???), il réussit car l'avis du prof n'est pas pris en compte (trop subjectif, vous vous rappelez?).

Donc ce gamin se retrouve en 3è sans avoir jamais ouvert un cahier. Il n'est pas arrêté en 3è car il faut travailler par degrés. Puis il arrive en 4è.... et c'est la catastrophe. La méchante prof de 4è buse tout le monde, car cette sale bête continue à affirmer qu'il faut (parfois) (un peu) travailler, voire même étudier, et que eux ne voient pas pourquoi ils s'y mettraient, puisque ça a tjs marché pour eux comme ça... (c'est MOI, la sale bête...)

Heureusement, Mme Milquet a prévu un CE2D en langues (pour la fin de la 4è), ce qui permettra aux élèves de continuer sur leur lancée. Et, à terme, il y aura sans doute un CESS (fin de cycle) également, tjs pas adapté aux spécificités de l'immersion, donc youhou, il semblerait que d'ici 5 ans je sois la seule à bosser dans ma classe, devant un public qui dormira.

Cela fait probablement partie du "pacte d'excellence"... même si moi, perso, j'appellerais ça du nivellement par le bas, mais je suis sans doute une sale connasse élitiste, comme tous mes collègues.

C'est vrai, ça: pourquoi faire confiance aux gens de terrain, ça n'a pas de sens!

Puis au moins, avec ce p*** de CESS en histoire, on est sûrs que ces glandus de profs bossent au moins un peu une fois par an: la correction en suivant la grille de critères prend DES PLOMBES! L'année passé, nous avons mis deux jours et demi (à 4) pour corriger 85 copies...

Maiiiiiiiis... cette année, par contre...

  1. Y a eu des fuites, donc des examens annulés, donc j'ai pu terminer mes moyennes, mes corrections "normales", mes préparations d'examens de 2è session et de travaux de vacances personnalisés LA JOURNEE, pas la nuit;
  2. Je peux déjà, maintenant, aujourd'hui, ce week-end, réfléchir à mes cours de l'année prochaine: comment améliorer, corriger, adapter, enrichir... et imprimer;
  3. Les élèves qui ont calculé leurs "points" au plus juste paniquent - Est-ce vraiment si grave dans un système où on est sensés travailler par compétences qu'on acquiert pendant les deux années du cycle? S'ils réalisent que la clé (enfin, une des clés) de la réussite est le travail régulier, n'Est-ce pas bien plus malin, n'Est-ce pas une bien meilleure préparation aux études supérieures?
  4. Des parents complètement paniqués se disent "au secours, ce sont les profs qui vont juger mon enfant et cela sans dernier examen!!!". Savez-vous que si on travaille justement en compétences, l'examen n'apporte que TRES rarement une surprise à l'enseignant?
  5. Enfin, la question de la subjectivité revient. Moi, j'en ai une autre: si c'était un ordinateur qui jugeait les résultats, simplement basés sur la copie nue, pensez-vous vraiment que plus d'élèves réussiraient? Un conseil de classe "sérieux" prend également en compte: la progression de l'élève; certaines circonstances personnelles, familiales ou autres; le fait que certains jeunes bossent très bien toute l'année mais se retrouvent paralysés lors d'épreuves plus "officielles". Merde, on passe parfois 3h sur la même classe, donc moi je veux bien, un ordi "objectif" qui juge tout en 5 minutes... mais je ne suis vraiment pas sûre que ce soit dans l'intérêt des élèves! De l'intérêt des profs qui finissent la journée à la limite du gâtisme baveux, après 5 classes, càd parfois 10h de conseil presque ininterrompues, oui! Je pourrais très bien occuper les prochaines journées autrement qu'à discuter de chaque élève en essayant d'agir au mieux de ses intérêts! C'est l'été, quoi! La saison où tous sortent et barbecuent à qui mieux mieux. Nous, on se terre avec nos copies et nos réunions...

Notre ministre a déposé plainte contre "X", l'auteur(e) des fuites. Sans approuver la manière dont cela s'est fait, moi, finalement, j'ai plutôt envie de lui dire merci, à "X"... Et oui, j'assume TOTALEMENT mes propos!

13/03/2015

La petite remarque

"Décidément, maman, tu devrais être malade plus souvent: qu'Est-ce qu'on est cools pour le moment!".

Depuis le début de la semaine, je vis au rythme de mes envies de sieste. J'ai refait connaissance avec mon canapé, avec les nombreuses bd de notre bibliothèque (oui, des BD: Gaston Lagaffe, Largo Winch, Astérix... ça ne demande pas un gros effort intellectuel et ça finit généralement bien - ou de manière drôle). Je suis au repos.

Mon corps m'a envoyé un signal fort, puisque dès la fin de la semaine passée, je me suis écroulée. Et je l'ai écouté. J'ai pris une couverture chaude, un oreiller, une tasse de thé, et depuis lundi je me laisse vivre - ordre du médecin.

Forcément, je cours vachement moins: je suis "à l'heure des papas et mamans" pour aller chercher les gosses, je prépare le repas (oui, ça j'y arrive quand même) relax, je suis - forcément, avec 2 siestes par jour! - moins fatiguée. Je vais conduire les enfants à l'école en voiture - aussi beaucoup plus cool, puisque moi je n'ai pas la pression d'être dans ma classe, et opérationnelle s'il vous plaît, à 8h15. La voiture, contrairement au train, elle nous attend bien gentiment. Je les houspille moins. Je parle plus avec eux (et pas uniquement pour leur dire de se magner le train, b***!). J'ai le temps d'être plus à l'écoute. Je sens que les fluides recommencent à circuler, que l'énergie refait une timide apparition. Je vais mieux.

Du coup, forcément, la petite remarque que je me suis prise dans les dents: "C'est cool, avec toi, pour l'instant, maman"...

Du coup, j'en viens pour la Xè fois à me poser la question de "mais pourquoi Est-ce qu'on s'impose ce train d'enfer qui pèse sur toute la famille, à commencer par nous-mêmes???". Mais avons-nous le choix?

Je sais qu'un choix, ça peut se changer, s'adapter, se vivre différemment. Je sais que, à l'intérieur de notre bulle imposée, nous avons une certaine liberté... enfin, je crois. Mais avons-nous la liberté de prendre notre temps?

Je sais que beaucoup de choses tiennent à ma difficulté à lâcher prise - mais serais-je plus heureuse dans une maison où certes, les autres sont plus relax mais où c'est l'anarchie? Le bordel et le chaos complet? Rien prévoir, tout improviser et jamais rien de prêt à temps, c'est pas mon truc. Pourtant, je me reconnais de moins en moins dans cette harpie hargneuse que, de plus en plus souvent, je me sens devenir. Et c'est un peu facile de dire que c'est la faute aux autres.

Je sais aussi que, dans mon métier, malgré de longs moments de vacances (hé hé hé), on a aussi des moments de rush épouvantable, et que pendant ces moments j'ai parfois (pas toujours) du mal à gérer. J'ai du mal à ne pas me laisser bouffer, car j'aime le travail bien fait. Comment pourrais-je gérer mieux?

Je sais enfin que beaucoup, beaucoup de "problèmes" liés à notre quotidien tiennent à ces quelques mots: "comment pourrais-je gérer mieux". Je sais que j'approche de la caricature de la nana qui veut tellement gagner du temps qu'organiser son agenda lui bouffe tous ses loisirs. Je sais que je vais vraiment, vraiment, VRAIMENT devoir apprendre à lâcher prise. Je n'ai pas encore trouvé la solution miracle, le juste milieu.

Mais j'ai l'impression que j'ai pas mal à apprendre de ces quelques jours où j'ai dû mettre le boulot entre parenthèses:

  • D'abord, j'ai été véritablement HS du vendredi matin au dimanche soir inclus. Et bizarrement, la maison ne s'est pas écroulée, les enfants ne sont pas morts, mon homme a assuré tout comme un chef.
  • Ensuite, je n'ai pas entendu parler de suicide collectif dans mon école: apparemment, je ne suis pas indispensable, tout a l'air de fonctionner sans moi. Bizarre...
  • Purée, il m'a fallu tomber malade comme un pauvre vieux chien pour m'entendre dire que j'étais cool... CA NE VA PAS!!! Pas envie que mes enfants gardent le souvenir de leur mère comme une tarée de la course contre la montre!
  • Mais du positif: ne pas penser à l'école pendant (presque - j'ai recommencé aujourd'hui Clin d'œil) une semaine et sans aucun remords, c'est possible. Si je n'arrive pas à lâcher mon agenda, autant aussi m'en servir pour m'aménager des moments sans école (même dans la tête). Des objectifs hebdomadaires (ou quotidiens) de tâches à accomplir (putain, encore être organisée... on verra), réalistes, et des jours "blancs" où je glande.

Je n'ai pas encore trouvé. Je n'ai même pas encore beaucoup cherché: penser trop longtemps me fatigue encore (vous devriez voir ma tronche, je ne suis plus jaune mais je fais encore pas mal pitié...). Mais une chose est sûre: je vais me servir de cette petite remarque. Et je vous autorise à me la rappeler autant de fois que nécessaire.